sirine.alkonost (avatar)

sirine.alkonost

Perche Brandie

Abonné·e de Mediapart

138 Billets

0 Édition

Billet de blog 1 novembre 2022

sirine.alkonost (avatar)

sirine.alkonost

Perche Brandie

Abonné·e de Mediapart

Voix d'Iran- Non, ce n'est pas fini !

Un article (de J. P. Perrin) bien documenté et un peu plus approfondi que ce que j'ai pu lire sur les mêmes sujets ces derniers temps dans les médias français est en Une de Mediapart, je vous le recommande. Cela m'a aidée à convaincre mes contacts en Iran de reprendre leurs contributions. En voici une, et une autre arrive avant ce soir.

sirine.alkonost (avatar)

sirine.alkonost

Perche Brandie

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Ce n'est pas encore fini

Nous sommes mardi matin et tout le monde se demande si les gens se présenteront à nouveau pour manifester dans les rues.

Bien sûr, les choses n'ont pas été exactement calmes ces derniers jours. Je ne sais pas combien d'universités étaient occupées à manifester, mais le fait est que le commandant en charge de l'IRCG a déclaré que "c'est fini" et que "ceux qui ont été dupés devraient arrêter de descendre dans la rue".

Eh bien, comme le dit le proverbe américain, "Ce n'est pas fini tant que la grosse dame n'a pas chanté!"- ce qui serait illégal d'ailleurs, car les femmes ne sont pas autorisées à chanter, ici en Iran, qu'elles soient grosses ou maigres.

Aujourd'hui et demain, nous sommes "invités" à descendre dans la rue. Nous verrons bien ce qui se passe.

Certes, tout ne se décide pas dans la rue mais il est intéressant de voir comment la relation se construit entre les manifestants et les forces de l'ordre.

Cela devient personnel, parfois. J'ai vu quelques courtes vidéos venues du quartier d'Ekbatan, où il y a de nombreux grands bâtiments en béton avec des rues et des parcs communs, ce qui en fait l'environnement idéal pour les skaters et les adeptes de parkour.

C'est vraiment comme regarder un film. Les habitants des appartements crient comme ils le font toujours, dans mon quartier aussi, à 21h00, pile "Mort au dictateur" et autres slogans du même acabit, mais cette fois, les troupes sur le terrain, les brigades de police, ont apporté  un mégaphone géant, et ce que nous appelons des « bombes assourdissantes ». Et la voix du mégaphone ordonne aux gens de se taire, puis après qu'ils ont fait exploser les bombes assourdissantes, les menace de représailles , et puis finalement, ces abrutis utilisent la pire de leurs armes : les jurons. Ils injurient les mères et les sœurs des gens, et finissent même par menacer aussi leurs propres mères et enfants, en disant : « Nous n'hésiterons pas, même à décapiter nos propres enfants… »

Haut et fort... Mais bon, nous le savions déjà, en fait. Merci de nous le rappeler mais... Nous savons ce que vous avez fait à Mahsa. Nous savons ce que vous avez fait à tous les autres.

Nous savons de quoi vous êtes capables.

Et nous savons que vous êtes incapables de comprendre la jeunesse et le progrès.

Nous savons que vous êtes incapables de comprendre même vos propres maîtres, qui ont acheté des manoirs à un million de dollars au Canada, à Dubaï et en Turquie, pour leurs propres enfants.

Vous êtes également incapable de comprendre qu'ils partiront, au final, et que vous serez laissés ici à la merci de ceux qui crient par les fenêtres.

Vous serez laissés à la merci des mères, des pères et des frères. Vos maîtres n'auront pas de place pour vous dans leurs vols charters, pas de place pour toi, le mec qui crie dans le mégaphone.

Pendant ce temps, les vagues d'arrestations se poursuivent.

Une note est sortie du cinéaste Dariush Mehrjouyee, en soutien à Ali Karimi et Ali Daei, les footballeurs, et à Elnaz Rekabi, la championne d'escalade.

Un chef de tribu Baloutch a menacé "Si vous touchez un cheveu de la tête de Mowlavi Abdul Hamid, nous laverons le Baloutchestan avec votre sang."

Mowlavi Abdul Hamid est l'imam des prières du vendredi à Zahedan, où plus de 90 personnes ont été abattues par les forces de l'ordre, au début du mouvement, et où de nouvelles violences ont eu lieu la semaine dernière. Il a prononcé un discours ouvertement critique à l'égard du régime, et à été très vivement critiqué en retour dans les médias d'état.

Les gens dans la rue, les médecins, les avocats, les membres des couches tribales de la société, les étudiants, les actrices hollywoodiennes, les lycéennes et les actrices, les ouvriers, etc... chaque pan de la société iranienne se bat pour la liberté, sauf une catégorie spécifique, la catégorie qui a du pouvoir - La catégorie à laquelle appartiennent ces mecs qui nous insultent dans leur mégaphone.

Je me le demande... Pour quoi se battent-ils ?

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.