Des horreurs dépassant l’entendement : la disparition d’enfants ouïghours

Aujourd’hui, le monde ignore plus de 500 000 cas d’enfants ouïghours qui sont liés à un coupable caché, mais à la vue de tous. Et ce qui est le plus frustrant, c'est le silence de la communauté mondiale.

Cet article a été publié originellement en anglais le 18 juillet 2020 par Rushan Abbas sur le site de News18. Pour accéder à la version originale : https://www.news18.com/news/opinion/horrors-beyond-comprehension-disappearing-uyghur-children-2722915.html?fbclid=IwAR1WEJ5hYbOgPDjqPds7LyCBPlCjQoh7sS60cfnEGff702hA-Bt7mAW9gac

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Le pire cauchemar de tous les parents. Nous entendons les termes liés aux atrocités qui poignardent nos cœurs lorsque nous les lisons dans les gros titres. Des expressions telles que « enfant disparu », « enfant blessé », « enfant malade », « enfant kidnappé » sont employées... Immédiatement, un parent ressent une terreur intense s’emparant de son ventre, se mettant tout de suite à la place de la malheureuse famille. Et tandis que nous supportons brièvement leur douleur, les parents des enfants perdus portent le fardeau silencieux de ces traumatismes toute leur vie. Peut-être que la pire douleur, selon de nombreuses mères ayant perdu leurs enfants, est le fait que ces derniers, disparus, soient oubliés.

Et pourtant, aujourd’hui, le monde ignore plus de 500 000 cas d’enfants ouïghours qui sont liés à un coupable caché, mais à la vue de tous. Et ce qui est le plus frustrant, c'est le silence de la communauté mondiale. Où sont les groupes de défense des enfants ? Où sont les principales voix des enfants ? Qu'est-il arrivé à la Convention des Nations Unies relative aux droits de l'enfant (CNUDE) ? Lorsque l'argent de la Chine est impliqué, la plupart des stars les plus engagées d’Hollywood, des militants pour les droits humains et des médias grand public retournent leur veste et vendent leurs valeurs morales ainsi que leur conscience au profit temporaire qu'ils reçoivent de la Chine et de son marché.

Alors que le monde ignore non seulement la possibilité de prévention, mais va même jusqu’à justifier ces atrocités, les ravisseurs ne sont pas nommés comme tels. Leurs crimes sont perpétrés dans le cadre d’un système gouvernemental qui s’est fixé comme objectif de reconstruire socialement le cerveau de ces enfants, remodelant de force leur brillant avenir et leur destin en quelque chose qui leur est uniformément présenté par un système d’horreurs dystopiques. Dans ce dernier, ces enfants sont traités comme un outil pour transmettre un héritage particulier, qui a été blanchi à la chaux, édité et censuré. Il est soigneusement construit sans penser aux conséquences.

Ce qui est décrit ci-dessus, de manière choquante, n’est pas l’Allemagne nazie. Ce n’est pas la Pologne sous les Portes de Fer dont la phrase emblématique est encore forgée dans le fer au-dessus d’elle. Au contraire, cette vérité selon laquelle « le travail vous rend libre » a été gravée dans le cerveau des gens, dans leur âme et dans leur conscience. Non seulement pour les victimes, mais aussi pour les citoyens ordinaires qui subissent également un lavage de cerveau, afin qu'ils acceptent leur propre complicité de crimes contre l'humanité. Ce qui est décrit ici, c’est la Chine d’aujourd’hui et le Turkestan oriental occupé, appelé par le gouvernement chinois région autonome ouïghoure du Xinjiang.

Tout récemment, les douanes américaines ont saisi une cargaison de 13 tonnes de cheveux humains, récoltés et produits par les prisonniers des camps de concentration modernes de Chine. Nous savons ce que symbolisent ces cheveux : un « plus jamais » se reproduisant encore. Séparé de l'espace des accords commerciaux et de la politique partisane, le véritable « royaume du milieu » est autant perdu pour les mondes occidentaux qu'avant, malgré tous les avantages de la technologie du XXe siècle, en raison de la guerre idéologique encore ancrée dans les esprits occidentaux, incapables de comprendre le contexte d’une chose qu'ils ne pourront jamais saisir de façon intrinsèque.

Partout dans les médias sociaux chinois, on peut trouver des vidéos éparpillées, des extraits de la vie dans un jardin d'enfants chinois, typiquement chinois en apparence. Mais il n'y a rien de typique chez les enfants de ces vidéos. Ce sont des Ouïghours. Les internautes chinois louent ces enfants avec leurs grands yeux et leur jolie apparence. Ces beaux enfants ouïghours sont conquis pour la culture chinoise Han, vêtus de tenues traditionnelles chinoises pour danser et interpréter des chansons en mandarin. Plus important encore, ils doivent faire l'éloge du Parti et de Xi Jinping dans des scènes rappelant la propagande nord-coréenne.

