Kirghizistan: le frère d’un député pro-chinois balayé par la répression au Xinjiang

Askar Yunus, frère du député kirghiz Adil Zhunus uulu, a travaillé à l'Académie des sciences sociales du Xinjiang. Il aurait été arrêté en novembre par les autorités chinoises dans le cadre de la répression visant les autochtones turcophones de la Région autonome ouïghoure du Xinjiang.

Des hommes kirghizes préparent des portraits de leurs proches lors d'une conférence de presse à Bichkek le 29 novembre 2018. © Vyacheslav Oseledko—AFP Des hommes kirghizes préparent des portraits de leurs proches lors d'une conférence de presse à Bichkek le 29 novembre 2018. © Vyacheslav Oseledko—AFP

Cet article a été publié originellement en anglais le 04 décembre 2018 par le site Eurasianet.org. Pour accéder à la version originale : https://eurasianet.org/kyrgyzstan-mps-brother-swept-up-in-xinjiang-crackdown?fbclid=IwAR16rJQJzG-Jf0t93U2sX6ZQepuwhtaDlXbppn5AxUqCMqDftng1nyjxxSw

Le frère d’un législateur siégeant au parlement kirghiz aurait été arrêté dans le cadre de la campagne de sécurité incessante menée par le gouvernement chinois dans sa province du Xinjiang.

Askar Yunus, 49 ans, historien d'origine kirghize et ayant travaillé à l'Académie des sciences sociales du Xinjiang, aurait été arrêté selon la Radio Free Asia vers la fin du mois dernier.

Dans un reportage du 30 novembre, Radio Free Asia a cité un employé de l'académie qui aurait déclaré à son personnel « d’être informé lors d'une réunion que certains problèmes existaient" avec Yunus. On ne sait pas quelle infraction Yunus aurait commis.

"L'ethnie kirghiz" - l'ouvrage de l'historien kirghiz Askar Yunus © RFA "L'ethnie kirghiz" - l'ouvrage de l'historien kirghiz Askar Yunus © RFA

  Les arrestations d'universitaires appartenant à des minorités ethniques sont devenues des événements récurrents dans un     climat de répression de plus en plus intense au Xinjiang. A l'instar des érudits islamiques, l'intelligentsia locale semble être   tombée dans la suspicion quasi automatique.

 Le cas de Yunus est toutefois unique en son genre, c’est que son frère est parlementaire au Kirghizistan, un pays qui compte   énormément sur le soutien économique de Beijing.

 L'attention portée au lien entre Askar Yunus et Adil Zhunus uulu a été initialement attirée sur Twitter par le commentateur   politique kirghize Edil Baisalov.

Deux personnes ont depuis déclaré à Eurasianet que Zhunus uulu les avait personnellement informées de l’arrestation de son frère. L’un est un ancien conseiller présidentiel, l’autre est un assistant du bureau du législateur.

Zhunus uulu - un ressortissant kirghize naturalisé qui prétend être le premier parlementaire du pays, est apparemment réticent à prendre la parole.

Et ce n’est pas surprenant.

Le gouvernement du Kirghizistan n’a pratiquement rien dit à propos de la répression sécuritaire dans le Xinjiang voisin. Plus tôt cette année, un panel de l'ONU a déterminé que plus d'un million de personnes appartenant à des minorités ethniques, principalement des Ouïghours, pourraient avoir été internées dans des camps.

Les citoyens ordinaires kirghizes et kazakhs nés dans le Xinjiang mais ayant depuis obtenu la citoyenneté dans leur pays d'origine se font de plus en plus entendre sur les proches disparus.

Mais l'idée d'un législateur kirghize faisant la même chose embarrasserait Bichkek, qui s'appuie sur la Chine pour un crédit facile et une assistance technique.

Ce qui est d’autant plus étrange dans cette situation, c’est que le comportement parlementaire de Zhunus uulu est particulièrement pro-chinois.

Adil Zhunus uulu, frère parlementaire de l'universitaire Askar Yunus, arrêté par les autorités chinoises au Xinjiang. © Site officiel du parlement kirghiz Adil Zhunus uulu, frère parlementaire de l'universitaire Askar Yunus, arrêté par les autorités chinoises au Xinjiang. © Site officiel du parlement kirghiz
Pas plus tard qu’en octobre, il proposait au Kirghizistan de vendre son transporteur national Air Kyrgyzstan à des investisseurs         chinois. Lorsque le président Sooronbai Jeenbekov s'est rendu en Chine pour rencontrer le président Xi Jinping et d'autres hauts   responsables chinois en juin, Zhunus uulu était l'un des cinq parlementaires qui ont rejoint la délégation officielle.

 Jusqu'ici, le Kazakhstan voisin a été un peu plus courageux en abordant le Xinjiang avec la Chine, même si la rhétorique officielle   ne s'approche jamais de la critique.

Le mois dernier, le ministre des Affaires étrangères du Kazakhstan et le nouvel ambassadeur de Chine dans le pays se sont rencontrés pour discuter de la région, entre autres sujets. Selon le ministère des Affaires étrangères à Astana, les deux hommes étaient heureux de convenir que la diaspora ethnique kazakhe de 1,6 million d'habitants située dans le Xinjiang constitue un «pont vivant» entre les deux pays.

Zhunus uulu aurait peut-être déjà pensé à lui-même de manière similaire en ce qui concerne les 200 000 personnes d'origine kirghize en Chine. Mais si les informations sur l’arrestation de son frère sont véridiques, la terreur répandue dans tout le Xinjiang aurait peut-être été un pont trop loin.

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