A vendre 460 hectares, 6 kilomètres de Paris... le point de vue de Christiane Barody-Weiss (4)

Aujourd'hui, onzième épisode, si vous avez manqué les épisodes précédents, lire dès le début du feuilleton.

L’enquête est en cours depuis l'épisode précédent, avec le journaliste Fandor, et le commissaire de police Juve toujours sur la piste des nombreux signes pour retrouver les parents disparus.

Une nouvelle fois nous quittons la très plate deuxième dimension, pour nous plonger, dans la troisième dimension vers les racines de notre Histoire.

Nous avions pris la mesure de ce qu’est un Domaine National...et surtout de ce qu’était la propriété privée, ceinturée de murs, de Monsieur, frère du Roi Louis XIV. Cette propriété avait été achetée avec une cassette personnelle... Monsieur avait fait un chef d’œuvre de ces arpents de terrain, accrochés au coteau de Saint-Cloud !

Ce domaine n’était pas la propriété de la couronne de France, et n’appartenait pas au peuple. Ce dernier à la révolution a décidé de s’attribuer cette propriété et de priver la noblesse de ses privilèges. Le Domaine est devenu National et a été réservé à la jouissance du peuple. Cette jouissance est devenue un « service public » populaire, après celle de la jouissance restreinte de Monsieur, de sa famille et de ses invités.

Il y aura la première, la seconde République, avant d’avoir le passage à niveau...puis la troisième république.

Passage à niveau et maison du garde barrières Marnes la Coquette Passage à niveau et maison du garde barrières Marnes la Coquette

 

 

 

 

 

 

 

En pleine cinquième République il ne reste plus rien de la maison du garde barrière, Fandor et le commissaire Juve se trouvent sur place, au passage à niveau, avenue Pasteur, dans le dernier village des Hauts de Seine, Ile de France, France...pour mes amis américains qui sont de plus en plus nombreux, me dit-on.

Au temps de Monsieur, le Domaine avait une porte d’accès sur la place de Garches, en face de ce qu’est devenue aujourd’hui la gare de Garches- Marnes la Coquette. Cette gare est totalement implantée dans le Domaine National de Saint-Cloud.

Cette porte du Domaine donnait accès aux champs cultivés pour le compte de Monsieur. Les ouvriers agricoles se retrouvaient à la ferme du Domaine, et partaient travailler, avec leurs outils, dans les champs qui bordaient le ruisseau, au creux du petit vallon. Ce ruisseau, éternelle source de vie, a disparu du regard des mortels, avec l’arrivée du train au milieu du 19 eme siècle. Les racines des chênes, couverts de glands, savent très bien où trouver l’eau. Mais depuis l’arrivée du passage à niveau et de la zone d’activité de fret ferroviaire, les racines ne peuvent plus s’abreuver sur le cours de ce ruisseau, qui fut embastillée- l’expression a survécu à la chute des murs-  dans un conduit étanche...pour apparaitre après avoir traversé cette zone technique ferroviaire, plus à l’est, vers les actuels jardins ouvriers.

L’Histoire demeure et reprend son fil normal pour les ouvriers agricoles des jardins ouvriers... cette fois à titre privé, non plus pour le compte de Monsieur. La République est passée par là pour distribuer les richesses !

parcelles AC32,AC86,AC87 parcelles AC32,AC86,AC87

 

 

 

 

 

 

Fandor et Juve tapent à la porte de la parcelle AC86, pour les besoins de l’enquête de voisinage, suite à la disparition des parents de la parcelle AC87.

façade sur avenue pasteur parcelle AC86 façade sur avenue pasteur parcelle AC86

 

 

 

 

 

 

 

 

"Toc, toc, toc!"

« Police ! » s'exclame le commissaire Juve.

AC86 ose une réponse discrète : « Oui ? »

« Nous enquêtons suite à l’enlèvement des parents de votre voisine AC87 ! »

Des pleurs, et des cris de lamentation viennent déchirer le silence de la campagne coquette.

