ŽELIMIR ŽILNIK, réalisateur de la "Black Wave" yougoslave, au Centre Pompidou

La rétrospective de Želimir Žilnik a permis de découvrir 22 films majeurs du réalisateur de la Nouvelle Vague yougoslave. Elle s'est terminée le 12 mai. Le 20 avril, Želimir, très présent dès le 12 face au public lors de débats après les projections, est rentré chez lui en Serbie. Une master class au Centre Pompidou et un passage au Centre culturel de la Serbie ont ponctué son séjour à Paris.

"Où en êtes-vous, Želimir Žilnik ?" © Centre Pompidou, Playground Produkcija "Où en êtes-vous, Želimir Žilnik ?" © Centre Pompidou, Playground Produkcija

 https://www.centrepompidou.fr/cpv/ressource.action?param.id=FR_R-19d5319537c6ff1ba4ae396aaabd2f1&param.idSource=FR_E-ede595759eb35cdbaa7fcaffca36936c

“Nous voulions parler de la réalité elle-même, pas de sa promesse”, disait Želimir Žilnik à propos de la Nouvelle vague yougoslave, péjorativement rebaptisée 'Black Wave' ou 'Vague noire' par le régime titiste avant d’être interdite, et à laquelle il donna son manifeste "Black Film" (1971). Cette volonté de porter un regard dessillé, franc, débarrassé de toute idéologie, de tout romantisme aussi impliquait de repenser la manière de faire des films. Želimir Žilnik a donc fait autrement, développant une forme libre, sauvage et crue pour filmer 'à chaud', adoptant dès ses débuts une méthode performative et collaborative qui associe les protagonistes à la conception des films." © Centre Pompidou 

"Black film", Zelimir Zilnik, 1971 © Želimir Žilnik "Black film", Zelimir Zilnik, 1971 © Želimir Žilnik

 

"Little Pioneers", Želimir Žilnik, 1968 © Želimir Žilnik "Little Pioneers", Želimir Žilnik, 1968 © Želimir Žilnik

 Želimir Žilnik : masterclass 14 avril 2019 animée par Vladimir Perisić, vidéo : © Centre Pompidou

https://www.centrepompidou.fr/id/c6b96Go/r9jRkLb/fr


 

Dans "Débordements", le merveilleux texte de Mathieu Potte-Bonneville, "Zelimir Zilnik, Le Cinéma traversé", 17 avril 2019 :

http://debordements.fr/Zelimir-Zilnik-le-cinema-traverse

 

Affiche Rétrospective Želimir Žilnik, Centre Pompidou ("Travaux précoces", Želimir Žilnik, 1969) © Centre Pompidou, Želimir Žilnik Affiche Rétrospective Želimir Žilnik, Centre Pompidou ("Travaux précoces", Želimir Žilnik, 1969) © Centre Pompidou, Želimir Žilnik

Interview (extraits). Propos recueillis par Simone A. 

(Traduction anglais-français : Simone A, 18 avril 2019. Merci pour leur charmant accueil à Anticafé Beaubourg ! https://www.anticafe.eu/lieux/beaubourg-paris-75003/)

Želimir Žilnik, un dissident ?

Želimir ne se considère pas comme un dissident. Il ne peut se comparer, dit-il, à des cinéastes ou écrivains engagés qui sont poursuivis et menacés par des régimes totalitaires, et qui, "pour ne pas être condamnés et jetés en prison, doivent quitter leur pays pour se réfugier, avec leur famille, dans un autre pays". 

"En 1967, en ex-Yougoslavie, le climat change doucement après l'entrée des chars russes dans Prague, capitale de la Tchécoslovaquie. Tito est toujours au pouvoir, il est âgé, mais la culture a encore toute sa place en ex-Yougoslavie. Les films passent par une commission d’approbation. Les cinéastes doivent bien sûr faire face à la censure. Cinq films sur sept essuient les critiques des médias qui sont soit "pour", soit "contre". Mais c’est différent, comparé à la répression dans les autres pays communistes et socialistes de l'époque. Les cinéastes sont parfois critiqués, il y a des confrontations, des discussions, mais le débat reste encore ouvert. 

