A vendre 460 hectares, 6 kilomètres de Paris... le point de vue de Christiane Barody-Weiss (5)

Aujourd'hui, douzième épisode, si vous avez manqué les épisodes précédents, lire dès le début du feuilleton.

Dans les épisodes précédents, le journaliste Fandor, et le commissaire de police Juve, suivent la piste des nombreux signes pour retrouver les parents disparus de la parcelle AC87 qui fait l’objet d’une enquête la part de la Mairie de Marnes-la-Coquette . Le public de cette Mairie a été consulté jusqu’au 12 novembre 2012, inclus. Les éléments de cette enquête sont donc très attendus.

Fandor et Juve ont interrogé les témoins AC86 et AC32. Ils se trouvent maintenant sur la route, à l’opposé des voies de chemin de fer, sur la parcelle AC41.

AC 41 est une parcelle classée monument historique par arrêté MH94-166 comme sa sœur, AC32 en face. AC41 qui fait la taille imposante de 2 hectares, 95 ares et 62 ca, est coincée entre l'autoroute et la voie de chemin de fer. Elle héberge généreusement la route qui mène au passage à niveau et donne accès aux parcelles AC67 et AC65... en clair AC41 est bien brave car elle distribue les accès au Domaine National de Saint-Cloud, à laquelle elle appartient, mais aussi donnait accès aux entrepôts de messagerie qui étaient sur les parcelles AC65 et AC67...sans compter l'hébergement de deux autres parcelles AC40 et AC39.

Fandor s’exclame alors qu'il réalise l'incroyable !

« Mais comment peut-on construire des bâtiments, s’il n’y a pas d’accès à la voie publique ? »

C’est effectivement le cas présent, et encore un coup de Fantomas, l’insaisissable.

Un problème de taille, nous y reviendrons, Fandor s’inquiète maintenant sur le devenir de la parcelle AC41, monument historique, partie intégrante du Domaine National de Saint-Cloud.

Nous avons pris la mesure de ce qu’est un Domaine National... de ce qui fait la jouissance de service public accordée par les Révolutionnaires, au peuple, sur cette propriété ceinturée de murs, de ce qu’était la propriété de Monsieur, puis de Marie Antoinette en 1789. Au stade ultime de l’évolution de ce Domaine National, où poussaient les Chênes couverts de glands, s’est posé la question du service public d’un nouveau venu...

La bête humaine a revendiqué la possibilité d’envoyer promener les badauds du coin qui s'agglutinaient sur le Domaine National de Saint-Cloud, pour transporter, d’autres badauds, vers les coins situés plus à l’ouest, sans oublier leurs bagages et la possibilité de transporter des marchandises. L’arbitrage s’est donc fait au niveau national, la priorité a été donnée au rail, le fer pèse plus lourd que les feuilles de chène. Ce fut le début de la ruée vers l’ouest, là où l’herbe est plus verte, et l’air toujours meilleur. Les rails se sont donc allongés de tout leur long, en bousculant les chênes couverts de glands, les cultures maraichères du Domaine National de Saint-Cloud.

Porte verte du DNSC, bd republique, avant chemin de fer Porte verte du DNSC, bd republique, avant chemin de fer

 

 

 

 

 

 

Sur cette carte, avant l’arrivée du rail, le mur de pierres du Domaine National de Saint-Cloud s’interrompt sur l’actuel boulevard de la République de Garches, pour laisser, entre deux bâtiments, disparus aujourd'hui, l’ouverture de la porte verte. C'était la position originelle d'entrée du Domaine National de Saint-Cloud, au sud du village de Garches. L’allée d’accès dans le Domaine National de Saint Cloud est perpendiculaire aux murs d’enceinte, et part rejoindre la perspective de plus de deux kilomètres du château. Aujourd'hui, le cheminement n'est plus possible en raison de la présence de la Gare.