« Mes parents ! Ou sont mes parents ? »

Fandor regrette le manque de tact du commissaire Juve et sa continuelle maladresse.

Toujours aussi timidement « ...je suis AC86, la sœur jumelle de AC87 ! »

« J’ai toujours vécu ici avec ma sœur, nous sommes issue d’un changement d’affectation de service public de la jouissance du peuple dans le Domaine National. Nous sommes nées avec le service public du transport, et nous avons été affectées au ministère des transports... qui nous a mises à disposition de la SNCF, aujourd’hui l’EPIC RFF. »

« Pour nous, cela n’a pas changé grand-chose. Nous avons contemplé pendant des années Monsieur qui passait sur son pur-sang... ahhh, il avait une robe magnifique ! »

« Quelle couleur la robe ? Rose ? » Demande le commissaire Juve qui se souvient du tableau dans l'épisode précédent.

« Non, commissaire, je ne parle pas de la robe de Monsieur, je parle de la robe du pur-sang ! Pas du cavalier.... au sang, bleu lui! »

« Nous avons vu aussi passer des légions de chevaux plus forts et plus lents, qui tiraient des charrues...ils étaient beaux ceux-là...et ils travaillaient aux champs et transportaient aussi les légumes aux Halles et au Palais de Monsieur ! »

« Puis nous avons vu passer le cheval vapeur, et notre rôle a été plus actif. Nous logions le garde barrière, sa famille. Ma sœur jumelle logeait la barrière et la maison du garde, moi le téléphone orange d’alerte! »

« Mais ?!? Vous avez le téléphone et personne ne vous a prévenu de l’enlèvement des parents de AC87 ? Vos propres parents?

«  Non, mon téléphone ne marche d’en appel pour lancer des appels au secours ! Je ne savais rien»

«  Personne ne me prévient, qui va venir à mon secours, et retrouver mes parents ? » poursuit AC86.

Fandor constate que le téléphone ne fonctionne pas en réception, et il n’a qu’un bras avec un micro pour parler... difficile d’être informé de ce qu’il se passe. AC86 n’a jamais reçu un coup de téléphone de sa vie, pas même de sa sœur.

Cette vie a été vouée au passage des chevaux, après le pur-sang de Monsieur, le cheval vapeur.. et maintenant l’électrique...moins spectaculaire.

Une vie de labeur vouée au spectacle de la fermeture de la barrière, pour que les gens assistent au passage vibrant et brondissant de la bête humaine, de la machine infernale crachant son panache de fumée noire. A cette époque les vaches, les veaux, les badauds, les carrioles et les autres collègues chevaux,  prenaient le temps de voir passer cet engin moderne. Aujourd’hui, un train peut en cacher un autre... c’est écrit pour ceux qui ne voient même plus passer les trains.

Le commissaire Juve : « Et depuis rien de spécial, rien à signaler ? Pas de mouvements suspects ?

« Si, si, il y a quelques mois, des gens que je ne connais pas sont venus poser une clôture...qui m’a chatouillée près des côtes...une grosse clôture très haute, avec sur le haut, une triple rangée de fil de fer barbelé. »

Triple rangée de fils de fer barbelés Triple rangée de fils de fer barbelés

 

 

 

 

 

 

 

 

« Quoi ? Une triple rangée de fils de fer barbelé, mais cela ne se fait plus depuis près de soixante-dix ans ! » répond Fandor!

« Qui était ce ? » demande le commissaire Juve.

« Impossible de savoir ces gens me sont totalement étrangers...ce ne sont pas mes parents, les 64 304 500 français, ni le ministère des transports à qui je suis très attachée, ni RFF qui s’occupe de moi... quand ils pensent à moi. »

RFF, l’usufruitière, aurait-elle demandé à ne plus utiliser AC86 et l’aurait rendu au ministère des transports? Ministère des transports qui, lui, l’aurait alors rendu au ministère de la culture et de la communication pour rejoindre la voisine AC32 ?

