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Billet de blog 7 janv. 2022

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Des journalistes parlent de la PQR

En province, «le journal» signifie «La Montagne», «La Provence» ou «L’Est Républicain», c’est-à-dire la presse quotidienne régionale, qu’on lit toujours beaucoup plus que la presse nationale (3,6 millions contre 1,4 million d’exemplaires payants). Mais la PQR est aussi affaiblie et logiquement critiquée : revue de presse.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Jacques Trentesaux, co-fondateur de Médiacités : « Le constat est simple : dans chaque grande ville, on trouve un quotidien régional en situation de monopole ou de quasi-monopole qui est par ailleurs en lien d’affaires avec les collectivités, que ce soit à travers de la pub, des offres légales et judiciaires ou des partenariats. » Extrait de l’article « Info locale: Le Progrès investigué par le pure player Mediacités » paru le 31.05.2018 sur Arrêt sur Images

Extrait du n°200 du journal indépendant « le Ravi » basé à Marseille (novembre 2021).

Jean-Baptiste Malet, journaliste indépendant : « Pour la presse, ce devrait être un engagement et un devoir de nommer les choses, de raconter les rapports de pouvoir, les rapports de production, de décrire la pyramide des classes, d’ouvrir des portes jusqu’alors fermées aux citoyens. Las, les titres de la presse quotidienne régionale appartiennent presque tous à des puissances d’argent et se retrouvent dépendants des publireportages, des publicités institutionnelles, ainsi que des encarts achetés par des casinos, des entreprises du bâtiment travaux publics (BTP), des promoteurs immobiliers et des événements sportifs subventionnés par des collectivités locales. C’est le cas du quotidien Var-Matin, un titre docile à l’égard de la classe politique varoise, qui ne publie jamais d’enquêtes de fond sur l’affairisme immobilier et le clientélisme électoral, deux fléaux qui gangrènent pourtant notre belle région. » Témoignage paru en novembre 2021 dans le Ravi (n°200)

Quelles sommes sont versées chaque année par les collectivités locales (et les préfectures) aux entreprises de presse ? Marsactu pose la question dans son appel de novembre 2021. © Marsactu

Olivier Villepreux, journaliste indépendant : « Je suis un provincial et, globalement, je trouve que la presse régionale ne profite pas assez de sa situation privilégiée pour envoyer des journalistes travailler près de chez eux, sur le terrain, notamment en ruralité, et faire des enquêtes sur leurs élus, la politique locale, la vie sociale au sens civique du terme. Les journalistes locaux en savent souvent bien plus que les journalistes parisiens sur leur zone de diffusion, et pourtant il est très rare qu’ils devancent les Parisiens sur des affaires disons d’intérêt public. Je vous laisse libre de penser s’ils sont timides ou si leur direction veille au grain et donc d’en conclure que le métier est plus important que la pratique. Ce qui est sûr, c’est que, pour des raisons d’économies bien pratiques, il arrive en PQR que seuls trois journalistes doivent couvrir tous les jours l’équivalent de deux sous-préfectures… Comment faire ? Donc tout le monde regarde Paris, alors que Paris, c’est loin de tout. » Extrait d’un entretien à Diacritik mis en ligne le 7.04.2021

© Mediacités

Emmanuel Riondé, journaliste indépendant : « Les principaux journaux régionaux sont de véritables empires, souvent en situation de monopole. La Dépêche du Midi en offre un exemple archétypal, avec un traitement mollasson de l’information. Certains sujets – comme Airbus ou le Stade toulousain – constituant des piliers intouchables, toujours traités sous forme d’un récit homérique. Bien sûr, on peut y trouver de bons articles, mais ils sont noyés dans la masse. Jamais ne sont publiées d’enquêtes qui dérangent les notabilités locales. » Extrait du numéro spécial de Politis (« Main basse sur l’opinion ») paru le 15.12.21

Extrait du n°100 du journal indépendant « Fakir » basé à Amiens (novembre 2021).