A chaque époque, la République a toujours trouvé plus facile de passer sur le corps d’un Domaine National, un corps mutilé en public, plutôt que de passer sur le corps privé des notables du quartier. Ceux-ci ont donc du lever leurs boucliers, qu’ils avaient hérités de leurs ancêtres les arvernes.

L’avancée du cheval de fer s’est faite au triple galop.

Mais voici que les arbres se manifestent dans toutes nos forêts du vingt et unième siècle pour rappeler les racines de l’Histoire, sur la perception de ce qu’est un Domaine.

« Aux arbres citoyens ! » s’exclament les enfants brandissant l’autorité de la loi.

Monsieur le ministre Eric Woerth connait cet article de Loi. Il n'y avait pas prété une attention particulière, ainsi que les membres de son ministère du budget, trop occupés à remplir le porte monnaie au trou sans fin, de l'Etat. Un A vient d'ailleurs de partir ces jours-ci... du fait de l'attention maladive d'une agence de notation.

"Une mauvaise note venue de l'etranger!" comme c'est étrange!

Le service public du transport, sur acier, et aujourd’hui à énergie nucléaire, a donc fait son entrée sur le Domaine National de Saint-Cloud à la place du service public du peuple en promenade, délassement, et autres rêveries...bucoliques...  pour un temps.

Sur cette valse à plusieurs temps reprenons la mesure !

"Poursuivons, poursuivons!" s’excite le commissaire Juve pour le compte de son ministère, très à l’intérieur de l’évolution des évènements.

Le tracé du cheval de fer à introduit des pentes douces qui lui était possible de monter, sans se mettre en danseuse... Les remblais sont arrivés, les ouvrages du grand art ferroviaire, les plateformes techniques pour le fret et la manutention des locomotives. La gare de Garches s’est installée... avec sa zone de voyageurs, sa zone de fret, sa zone technique. Le fret a trouvé la fin de sa vocation publique dans les années 1980, les rails furent démontés sur les parcelles AC65 et AC67. Ces parcelles laissèrent les camions, succédant aux wagons et locomotive, accéder au site en transitant par AC41. La vocation du fret ferroviaire était terminée, son service public avec.

parcelles AC32,AC86,AC87 parcelles AC32,AC86,AC87

 

 

 

 

 

 

Que pensez-vous qu’il se produisit alors de la part de l’Etat, le plus clairvoyant de nous tous?

L’affectataire, le Ministère des Transports, a-t-il restitué ces parcelles à l’Etat ? La SNCF puis RFF, qui n’avait plus l’usage de ce Domaine Public, puisqu’il n’était plus utilisé suivant le cahier des charges de leur service public ferroviaire, a-t-il restitué ces parcelles aux chênes couverts de glands... et aux rêveries du peuple dans le Domaine National de Saint-Cloud? Une remise à l'état du passé?

Non

L’Etat a-t-il surveillé l’application des textes au niveau du Service Public et donc l’utilisation des biens affectés à tel ou tel ou tel ministère, qui lui, les a mis à disposition de tel ou tel EPIC, EPA... pour le Service Public ?

Non.

Le ministère du budget, et son service France Domaine, a-t-il fait son travail de surveillance de nos biens, des biens du peuple français au nombre de 64 304 500 ?

Non.

En 2008, le maire de Marnes la Coquette se voit pousser des ailes d’ange, et souhaite créer un troisième bourg à son village... qui en compte déjà deux... c’est d'une logique implacable, jamais deux sans trois!

Un village de très riches près de la mairie, avec le caractère charmant laissé par Napoleon III, un bourg moins cossu près de la Marche... "attention à la marche!", en limite de Vaucresson et un nouveau quartier, en bordure de Garches, à la place des immondices qui s’accumulaient depuis des années...de part le vide laissé par RFF...un nouveau quartier pour une autre catégorie de la future population de Marnes-la-Coquette.

Le nouveau quartier était né dans l’esprit fécond de quelques-uns, le "QHS nouveau" venait d’arriver!

