FESTIVAL CINÉMA DU RÉEL 2019 - “Still Recording”, de Ghiath Ayoub et Saeed Al Batal

“FRONT(S) POPULAIRE(S)-MISE EN SCÈNE DU FILM DE GUERRE" “Still Recording”, de Ghiath Ayoub et Saeed Al Batal : les évènements dans Douma, en Syrie, de 2011 à 2015, à travers les yeux de deux jeunes Syriens, l’un cinéaste, l’autre artiste plasticien. De l'espoir de la Révolution au désenchantement.


Générique :
"À la mémoire de ceux qui sont décédés depuis la sortie de ce film." © Ghiath Ayoub, Saeed Al Batal

"Nous ne voulons pas que l'on raconte à notre place (NDLR : les médias, le régime) ! À partir de 2011, beaucoup se sont improvisés cameramen. Des reporters ont même filmé leur propre mort. Pour moi, c'est vraiment là que se place la nouveauté des images." © Ghiath Ayoub

http://www.cinemadureel.org/film/still-recording/



Intervention le 15 mars 2019 à Paris de Ghiath Ayoub (Saeed Al Batal était à ce moment-là en Turquie), après la projection de leur film "Still Recording". Ghiath est un réalisateur syrien. Il a fait ses études aux Beaux-Arts de Damas, puis s'est engagé dès 2011 dans ce qu'il pensait être et durer la Révolution dans son pays avant que le régime de Bachar el-Assad ne "reprenne la main" sur le pays avec l'aide des Russes :

https://soundcloud.com/user-883594634/ghiath-ayoub-presente-son-documentaire-still-recording-au-festival-du-reel-2019/s-hF1iB

Interview de Ghiath réalisée par le festival :

https://www.youtube.com/watch?v=t9ebLc6l5CU&list=PLcm4HNuh0R9NmOWs8osI7KTCssx1NgnMM&index=11&t=0s

Ghiarth, réalisateur de "Still Recording" © Simone A Ghiarth, réalisateur de "Still Recording" © Simone A

Saeed Al Batal © "Still Recording" (screen shot) Saeed Al Batal © "Still Recording" (screen shot)

- Un spectateur dans la salle, puis Catherine Bizern, directrice artistique du Festival du Réel 2019 : "Faut-il vraiment risquer sa vie pour filmer ?" 

- Ghiath Ayoub : Derrière le mot "filmer", il y a "faire des images, un documentaire", mais bien d'autres choses aussi. Tenir une caméra à la main donne le sentiment d'être protégé, et rend légitime. Saeed et moi, nous nous sommes relayés, caméra à la main, et à plusieurs autres, afin de faire circuler les images de combats, de mort, d'horreur, mais aussi d'amitié. Nous avons fait cela pour laisser un document pour le futur, qui prendra toute sa valeur dans plusieurs années, dans cinquante ans. Nous l'avons fait pour la génération future, pour qu'elle sache ce qui s'est passé.

Avec Saeed, pendant le montage où nous étions tous les deux, on se disait que la caméra nous aidait à supporter ce qui se passait et à nous protéger en même temps. On se demandait comment on peut être impuissant à ce point-là devant ce qu'on voit et ce qu'on filme. Avec la caméra, on devient plus fort. Quand on filme, on n'a pas le temps de réfléchir, de se poser. Il faut y aller, on est pris par l'urgence, la réalité, la vitesse. Il faut filmer tout de suite ! On n'a pas le temps de faire attention aux cadrages, etc. Et ce, bien que nous ayons été nourris à l'"école du cinéma occidental" que nous enseignions, d'ailleurs. [Scène du film où l'intervenant de l'école de cinéma s'exprime devant des images d'un film d'action américain : "Regardez ! Ce film a nécessité autant d'argent que trois hôpitaux ici. Prenons exemple sur eux (NDLR : ces cinéastes occidentaux), ce sont des professionnels !'.]