Deux autres témoignages : « "Tu arrives dans ce milieu-là avec une certaine idée de la justice sociale, pour donner la parole à tout le monde, car tu es vite confronté sur le terrain à la dignité des plus faibles", avance [ce journaliste de] 27 ans, dont 5 en rédactions locales. "Mais au quotidien, concrètement, ce que tu fais n'est pas ça : arrive une affaire, et ton rédacteur en chef te dit de ne pas enquêter car le journal a un partenariat." Une ex-correspondante en Amérique du Sud se souvient de ses débuts de journaliste au quotidien La Montagne, à Clermont-Ferrand : "Dès que Michelin appelait, il fallait aller couvrir ce que Michelin avait à dire…" » Extrait de l’article « Journalisme, la grande désertion » paru le 26.07.2020 sur Arrêt sur images


Notes et compléments :

  • Je m’autorise à reproduire ici des extraits d’articles (et, en deux occurrences, un encadré) car il existe un droit de citation. Je les reproduis animé par l’envie de souligner la qualité des journaux et sites d'information indépendants dont ils sont issus, et donc d’inciter les lecteurs∙rices, si cela leur est possible, à s’y abonner (même chose bien sûr pour les sites indépendants en accès libre, qui ne peuvent vivre sans abonné·es solidaires).
© Mediapart
  • 9 journalistes sont mentionné∙es dans ce billet : 7 hommes et 2 femmes. Ce net déséquilibre, dont je me suis rendu compte à l'issue de mon travail de collecte, reflète les « inégalités persistantes » au sein de la profession constatées par La revue des médias de l'INA.
  • Les deux chiffres donnés dans le chapô de ce billet sont tirés de l’ouvrage (que je recommande) de Pauline Amiel et Franck Bousquet récemment paru dans la collection Repères des éditions La Découverte : La presse quotidienne régionale
  • « Mon » titre de PQR est La Montagne, qui fait partie du groupe Centre France, dont l’actionnariat est contrôlé par la fondation Varenne et la direction générale assurée par Soizic Bouju. Ces dernières années, j’ai réagi sur mon compte Twitter à la proximité affichée par l’agence locale de Vichy avec les pouvoirs locaux (lire ici, et ), ainsi qu’à la proximité affichée par le journal avec le pouvoir macroniste (lire ici).
  • Mediacités Lyon s’est intéressé au groupe Le Progrès, mais aussi aux transferts de journalistes vers le monde politique et aux travaux d’Alexis Lévrier, auteur notamment de Le contact et la distance. Le journalisme politique au risque de la connivence. Le site d’information en ligne avait publié un manifeste lors de son lancement en novembre 2016 et a publié un « manifeste pour une démocratie locale réelle » à l’occasion des élections municipales de mars 2020.
  • Jean-Baptiste Malet a reçu le prix Albert-Londres 2018 pour son livre L’Empire de l’or rouge et Olivier Villepreux a récemment fait paraître Journalisme dans la belle collection « Le mot est faible » des éditions Anamosa.
L'empire de l'or rouge | Trailer VO © SOS Faim
  • L’appel lancé par Marsactu en novembre 2021 pour la transparence sur les dépenses des collectivités locales dans les médias a notamment été relayé par Mediacités. Plusieurs médias mènent actuellement l’enquête pour faire la lumière sur ces aides, nous a récemment appris Arrêt sur images (voir ici et ).
  • En juin 2019, Mediacités a publié une enquête en deux volets sur les baisses d’effectifs et les fermetures d’agence dans la presse quotidienne régionale ; l’enquête avait aussi été publiée sur Mediapart.
  • Le témoignage de Serge Halimi pour le Ravi est également disponible (en accès libre) sur le site du mensuel (« enquête et satire ») de Provence-Alpes-Côte d’Azur. Le directeur du Monde diplomatique a régulièrement témoigné son soutien au journal Fakir et à son fondateur. En juin 2016, pendant la mobilisation contre la loi Travail, ils faisaient tribune commune au Havre : 
DISCOURS DE SERGE HALIMI (Meeting au Havre) © Fakirpresse

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