Le Quartier de Haute Sensibilité, QHS, est l’endroit où tous vos sens prendront du sens! Le club des cinq!

La vision

Inutile d’avoir des fenêtres sur l’extérieur, vous n’aurez pas le droit d’avoir la vue sur la ligne bleue des Vosges, pas plus que sur l’autoroute, ni sur la voie de chemin de fer.

Vue prise du pont du DNSC, montrant l'autoroute Vue prise du pont du DNSC, montrant l'autoroute

 

 

bâtiments blancs sans fenêtres sur la voie ferrée avec accès cour bâtiments blancs sans fenêtres sur la voie ferrée avec accès cour

 

 

 

 

 

Vous n’aurez le droit d’avoir la vue que sur la cour, sur votre voisin, sur votre compagnon qui partagera votre bonne fortune. Donc une vue restreinte et très locale... vous serez à l’abri des regards des autres, ceux qui circulent sur l’autoroute, et sur la voie de chemin de fer. C’est exactement le QHS, la ferme fortifiée des plaines de la Beauce qui se protégeait des chauffeurs qui venaient voler les fortunes des paysans. Ici, dans ce QHS pas de personnes fortunées à pousser les pieds les premiers vers les cheminées aux flammes qui vous chatouillent l'esprit et vous rappelent l'endroit où vous avez caché vos économies... ce sera des logements sociaux, pour des personnes n'arrivant pas à joindre les deux bouts.

Le toucher

Ce sens trouvera encore sa place dans ce QHS, puisque vous aurez la chance de percevoir, par votre peau, les vibrations des passages des trains de voyageurs et des trains de marchandises. Les bonnes vibrations des essieux choquant les joints de dilatation laissant un vide entre les rails..Quelle chance!

L’ouie

C’est votre meilleur sens, celui qui travaillera le plus. C’est au point de se demander si pour habiter ce QHS, il vous faudrait n’avoir plus ce sens...être sourd. Est-ce le Quartier de Haute Surdité ?

Comment construire des immeubles d’habitation à cet endroit, à la place d’une zone d’activité commerciale, d'activité d’entrepot réservée pendant la journée aux seuls salariés? Est-ce possible ? Oui l’article en vigueur en 2008 au moment du permis de construire le précise malgré l'absence d'une distance minimum par rapport aux axes autoroutiers, pour un exemple.

Reste donc à lire le dernier alinea de cet article;

"Il peut être dérogé aux dispositions du présent article, avec l'accord du préfet, lorsque les contraintes géographiques ne permettent pas d'implanter les installations ou les constructions au-delà de la marge de recul prévue au premier alinéa, dès lors que l'intérêt que représente pour la commune l'installation ou la construction projetée motive la dérogation."

Donc quelle est la motivation de la commune pour construire à cet endroit, justifiant une dérogation?

Classement accoustique autoroute+voie ferrée+bd république Classement accoustique autoroute+voie ferrée+bd république

 

 

 

 

 

 

 

 

Vous êtes à moins de cent mètres de l’autoroute en bleu, à moins de dix metres de la voie de chemin de fer en jaune.

carte transit helico, un trait long deux points a vertical A13 carte transit helico, un trait long deux points a vertical A13

 

 

 

 

 

 

 

Sans oublier le transit hélicoptère à 1500 pieds...C'est à dire à moins de 500 mètres, de la voie aerienne des hélicoptères.

En ajoutant et cumulant toutes ces nuisances sonores, sans oublier, le passage à niveau et sa cloche aigrelette, en zone de freinage des trains....

il est impossible de cumuler plus de sens de l’ouie...

"oui oui oui, c'est possible!"

Est-ce possible de construire ? L’architecte vient vous expliquer qu’il protège de l’autouroute ses constructions, en construisant des murs opaques, sans fenètre au sud, seul une petite fenetre loggia permet de faire rentrer la lumière..., que de l’autre coté, au nord, des breches permettent d’entrer dans la cour.