"Still Recording" Le décor quotidien de Douma © Ghiath Ayoub, Saeed Al Batal "Still Recording" Le décor quotidien de Douma © Ghiath Ayoub, Saeed Al Batal

- Ghiath Ayoub (suite) : Nous suivions les soldats de l'armée libre partout ! Ils nous disaient : 'Certains nous voient comme des gangs, des terroristes. Ce n'est pas ça !'… [Scène : discussions interminables par talkies walkies entre un soldat de l'armée libre et un autre de l'armée du régime.]

Scène de cet homme en train d'effectuer des mouvements de mise en forme, seul au milieu de décombres, après une acalmie, certain du bien-fondé de sa démarche : continuer, ne rien laisser à l'"ennemi", garder la foi en Allah, mourir peut-être, mais debout.

Une autre scène encore, après un lâcher de bombes : un enfant est pris à partie par les cameramen, il a l'air d'avoir à peine 7 ou 8 ans. Ils l'interrogent. Après le bombardement d'un MIG russe, il s'est retrouvé au milieu des décombres et de restes humains, s'exprimant sur le ton d'un "gardien protecteur des blessés et des morts", quelque peu hagard et visiblement devenu insensible face à ces scènes d'horreur devenues son quotidien.

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"Nous aimons la liberté !" © Ghiath Ayoub, Saeed Al Batal et leurs amis. 

Trailer 1 https://www.youtube.com/watch?v=E0DWyr0oUvA

Trailer 2 https://www.youtube.com/watch?v=E0DesN2v4iU

Extrait http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19582545&cfilm=266405.html

Séances http://www.allocine.fr/seance/film-266405/pres-de-115755/ 

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"CINÉMA DU RÉEL. MAIS QU’EST-CE QUE LE RÉEL AU CINÉMA ? 2/2", Aurélie Cavanna, Artpress.com

“[…] Plus de quatre ans d’images, tournées depuis 2011, à Douma, par eux (NDLR : Ghiath Ayoub et Saeed Al Batal) et leurs amis opposants au régime syrien – période durant laquelle les rebelles s’emparent du contrôle de la ville –, révèlent le quotidien de cette révolution, la violence, les destructions, tout comme les rires, la musique dans un studio improvisé ou les murs qui se couvrent de graffitis émancipateurs. Face à un tel contexte, Saeed Al Batal évoque un ‘désir de compréhension’, mais aussi cette question : ‘Qu’est-ce que l’art dans la révolution, dans la guerre, dans la mort ?’ (6) Pourtant, la nécessité de filmer, dictée par les événements, est dite et répétée. ‘L’image est le dernier rempart face au temps’, peut-on entendre. Avec une redoutable justesse, cette image, souvent réalisée caméra portée – arme, dans ce conflit, des deux cinéastes –, n’est pas toujours stable, comme si le danger s’y imprimait : la fuite suite à des tirs ou un bombardement, tout en filmant quoi qu’il arrive – ou presque. Au fil des séquences, Ghiath Ayoub et Saeed Al Batal ne cessent de s’interroger : qui verra ces scènes, comment et pourquoi les filmer ? À titre d’exemples, un photographe renonce à utiliser son appareil, car il a vu trop de caméras tourner ; des rebelles profitent au contraire de ces dernières pour clamer la libération de Douma. Le film capture parfois la diffusion d’un journal télévisé étranger. Si on reconnaît immédiatement ces images standardisées, face à celles de Ghiath Ayoub et Saeed Al Batal qui mêlent brutalité de la réalité et réflexivité, elles apparaissent soudain particulièrement ridicules. […]” 

https://www.artpress.com/2019/03/21/cinema-du-reel-mais-quest-ce-que-le-reel-au-cinema-2-2/

(6) Saeed Al Batal, catalogue Festival Cinéma du réel 2019, Bpi/CNRS Images/Comité du film ethnographique, 2019.

 

 

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