Les enfants sont devenus la principale cible de la politique chinoise d’assimilation et d’ingénierie sociale. Le gouvernement chinois tente d'éradiquer l'identité ethnique ouïghoure en ciblant la jeune génération. Alors que leurs parents sont détenus dans les camps, les enfants ouïghours sont emmenés, retenus en otage dans des orphelinats gérés par le gouvernement chinois, où ils sont endoctrinés, forcés d'abandonner leur identité ouïghoure et de jurer fidélité au Parti Communiste Chinois, mais aussi forcés de reconnaître Xi Jinping comme Dieu.

Plus de 500 000 enfants ouïghours doivent être retenus en otages dans ces « internats » chinois, comme le confirme le développement rapide des grands jardins d'enfants, de l'embauche d'enseignants et du nombre d'enfants portés disparus par des proches. Séparés de leurs familles par mandat gouvernemental, une atrocité de masse à ce niveau continue d'ignorer la réalité qu'une telle séparation va infliger, à savoir des dommages psychologiques massifs pour les personnes concernées, mais aussi une énorme culpabilité pour les partis associés à ce style nazi de colonisation forcée et d'assimilation raciale.

Un rapport d'une importance révolutionnaire du Dr Adrian Zenz qui a été récemment publié indique qu'en plus de l'enlèvement d'enfants ouïghours, le régime chinois empêche également la naissance d'enfants ouïghours. La chute des taux de croissance démographique, la stérilisation et l’avortement forcés, le contrôle des naissances ainsi que l'internement des mères ouïghoures ont abouti à la confirmation d'un génocide littéral.

Comme son rapport le concluait : « le régime de contrôle de la population institué par les autorités du Parti communiste chinois dans le Xinjiang vise à supprimer la croissance de la population minoritaire tout en stimulant la population Han grâce à l'augmentation des naissances et de l'immigration. Les mesures draconiennes qui imposent des méthodes chirurgicales de contrôle des naissances permettent à l'État d'augmenter ou de réduire à volonté la croissance de la population minoritaire, comme pour ouvrir ou fermer un robinet. De plus, les autorités régionales encouragent activement les mariages interethniques (SupChina, 7 août 2019), afin de diluer l'identité culturelle ouïghoure et de promouvoir l'assimilation ».

Adolf Hitler lui-même a déclaré dans Mein Kampf que l'État « doit déclarer que l'enfant est le trésor le plus précieux du peuple. Il doit veiller à ce que seuls les sains engendrent des enfants... L'État doit être le gardien d'un avenir millénaire face auquel les désirs et l'égoïsme de l'individu doivent apparaître comme rien... ». Dans cet enfer orwellien, la Chine a déclaré l'islam comme « maladie mentale » et que les Ouïghours doivent en être « guéris ». Plutôt que de rechercher la perfection génétique, la Chine recherche l'unité intellectuelle et spirituelle au détriment de la culture, de la moralité et des vies humaines. Quelle société civilisée peut faire cela aux enfants ? Nous avons notre réponse : le mal existe en toute impunité en Chine.

Si les récentes sanctions contre les responsables chinois sont une bonne étape, il reste encore beaucoup à faire. Il est inimaginable que les membres du Parti communiste chinois soient autorisés à récolter les fruits de la richesse et de la démocratie tout en niant les droits humains chez eux. Il est inconcevable qu’un pays puisse continuer, en toute bonne conscience, à traiter la Chine comme autre chose que l’État terroriste rebelle qu’elle est. Nous voyons les réactions stupides, incohérentes et malhonnêtes du régime chinois et ses actions de représailles dans sa réponse à la sanction des responsables du gouvernement américain (une action dénuée de sens et plutôt pathétique qui représente les derniers efforts d'un régime qui est devenu comme un chien coincé dans un coin, à mordre tout le monde autour de lui).

À moins que nous ne continuions à tenir ce régime responsable de ses crimes contre l'humanité, à moins que nous ne l’empêchions d'établir le prochain ordre mondial avec le système totalitaire, il suffit de regarder les enfants ouïghours, les esclaves ouïghours et l'état actuel du Turkestan oriental pour imaginer le monde que vous laissez pour vos enfants et petits-enfants. Nous devons croire au fait que les vrais cœurs des mères ne sont pas facilement influençables. Ils ne permettront pas aux enfants ouïghours ou aux femmes qui désirent devenir mères, étant empêchées de donner naissance à leurs propres enfants, de devenir des dommages collatéraux de la politique à court-terme.

 

Rushan Abbas

(L'auteur est le fondateur et directeur exécutif de la Campagne pour les Ouïghours. Ses opinions ne concernent que lui.)

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