FESTIVAL DU CINÉMA DU RÉEL 2019, Centre Pompidou - Un Afro-Américain à Paris

Kevin Jerome Everson est un réalisateur afro-américain qui ne filme que des situations impliquant des Afro-Américains. Un boulimique de la pellicule 16 mm. Une œuvre prolifique. Les projections de “Cinnamon” et “Courts-métrages 2” des 15 et 16 mars donnent le ton.

“JE DOIS FAIRE CET ART !” (K.J. Everson)

Dans la mer des réalisations documentaires de Kevin Jerome Everson, professeur d’université de son état (aussi !), quelques pépites visibles à ce 41e Festival Cinéma du Réel, festival international de films documentaires.

http://www.cinemadureel.org/section/kevin-jerome-everson-2019/?film_year=2019&edition_slug=2019

http://www.cinemadureel.org/wp-content/uploads/2019/01/CP-Everson-1.pdf

Une écriture cash, le choix d’un format souvent “fragmenté”, libre, sans effets de dramaturgie. Une écriture ciselée, livrée telle quelle, avec certaines audaces de fabrication (couleurs saturées dans “Cinnamon”, une plongée dans l’univers des dragsters, ces caisses au moteur au bruit assourdissant, boostées et customisées no limit).

"Cinnamon", K.J. Everson. © Picture Palace Pictures "Cinnamon", K.J. Everson. © Picture Palace Pictures

Une facture dans la plus pure simplicité technique, le tout saupoudré d’une pointe de malice et d’humour – sa patte –, traces détectables également sur le visage de l’auteur et dans sa dégaine joviale et enthousiaste. Un afro-américain qui ne filme que des Afro-Américains. Un Spike Lee dévoué au documentaire expérimental, en somme. Invité partout dans le monde, dans des festivals ou des universités de prestige… Welcome à Paris, Kevin Jerome Everson ! 

Kevin Jerome Everson, la traductrice et Catherine Bizern, dir. artistique Cinéma du Réel © © Simone A Kevin Jerome Everson, la traductrice et Catherine Bizern, dir. artistique Cinéma du Réel © © Simone A

Les projections de “Cinnamon” et “Courts-métrages 2” des 15 et 16 mars donnent le ton. Hier, Everson était accompagné du curateur et écrivain Greg de Cuir Jr* à la diction et un anglais plus châtié : une certaine poésie traverse les propos de de Cuir, on sent que les mots sont sa “pâte-à-modeler” quotidienne (écrivain et traducteur). 

C’est Greg de Cuir Jr qui a écrit le texte sur Everson paru dans le catalogue du festival du Réel : “Kevin Jerome Everson, l’idéal de l’abstraction”. Extraits et condensés texte catalogue, p. 157 à 162 : 

Everson, l’artiste cinématographique le plus important du XXIe siècle  […] Il joue déjà avec l’Histoire, pendant que les autres ne font que courir après elle. […] Un athlète d’exception, par son travail acharné… (des centaines de films à son actif). L’abstraction, l’idéal, le point final vers lequel tend Everson : c’est la forme qui lui importe le plus, le coup de pinceau, et l’image qui en résulte. Ce sont surtout ses liens avec ses sujets qui font son ADN. Il utilise souvent le 16 mm, choisit souvent le noir et blanc, et monte en numérique. Everson dit, lui qui se considère comme un artiste plus qu’un documentariste : “Je dois faire cet art !”. Et là, tout est dit : c’est sa ligne directrice, point barre. K.J. Everson, c'est l’efficacité poétique faite homme… noir - afro-américain (NDLR suggestive). 

Everson ne pense pas que la vie soit du cinéma. Il ne regarde pas beaucoup de films. Ce n’est pas un romantique. Il filme constamment parce qu’il a un travail à accomplir. Il vit et travaille à Charlottesville (Virginie) en tant que professeur d’art à l’université. […] Everson a certainement réalisé le film politique le plus important de ces dernières années aux États-Unis : “Tonsler Park”. On y découvre le travail dans les bureaux de vote dans la région de Tonsler Park, Charlottesville, d’employés afro-américains, citoyens sous-estimés et défavorisés. L’excellence de leur travail, le dévouement dont ils font preuve irradient chaque image du film. 

[…] Nous sommes à une époque où les artistes (visuels) noirs se tournent vers le figuratif et le représentatif pour affirmer leur identité collective et répondre aux besoins actuels. Les corps (noirs) sont représentés en train de mener des activités ordinaires. Cette remise à zéro des règles de représentation est dénuée de tout exceptionnalisme – celui-ci n’étant souvent rien d’autre qu’une habile ruse sociale pour catégoriser et supprimer les masses. 

(*) Greg de Cuir Jr est curateur, écrivain et traducteur indépendant, vit et travaille à Belgrade, en Serbie. 

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