À partir de 1971 et 1972, une sorte d’idéologie très forte dans les médias et aussi dans les réunions politiques défendant des idées trotskistes et anarchistes font leur apparition, et les problèmes commencent. Tito (80 ans) commence à se désintéresser des films. Un climat délétère s’installe dans le pays." En 1973, Želimir Žilnik décide d’aller vivre et tourner en Allemagne, une période qu’il qualifie de“recovering”, de pause, sachant qu’il reviendra tôt ou tard dans son pays. Pour toutes ces raisons, il ne se considère pas comme un dissident. 

Želimir Žilnik, sur le tournage de "Travaux précoces", 1968 © Želimir Žilnik Želimir Žilnik, sur le tournage de "Travaux précoces", 1968 © Želimir Žilnik

Un discours politique de façade

“Si on observe bien la société yougoslave (NDLR : pendant la période du système 'socialiste économique’ de Tito), les gens ont prétendu qu’ils se battaient pour être de ‘meilleurs communistes’, alors qu’il existait une sorte d’opposition prônant le capitalisme et favorable au démantèlement du parti communiste yougoslave. Aujourd’hui, si on se retourne sur le passé, on ne voit que 90 % de purs mensonges. Tous nos politiciens disaient : ‘Nous avons toujours été amis avec les Russes, ils nous ont aidés par le passé’ (NDLR : en 1944, la capitale de la Yougoslavie Belgrade a été libérée grâce à l'aide de l'Armée rouge), mais la plupart d’entre eux ont fait une propagande anti-Union soviétique. Et nous, les jeunes cinéastes, nous voulions continuer de voir du cinéma soviétique (Eisenstein, Poudovkine, Vertov)." 

["L'Homme à la Caméra", Dziga Vertov, 1929] 

https://www.dailymotion.com/video/x3xzjcf

"Au moment où il y eut ce conflit au sein du régime soviétique entre 1948 et 1950 où les Soviétiques disaient : ‘Quels plus grands démons que les Occidentaux ?’, mes camarades et moi sortions de l’université. Nous pensions que le système soviétique – à l’opposé du système ‘socialiste économique’ mis en place par Tito – était le meilleur. Les politiciens et nous-mêmes étions encore de purs produits du marxisme ! Notre industrie et nos marchandises, tout était produit pour et par la collectivité. Idem pour la télévision !” 

"Kenedi is Getting Maried", Želimir Žilnik, 2007 © Želimir Žilnik "Kenedi is Getting Maried", Želimir Žilnik, 2007 © Želimir Žilnik

La période prolifique à la TV yougoslave

“Alors que j'avais été exclus du parti communiste en 1969… plus tard, alors que j'étais mis de côté et tournais mes films en indépendant, en 1986 et 1987 j’ai accepté de travailler pour la télévision yougoslave. Et c’est dans ce cadre-là que j’ai réalisé mes films les plus provocants, parce que c’était ‘mon rayon’. La télévision avait besoin de scénaristes avec de nouvelles idées, pour de nouveaux programmes diffusés le samedi soir. J’avais dix jours pour faire une proposition. J’ai accepté et ils m’ont laissé carte blanche. Finalement, ce fut le plus grand projet de toute ma vie. Les sujets portaient sur les classes sociales les plus en bas de l’échelle : et il s'avère que j'ai rencontré et filmé des personnages très expérimentés, très intelligents, ceux qui souffraient le plus dans la société. Aussi, je ne dirais pas que tout le système était une sorte de "gentil nuage" – ça n’existait pas…" 

"Vera et Erzika", Želimir Žilnik, 1981 © Želimir Žilnik "Vera et Erzika", Želimir Žilnik, 1981 © Želimir Žilnik

 Des politiciens "as been" incompétents

"Le problème, c’étaient les parasites et les aspects dogmatiques d’une société qui avait hérité de politiciens qui étaient moins pires que les politiciens d’aujourd’hui. Les politiciens de Serbie d’aujourd’hui sont les gens de la pire qualité qui soit parmi les politiciens actuels. Ils sont définitivement les représentants de la médiocrité parmi toutes les autres nations. En termes de festivals, ce sont des décideurs passéistes… Y compris dans la manière et comment ils s’y prennent pour aider à promouvoir le système alimentaire dans le pays, comment ils aident à la mise en place du système de santé national, etc.”