Ces breches permettent de rentrer dans la cour, accompagné du bruit du train... de la clochette aigrelette du passage à niveau...et que bien sur, aucun bruit ne viendra rebondir dans cette cour, ni passer au dessus des toits... Les murs sont absorbants, mous....seul les ballons des enfants portant des casques antibruits, ont le droit de rebondir.

Rebondir sur ces perspectives de bruit ? Le maire fait la sourde oreille et prétend qu’il y a des endroits plus bruyants sur sa commune...

« C'est un projet architectural magnifique avec des maisons construites de telle façon que, côté autoroute ou côté voies ferrées, toutes les pièces à vivre donneront sur le jardin, tempère l'édile. Il y a des endroits bien plus bruyants à Marnes. »

Fandor répond par la négative au Maire de Marnes-la-Coquette puisqu'à cet endroit sur AC65 et AC67, tout a été cumulé au niveau du bruit:

«  Non, non , non, non !»

Et en allemand, un autre, plus colérique, répondrait:

"Nein, nein, nein, nein !."

Le gout

Ah.... tous les gouts sont dans la nature. Cet endroit est d’un gout douteux, à notre gout. Tout ce qui pousse dans cet environnement doit être rincé pour se débarrasser des particules, et micro particules, abandonnées par les véhicules routiers, par le chemin de fer...et pour le linge, rien à sêcher aux fenêtres, ni au balcon, le règlement intérieur de la résidence l'interdira, de toutes façons, vous acheterez des sèches linges.

L’odorat

C’est encore lié au traffic intense de l’autoroute qui passe sous vos fenetres... sans oublier les embouteillages du matin et du soir, il vous sera impossible de vivre dans ces logements, sans fermer les fenetres, et avoir des filtres insérés dans vos logements, pour recycler l’air ambiant. Un vrai sous-marin transformé en habitation, au bord des voies navigables réservées aux véhicules terrestres.

Voila le sens du QHS moderne, dans cette zone que le canard ne voudrait pas pour y mettre ses palmes... Les palmes académiques reviennent au Maire de Marnes-la-Coquette dans son sens de l'équilibre entre les différents types de population.

article 2009 le canard enchainé article 2009 le canard enchainé

 

 

 

 

 

 

 

Le maire de Marnes-la-Coquette a donné son point de vue sur les futurs immeubles pour lesquels elle a accordé un permis de construire en juillet 2008... elle fera certainement le tour du propriétaire avec ses nouveaux administrés et leur souhaitera, comme il convient, la bienvenue:

"C'est joli, c'est très joli ici, vous êtes bien chez vous!" pourrait elle dire.

Tout est une question de point de vue!

Dans l’épisode suivant nous étudierons les moyens de financement de cette résidence de 44 logements...

Fandor reste impassible au manque de réponse d'AC65 et AC67, à ces questions sur l'enlèvement des parents de AC87... AC65 et AC67 sont parties intégrantes du Domaine National de Saint-Cloud. Elles sont actuellement muettes et baillonnées.

Aucune réponse ne nous sera donnée, mais nous savons dès à présent que le prétendu abandon de AC87 et le mystère autour de AC32 et AC86 est lié à la juvénile poussée du béton sur les parcelles AC65 et AC67.

L’enquete suit son cours, poursuivie par le commissaire Juve et son ministère de l’Intérieur.

Les enfants passent leur chemin et ne peuvent pas jouer au ballon de peur que le ballon ne s’echappe sur l’autoroute et provoque un carambolage...

Les anges, les coccinelles, les Bêtes à Bon Dieu, les enfants, Fandor et Juve partent loin de cet ilot lugubre vers des terres plus acceuillantes pour boire un chocolat chaud bien mérité!

Nous retrouverons prochainement les larrons, les joueurs de bonneteau qui restent sur le plus bel emplacement de foire de la région.

La suite passionnante de "la vie des humains" vous sera servie au prochain épisode des parcelles AC65 et AC67.

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