Salut Irma

  • 17 août 2018
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Irma, c’est moi, et comme c’est mon anniversaire, je décide d’envoyer le récit du rêve de cette nuit à Irma elle-même, pour ne pas le perde. De plus, ça ne regarde personne.

Irma, c’est moi, et comme c’est mon anniversaire, je décide d’envoyer le récit du rêve de cette nuit à Irma elle-même, pour ne pas le perde. De plus, ça ne regarde personne. En guise de cadeau, j’en aurai pas d’autre… Comme chaque soir vers minuit, je m’allonge, ramène les draps au menton, frappe dans les mains pour éteinde, baisse les paupières et le spectacle débute, illico, suis pas candidate à l’insomnie, pas plus qu’à la sophrologie. Tout baigne.

De la rue pétillante, avant de pousser la porte capitonnée, je devine la boite bourrée à ras bord, les couples au frotti-frotta, et puis les timides qu’attendent qu’on leur fasse du gringue. La zic à  fond les balles me secoue les kôtelettes, du reggae, c’est Nanar en marcel avec ses biceps, j’adooore. Je l’ai vu à la fête de l’huma, géant, alors en rêve, c’est le panard ! Waouuuuh !!! Le pied. Demain, c’est mon anivvvv. Je chaloupe sur la piste et déjà je les sens, avec leurs yeux de lémuriens. Les coquins. La danse, c’est mon truc, je ferais des kilomètes pour me trémousser en public. Je réalise que la robe est limite et laisse apparaite la culotte une fois les bras levés et j’abuse, pas de string dans ce genre de lieu, faut pas pousser avec mes tenues vaporeuses. Le haut est décolleté devant, décolleté derrière et j’ignore d’où ça sort, pas de ma garde-robe, et pis j’ai oublié le soutif. Pas mon habitude. Tiens, si, j’inspecte là-dessous, discrètos, y en a bien un, de soutif, mais alors, le fabricant s’est pas ruiné avec le tissu. Deux tickets de RER et deux lacets. Ça ballotte pas en guinchant, j’ai pas de nichons. Enfin si, des balles, entre  ping-pong et tennis,  plus élastiques, encore présentables pour mon âge. Ça excite certains et d’autes vont voir ailleurs. Un ou deux slow plus tard, hop, au bar, histoire de faire le plein . Au tout début, ensuite faut éponger avant de repartir, à moins de dégoter un chauffeur. En général, c’est pas compliqué, suffit de rouler une galoche, tolérer une main baladeuse si le danseur est effronté. En cas d’excès, je stoppe de suite. Dis donc, toi, voyou… T’as pas honte, on plote les dames à la première entrevue… Avec tes grosses pattes, tu vas la craquer, une culotte toute neuve… En général, c’est suffisant. C’est bien fréquenté, et la viande saoule est jetée sur le trottoir par deux baraqués, des piliers du lieu depuis 10 ou 15 ans. Avec l’un, j’ai fait jadis une expédition discrète à l’abri avec le plus grand, pas même dans un placard, un clapier ! Une armoire à glace, je suis capable d’arpenter la voie lacée pour un tour de manège avec des lascars dans son genre, moi qui suis plutôt prototype réduit. Mais là, un soir sans plus personne, derrière le vestiaire, c’était craignos. D’un commun accord, on s’est rajustés en rigolant. Il allait pas perde son taf pour une fille sans nibars, tout de même. Depuis, on s’adresse un signe en passant et du pouce il désigne le vestiaire, se bidonne.  Besoin d’aide ?... Il est mignon. Au moinde pépin, je peux compter sur lui. Je lèche la dernière goutte, retourne en piste, et agite les bras vers les spots en hurlant, une vraie loufdingue, mais on entend rien avec la sono. C’est mieux ainsi, de rien entende, on vient pas en boite pour défende une thèse. Parfois, le taxi d’un soir se sent obligé de baratiner et je branche la radio, trouve une chanson à la con, pousse le son à fond la caisse tellement sa voix et ce qu’il dégoise me font regretter de ne pas rentrer à pied. Je loge pas loin, avec une copine, célibataire comme moi et qui tolère les mecs de passage. Il arrive qu’après l’examen de minuit l’envie de nous revoir nous prenne, à tous deux avec des élans de jeunes mariés et la copine s’inquiète, ça complique la coloc. On rêve un temps, mais éveillés, ça tient jamais. Je prétexte une visite à ma grand-mère le samedi suivant et tombe sur lui dans la même boite. Collée à un débauché, je roule une galoche d’enfer... Alors, on se revoit plus. C’est comme ça, la faute à pas de chance. Et pis, j’aime pas les jaloux. C’est vrai, chacun est libre, je fais ce que je veux. T’es pas content, barre-toi. Connard. Il m’arrive de regretter, parfois, et pis, en boite y a tellement de choix... Le rêve allait sur sa fin quand un saligaud aux mains fouineuse me susurre, dis-donc, c’est plus très ferme, tout ça...  Il y a seulement un an, il prenait une calotte dans la vraie vie, mais dans le contexte, passée la réplique d’usage et aussi sec, t’es pas chez Leclerc au rayon bidoche, je fais ma chochotte, ma poulpeuse, pleurniche, j’chuis pas si mal pour mon âge, t’exagères. Ouais, c’était pour rigoler, qu’il glousse. Le rêve s’étire, interminable, je change de cavalier, sans cesse, cherche des yeux le précédent déjà dans les bras d’une aute et ma copine déboule au final. Tu sais pas ce qu’il m’est arrivé ?... On m’a cédé une place assise, dans le bus !!!… Je me réveille, m’ajoute un an de plus.

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