Et oui c’est bien le ministère créé en 1959 qui a hérité du Domaine National de Saint-Cloud. Ce ministère l'a confié en gestion au CMN.

«  Je serai ravie de retourner avec ma sœur AC87, en compagnie de AC32, vers mes origines, au bon temps de Monsieur et son pur-sang!  Quelle allure !»

Fandor demande au commissaire Juve de ne pas insister sur l’allure, car il s’agit bien du pur-sang...

« Cette clôture si près de vos côtes, il faut être propriétaire au sens de l’article du 647 du code civil pour venir vous chatouiller comme cela ! » insiste Fandor

Fandor poursuit, à la place du ministère de l’Intérieur et sa police représentée par le commissaire Juve.

Fandor brandit le procès verbal du conseil municipal de sa commune, Marnes la Coquette, et rappelle l’article dans la publication du 28 mars 2012,

4.2.     Autorisation de déposer une déclaration préalable en vue de poser une première clôture le long de la voie SNCF et une seconde en bordure de la parcelle AC 32 :

 Le Conseil Municipal, à l’unanimité, autorise Madame le Maire à déposer une déposer une déclaration préalable en vue de clôturer les parcelles AC 86 et AC 32.

Le droit est accordé au Maire, de la part de ses administrés au nombre de 1743... ils sont 19 élus, tous d’accord en conseil municipal... nous les 64 304 500 français moins les dix-neuf...64 304 481 français n’ont peut-être rien à dire ?

« Si j’ai perdu mes parents...que puis-je faire ? Je suis aussi orpheline ? »

Ce n’est pas aussi simple que cela, dirait un de mes amis juriste de dimanche dernier!

Il y a des recours, des recherches en paternité, des recherches en ADN....

« C’est n’importe quoi ! C’est la foire ! » hurlent les enfants en éclatant de rires !!!!

Effectivement, depuis toujours, c’est dans les foires que le public peut découvrir les femmes à barbe, les acrobates qui marchent sur les mains. Maintenant, il existe des foires où le public peut admirer les manchots..... marcher sur la tête... le progrès n’a pas de limite.

« Et hop ! Sans les mains, sur la tête ! » Vient de hurler le manchot.

« Intouchables ! »

Les larrons, grand acteurs inséparables des foires, viennent d’arriver, ils sont de la partie...c’est l’entente cordiale ! Puis suivent les barrons et les joueurs de bonneteau, inséparables personnages, eux aussi, des foires.

Que fait l’usufruitier du domaine public ferroviaire, le gestionnaire RFF au sujet de sa mission de gestion des parcelles du Domaine Public ferroviaire ? Un avis à donner sur la pose de cette barrière métallique sur cette parcelle ? rien... pas de déclaration de travaux et surtout une belle masse métallique à proximité de la haute tension des lignes électriques de chemin de fer... avec trois rangées de fil de fer barbelés...

Je n’irai pas m’adosser à cette masse métallique, un jour d’orage, en attendant que le train passe.... la foudre, un éclair pourraient avoir l’idée lubrique de flirter avec mon corps...

Parcelle AC32 identifiée 32, UC87 avec sa maisonnette Parcelle AC32 identifiée 32, UC87 avec sa maisonnette

 

 

 

 

 

 

 

Sous le passage à niveau, sous les voies, passe la conduite d’eau captant la rivière pour la libérer vers les jardins ouvriers (en bleu sur la carte).

La mairie de Marnes la Coquette a donc posé une clôture sur AC86 au lieu et place de RFF mandaté pour entretenir et exploiter le réseau ferré...mais ce n’est pas tout...