La Serbie, membre de l'U.E. ?

"Après le coup d’État de Milosevic, les guerres, les massacres, les modifications qui s'en sont suivies ont beaucoup changé les valeurs et diminué les possibilités de réussite de la Serbie à l'intérieur de son histoire en la mettant dans une situation d’exclusion en Europe."

Pourtant, la Serbie a réussi à obtenir la qualité de "pays candidat à l’Union européenne" le 2 mars 2012 et a entamé les "négociations" le 21 janvier 2014. Želimir Žilnik, qui a déjà tourné en Allemagne et en Autriche, verra-t-il là l’opportunité d’aller filmer encore plus loin les oubliés, les minorités, la misère, la désespérance, les actes d’injustice, la perte d’identité, etc., ses sujets de prédilection ? Son dernier film, "Das Schönste Land der Welt/Le Pays le plus beau du monde", a été tourné en Autriche, où il a rencontré des jeunes gens et jeunes femmes migrants. 

"Logbook Serbistan", Želimir Žilnik, 2015 © Želimir Žilnik "Logbook Serbistan", Želimir Žilnik, 2015 © Želimir Žilnik

"Marble Ass", Želimir Žilnik, 1995 © Želimir Žilnik "Marble Ass", Želimir Žilnik, 1995 © Želimir Žilnik


Centre Culturel de Serbie - "Genèse" en 14 "actes" filmés de “Das Schönste Land der Welt/Le Pays le plus beau du monde”, 2018, par Želimir Žilnik. Images © Simone A. Traduction serbo-cr. - fr. : Irena Bilić, fondatrice et directrice déléguée du Festival "L’Europe autour de l’Europe" http://evropafilmakt.com/2019/fr/ 

 

Irena Binic et Želimir Žilnik, Centre culturel de Serbie, 19 avril 2019 © Simone A Irena Binic et Želimir Žilnik, Centre culturel de Serbie, 19 avril 2019 © Simone A

Part 1 : https://youtu.be/0alIOfmA_B8

Part 2 : https://youtu.be/48NDRdocRIw

Part 3 : https://youtu.be/0ifAL6eH0DQ

Part 4 : https://youtu.be/UmoEigK35lc

Part 5 : https://youtu.be/9E2r0hU2a2Y

Part 6 : https://youtu.be/nICaYzBLomE

Part 7 : https://youtu.be/C5yy7PAhKVw

Part 8 : https://youtu.be/cGsdY8xobV0

Part 9 : https://youtu.be/472Q1PUHiPQ

Part 10 : https://youtu.be/KzhqkwY71XU

Part 11 : https://youtu.be/wSfj7m55Bxs

Part 12 : https://youtu.be/Tzi7t6vKaIs

Part 13 : https://youtu.be/w0AfvZDdLjo

Part 14 : https://youtu.be/nTZs9VJcaUY

(*) Festival “L’Europe autour de l’Europe” (Films européens), Paris. Irena Bilić a été la première à faire connaître en France les films de Želimir Žilnik lors d’une édition de son festival "L’Europe autour de l’Europe" fondé en 2006 et qui a lieu tous les ans à Paris. Cette année, son festival a rendu hommage à Bernardo Bertolucci et Jonas Mekas. Depuis sa création, le festival a invité : Jean-Claude Carrière, Henning Carlsen, Isabelle Huppert, Neil Jordan, Jean-Pierre Léaud, Agnieszka Holland, Maria de Medeiros, Jonas Mekas, Marta Meszaros, Kira Moratova, Carlos Saura, Jim Sheridan, Hans-Jürgen Syberberg, Istvan Szabo, Jan Troell, Agnès Varda, Krzysztof Zanussi.

Merci à Dunja Jelenković pour son accueil au Centre culturel de Serbie à Paris.

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