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Billet de blog 24 août 2018

Salut Priscillia chérie

Tu recevras cette lettre peu avant ton retour, avec les enfants. Vos vacances ont été trop courtes, ce temps sans vous interminable. Je hais mon patron qui m’a privé de vous,

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Tu recevras cette lettre peu avant ton retour, avec les enfants. Vos vacances ont été trop courtes, ce temps sans vous interminable. Je hais mon patron qui m’a privé de vous, je vais chercher ailleurs, comme tu me pousses à le faire. Voici, comme à mon habitude, mon dernier rêve. Mille baisers à toi chérie, et aux enfants.

C’est comme une salle de classe, il y fait sombre, les sons butent contre les cloisons. Non pas que ça beugle dans les coulisses, que ça chahute, mais une rumeur sournoise finit par obséder, fatigante et qui pousse au retranchement et tu sais combien cette tendance a toujours été mon pire ennemi. En fait, la nuit est tombée et l’éclairage vacillant rend cet espace scolaire inhospitalier. Tu me diras, ce n’est qu’un rêve, rien ne correspond à la réalité, mais ce coup-ci, et tu vas comprendre, j’ai la certitude d’être dans le réel, la preuve, je me demande si je rêve, et après réflexion je décide que non. Non, je ne rêve pas ! Ce geste de me pincer qui t’horripile vient naturellement et j’émets cette plainte légère que tu crois feinte. Non, je t’assure Priscillia, je ne rêve pas et je n’ai pas profité de ton absence pour déboucher un litre, me suis contenté d’eau du robinet et si mon cerveau ne ronronne pas comme une montre suisse c’est qu’il se trouve grippé par les nitrates et les pesticides qui s’y trouvent, uniquement. Dans la salle de classe, tous sont dans l’attente de la remise des rédactions, aussi imagines-tu mon attention. C’est mon sport favori, je survole la classe et même la prof qui me  déteste sera contrainte de prononcer mon nom en dernier, en fonction de son penchant sadique pour débuter la distribution par les cancres. Je suis serein, j’avais torché ma copie au milieu du temps imparti et levé le doigt en me tortillant sur ma chaise comme pour me rendre au petit coin. M’dame, m’dame, je peux sortir, j’ai fini? Selon elle, ça déconcentre mes petits camarades, leur sape le moral tandis qu’ils fourrent leur stylo dans la bouche les yeux au plafond, ou pire, se dressent pour mater les filles dans la cour à faire leur gym. Comme l’obscurité isole chacun, tous se tiennent tranquille et la prof poursuit son marathon, du tableau au fond dans la salle, la pile de copies contre la poitrine pour gonfler le suspense, tout en dégoisant je ne sais quoi que personne n’écoute. De toutes les façons, le français n’a aucune importance dans notre section, seuls les maths décident de tout, de la direction vers le haut du pavé, ou du caniveau. Ça en tête, c’est sans doute sa raison de finasser avec des allées et venues, comme une revanche. Elle me déteste. Cette nuit-là, elle débite un discours, une pelletée de platitudes inspirées par les tirades des menteurs à l’Assemblée Nationale et qui prolongent leurs interventions en fonction des caméras, un peu comme les échappées des tocards tolérées au tour de France quand ils frôlent leur lieu de naissance. Sauf que la concernant, papy et mamy ne s’impatientent pas devant la boulangerie pour applaudir. Condamnée dans la solitude de la classe jusqu’à la retraite. Une salle triste comme un caveau, des élèves goguenards, et ses souliers usés même pas bruyants sur le carrelage pour intimider. Je me suis toujours demandé pourquoi les enseignants se prenaient tant au sérieux comme s’ils formaient l’élite de la nation alors que sortent de l’école ceux qui éliront les plus corrompus de la commune et du pays, ceux qui piochent dans les caisses tout en saignant chacun leur tour les faméliques. Quelle misère. Parvenue à la fin de son sermon, elle réintègre son bureau, parcourt la classe de l’œil du procureur et tire la rédaction du haut de la pile. J’ai le temps, j’apparaitrai le dernier et suis pas plus ému que ça. Le sujet de la rédaction permettait d’énormes possibilités de se diriger dans un sens, dans un autre, avec des chemins vicinaux et des veinules pour contourner les artères, profiter des mares à canards et du soleil levant avant de revenir au sujet et j’en ai profité pour lui infliger le tournis, un devoir exceptionnel, un texte qui l’a certainement laissée sur le cul et je m’attends à ce qu’elle doute de mes capacités à rédiger ça, m’accuse d’avoir triché. C’est bête, impossible de connaître le sujet d’avance, je jubile. Patience, chacun son tour, quand la pile sera réduite à une seule copie, la mienne surgira. Tu imagines, chérie, combien ce rêve m’était destiné, loin des cauchemars que je répugne à te détailler. Elle n’en finit pas de scruter ses élèves, puis laisse choir le devoir le plus médiocre de la classe sur son bureau, gazouille… mon nom. Elle ose, sans même me fixer, passe au suivant. En temps ordinaire, je dois me lever, me diriger vers elle, saisir la feuille, constater la note et dire merci. Seulement, je suis furieux, certain d’une injustice, d’une vengeance, la charogne ! C’est impensable, le dernier, moi !!! Comme je suis cloué sur ma chaise, que deux élèves déjà ont récupéré leur texte, dit merci, elle m’interpelle, alors vous venez chercher votre devoir, oui ou non ? Résigné, avec la tremblote, je m’empare de ce qui me revient et découvre la note en rouge, 4/20, pour l’orthographe… Et dessous, le commentaire : ça mérite la guillotine !!! En grosses lettres, plus rouges que rouge, du sang d’éléphant biffant un texte traitant de la justice et de l’égalité. Alors, lui tournant le dos et regagnant ma place, j’affronte les spectateurs, j’éclate, comme dans la salle du Jeu de Paume : Mais tout ce qui j’écris mérite la guillotine, madame !!!!!!!!

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