Réhabilitons la Gauche par ses valeurs

Le pays vient de vivre un drame historique. De ceux qui sont susceptibles de bouleverser le cours de l'histoire. Cela nous oblige à analyser ce qu'il s'est passé, ce qui se passe et ce qui va se passer, en remettant en cause nos certitudes. En tant que citoyens, militants, de gauche, nous n'avons pas de prise sur les autres champs idéologiques (les conservateurs, les réactionnaires, les libéraux) mais, au moment où le Parti de Gauche prépare son 4° Congrès, au moment où le système d'alliances à gauche se recompose, nous avons la responsabilité de ne pas continuer le "business as usual"...

Il n'y aura pas de sursaut citoyen...

Sur l'analyse du pourquoi, dans le champ idéologique de la Gauche nous ne savons unanimement et il n'est pas nécessaire de réexpliquer ce que journalistes, intellectuels, artistes et chercheurs ont démontré depuis bien longtemps: les ghétos ethnicisés, l'absence de perspectives, le drame familial, la délinquance, la case prison, la radicalisation, le djihad... Pour les plus absents, revoyez "Un Prophète" d'Audiard, relisez Foucault ou Badinter. Pour ceux qui croient que l'état de l'univers carcéral est un relfet de l'état de santé d'une société, le fait que des personnes radicalisées et islamisées en prison provoquent un tel séisme est un puissant marqueur.

Ce qu'il se passe alors: dans un contexte de profonde crise économique (récurente), morale (les élites et les institutions révélées par Strauss-Kahn, Cahuzac, Sarkozy,...) et sociale (valeurs de notre société, mariage homosexuel, laïcité,...), d'abstentionnisme croissant et de repli sur soi, les responsables politiques commencent à surfer, qui sur la vague islamophobe pour pousser leurs pions, qui pour tenter de regagner de la crédibilité politique en durcissant le sécuritaire. Il ne faut pas s'attendre au sursaut d'intelligence qu'aurait mérité une telle crise. Les 4 ou 7 millions de manifestants (oui, il s'agissait bien de "manifestants" et non de "rassemblements" comme on a pu le lire),  une fois passé ce sursaut religieux, vous retourner à leur isolement et leur anomie. Non, le Peuple ne va pas se réveiller brutalement et ranger ses démons au placard. Pas tout seul.

Le retour de la politique d'appareil

Sur le plan politique, les négociations d'appareil reprennent leurs droits. Personne ne sait si la vague FN va se produire aux départementales ou si Marine Le Pen va subir le contrecoup de l'affaire Phillipot et de sa mauvaise gestion de "Charlie"... mais personne n'en a cure tant ces élections ne représentent déjà plus rien pour personne. Les grandes manoeuvres sont en revanche entamées à Gauche pour les élections régionales, à la lumière de la grande prise d'humilité issue des européennes de l'an dernier et du changement d'échelle des nouvelles grandes Régions. Toujours est-il que la politique reprend ses droits dans le cadre partidaire qui ne représente plus grand monde. Le nez dans le guidons, les plus éclairés des élus ne voient pas que tout doit changer.

Le Parti de Gauche, dans ce contexte, doit avoir un rôle moteur, émancipateur, comme c'est sa vocation depuis sa fondation. Cela pour plusieurs raisons qui ne sont pas liées à sa force électorale ou militants (très relative), mais à la très grande homogénéité idéologique de ses membres, à la force de son tribun et à son identité fondatrice. Notre parti organise son congrès dans quelques mois et c'est pour nous l'occasion de nous repositionner pour l'avenir. Pour cela nous devons changer de langage et de perspective, passer du défensif à l'offensive, principalement sur les valeurs de ce qui fonde la Gauche.

Réaffirmer les valeurs de gauche

Si les électeurs, les citoyens sont déboussolés, ce n'est pas par-ce que Manuel Valls (archiminoritaire dans son parti) à choisi de trianguler à droite et que Marine le Pen a choisi de trianguler à gauche mais bien par-ce que les valeurs de ce qui définit la Gauche se sont perdues. Ainsi personne ne sait plus s'il faut parler de libéraux, de socialistes, de socio-démocrates, de républicains... La droite a gagné la bataille des valeurs, la bataille idéologique depuis la fin de l'ère Mitterand, pratiquement sans combat. Une société où les valeurs de la gauche sont partagées ne craint pas les référendums, n'a pas peur de certains de ses membres, applaudit à l'extension des droits civils à une classe de la population. La Gauche a perdu car elle a accepté se s'enfermer sur le seul débat économique et par-ce que son leader, le Parti Socialiste (dirigé depuis 10 ans par un certain François Hollande), s'est contenté de défendre le bilan Jospin sans rien proposer. Si Sarkozy a remporté 2007 c'est par-ce qu'il a proposé un projet de société à son camp. Si la campagne de Mélenchon a remporté un tel succès en 2012 c'est par-ce qu'elle proposait une vision de la société. Nous avons pourtant commencé il y a quelques mois à parler de nouvelle Constitution, à organiser un référendum révocatoir qui a reçu un écho inatendu quel que soit le bord de l'électeur. Mais comme depuis longtemps, notre défaut d'organisation, notre peur de ne pas avoir d'élus, de "trahir" nos "alliés"... nous rend brouillons, inaudibles, peu efficaces.

Trois identités pour trois champs d'action

La grande force du PG est de disposer de trois identités qui peuvent lui permettre d'aborder trois dimensions militantes: le FDG pour la lutte contre le gouvernement, le M6R pour la Constitution et la représentativité, le PG pour l'écosocialisme et l'identité de parti. Les citoyens ferons le lien. Ne brouillons pas tout. Le M6R marque un temps d'arrêt par-ce qu'il mélange débats de société et questions institutionnelles. Il doit rester un organe citoyen neutre visant à rendre majoritaire dans toute la classe politique la question d'une Assemblée constituante suite à l'élection présidentielle de 2017. Le combat "défensif" doit être du ressort du Front de Gauche où notre action commune (non exclusive) avec les communistes notamment ne souffrira pas de désaccords. Le projet de société (écosocialisme, économie de la Mer, laïcité,...) doit être porté par le Parti de Gauche. Un Parti de Gauche exemplaire dans son organisation comme dans ses représentants. Cessons de jouer à saute-mouton d'un sujet à un autre et ciblons nos actions. Nous devons être identifiés très facilement. Aujourd'hui le FN c'est la résistance à l'Europe et la mondialisation, c'est l'immigration, la droite c'est la sécurité, le PS l'oligarchie, PG c'est Melenchon... Nous devons clairement être identifiés à la laïcité, à la justice aveugle, à la probité, à la citoyanneté. Nous devons appuyer le M6R sans y mettre le PG en avant.

Dédiabolisons la gauche

Le succès de Podemos repose sur son choix d'abandonner l'iconographie (rouge), l'historiographie, les codes et le langage de la gauche communiste qui ne parle plus qu'aux militants de toujours. Au XXI° siècle l'idéologie n'est pas morte mais les codes ne doivent âs définir l'appartenance à un camp ou l'autre. Nos idées sont par nature majoritaires. Cessons d'interdire aux électeurs de voter pour nous. Dédiabolisons nous, présentons notre projet de société, les citoyens saurons ce qui est bon pour eux.

 

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