Fandor poursuivant la lecture des procès verbaux du conseil municipal, nous apprend l’horreur de cette zone dangereuse suivant l'information du 28 mars 2012, article 2.11:

2.11.   Dotation Equipement Territoires Ruraux 2012 bis :

Le Conseil Municipal, à l’unanimité, et après en avoir délibéré, prend acte du financement complémentaire apporté par l’Etat à la ville de Marnes-la-Coquette au titre de la DETR 2012 bis, à hauteur de 50.000 € et décide d’affecter le montant de la DETR 2012 bis au projet de mises aux normes du passage à niveau de la gare de Garches/Marnes-la-Coquette.

Le passage à niveau n’est pas aux normes... il faudrait faire des travaux, toujours au lieu et place du concessionnaire RFF, et là juste avant Noel demander...une subvention pour mettre aux normes les installations gérées par RFF. RFF se réjouit de ne pas dépenser un sou vaillant sur sa cagnotte d’entretien...si toutes les communes en faisaient autant, les affaires seraient meilleures !

Alors les enfants éclatent de rire, ils trouvaient que les ficelles des marionnettes étaient grosses...là ce ne sont plus des ficelles, le calibre est plus gros, c’est du « bout ». Le bout étant le mot des marins pour corde, la corde étant réservée au pendu qui lui peut se balancer à la grande vergue.

Un boute-en-train vient d’arriver pour mettre de l’ambiance. Encore un cheval !

La mairie de Marnes la Coquette est donc devenue le nouvel opérateur local à la place de RFF et bien évidement une subvention de 50 000 euros sera attribuée... pour Noel.

"Excellent !" le spectacle plait beaucoup aux enfants qui éclatent de rires!

Encore une fois, il faut aller voir sous terre, dans la troisième dimension. Il existe un passage d’eaux propres, celles de la rivière. Faudrait-il passer les eaux usées du nouveau lotissement en construction à proximité... pour se raccorder au réseau d’eaux usées du Domaine National de Saint Cloud, en traversant les parcelles AC87 et AC32 (suivez la ligne de goudron frais) ?

« Oui c’est exact ! » répond Fandor toujours avec l’article à la main du proces verbal du conseil municipal du 3 juillet 2012!

2.2.     Convention d’occupation du domaine public de RFF par le réseau d’assainissement avenue Pasteur :

Madame le Maire informe les membres du Conseil Municipal de la nécessité d’obtenir de RFF l’autorisation de faire passer sous la voie verrée le réseau d’assainissement qui assure l’évacuation des effluents en provenance de la résidence de la SCI 3F.

Le Conseil Municipal, à l’unanimité, approuve la convention d’occupation du domaine public de RFF par le branchement d’assainissement reliant la SCI 3F au réseau d’assainissement du Domaine National de Saint-Cloud. 

Fandor est parti demander des précisions au maitre d’ouvrage, seul responsable de la construction du lotissement voisin, l’immobilière 3F...

Dans le prochain épisode, nous attendons l’arrivée du dernier cheval de la collection, le cheval de Troie !

Pendant ce temps, au milieu de la foire, les enfants, les bêtes à Bon Dieu, les anges, tous les saints, les âmes des arbres, les joueurs de bonneteau rigolent autour des tours de cartes... Il faut trouver la dame de cœur parmi deux as noirs....

Un, deux, trois Soleil!

Madame Christiane Barody Weiss, 5em Vice Présidente du conseil général des Hauts de Seine; le Maire de Marnes la Coquette a bougé !

Voila la réalité des choses, nous connaitrons la suite bientôt en traversant la voie ferrée, en passant par le Domaine National de Saint-Cloud.

En passant par l’intérieur du DNSC, en passant par la porte verte...car à en croire le procès verbal du conseil municipal du 3 juillet 2012, tout en absence totale d’information du public sur les lieux, la traversée des voies ferrées est trop dangereuse au passage à niveau.

Le passage à niveau a besoin d'une bonne mise à niveau!

La suite au prochain numéro, suivez le guide!

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