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Billet de blog 4 oct. 2021

La gauche radicale et 2022, un rapport en ombres chinoises

Parce que la présidentielle est un enjeu pour la gauche radicale, qu’on le veuille ou non. Mais le levier ne se trouve pas là où on le pense. Ni hors champ, ni dans l’arène. Nous devons peser en ombres chinoises, car nous désengager des échéances ne fait de nous que des idiot.es au poids plume. La politique ne doit pas se faire sans nous, même avilie et rabougrie.

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Voilà, les dés sont jetés, les candidats déclarés. Les voix radicales n’en seront pas, à gauche. Une fois de plus, là, sur le banc, à crier, observer, recadrer. Agiter nos préconisations, nos analyses, nos émeutes sans en être, réduit à être l’ombre minoritaire, la tâche noire au bas de l’écran. On peut s’en attrister : c’est aussi un désintérêt, un désaveu pour le roi des scrutins qui nous a fait nous tenir sagement éloignés des échéances et des arènes que nous trouvions salissantes, et qui ne nous permet pas autre chose aujourd’hui que des lamentations désabusées ou des soupirs exaspérés devant l’échiquier en place. Tout se structure et nous nous battons en brèche, nous essayons à demi-convaincu.es et nous perdons avant d’avoir joué.

            Pourtant, nos mots infusent, nos idées perfusent. Peu à peu, il y a des évidences qui s’assoient silencieusement sur l’époque : on ne peut aller à rebours du temps. Celles et ceux qui sont convaincu.es qu’une gauche de gauche est encore à la fois souhaitable, nécessaire et  le plus réaliste des scénarios grossissent les rangs, les modéré.es rejoignent les radicaux, même si des vents contraires nous éparpillent et nous égarent encore, même si nous ne savons pas vers où marcher, nous sommes davantage prêt.es à nous mettre en route. Nous sommes aussi de plus en plus à réaliser cette bêtise que l’on se raconte à nous-mêmes souvent et qui dit que ce monde-ci est le moins pire de tous, que nous quitterons le confort en le sabordant, et que l’eau sera froide lorsqu’on y plongera. Seulement le bateau coule, et nous ne voulons pas être les idiot.es qui ont réfléchi à la température de l’eau. Le chaos que prépare le naufrage, de plus en plus le craignent : il y a plus de rage qui attend et moins de consciences silencieuses. Ces voix qui dissonent poussent à l’assaut des discours des mots qui nous caractérisent, la radicalité, l’intersectionnalité, l’activisme hors de nos murs qui étriquent, et sur la scène où les autres s’agitent sans nous. Il y a des bouts de ce que l’on est qui prennent la lumière : ces mots ont envahi les bouches de leurs détracteurs premiers, et si l’on peut encore slalomer entre eux, on ne peut plus faire comme s’ils n’existaient pas.

            En bref, la société avance, nous ne prendrons pas le pouvoir institutionnel en 2022 mais nous pesons sur lui et devons reconnaître l’importance de ce combat d’idées qui a lieu hors des urnes et partout ailleurs. Tant que nous n’acceptons pas qu’il existe un combat souterrain, tous les éléments sont posés pour que nous nous désengagions de l’année fade et sans goût qui s’annonce. Tout dit que nous laisserons faire ce qui nous promet assez de compromis pour ne pas nous entretuer mais finir par conserver cette espèce de ventre mou politicien dans lequel plus personne ne trouve à manger.

            Ça suffit : nous ne sommes pas dans l’arène, tant mieux ! L’arène pervertit la lutte, elle la fait déraper, l’entraîne dans des considérations qui n’ont plus rien à voir avec l’utopie. Le vrai combat se joue en périphérie et il est de taille : remettre la balle au centre systématiquement, au coeur du débat, au cœur des sujets, les empêcher de prendre le large, les empêcher de mâchouiller nos mots comme des chewing-gums qu’ils recracheront bientôt, montrer par tous les moyens la dangerosité d’un consensus qui ne préserve personne hormis le statut quo. Se faire l’écho de critiques fines qui dépassent les apparences pour attaquer la profondeur, être le reflet de notre idéal dans la manière dont nous répondons à l’adversité, avec des argumentaires implacables et humains, bien loin des clashs imprégnés de moderne et dépouillés de portée politique dans lesquels il est si facile de tomber.

            Il y a une urgence dont on nous rabâche sans cesse les oreilles et qui entrelace les vivants dans un même étau climatique social et politique, il y a un bouleversement culturel à opérer dont le pronostic vital est déjà engagé, des pluies nauséabondes qu’il faut chasser avec nos soleils au risque de voir notre société se noyer dans les coulées de boue qu’elle transporte. Tout cela relève d’un basculement sociétal, civilisationnel. Évidemment, il ne pouvait pas aboutir à une victoire totale et absolue dès aujourd’hui, parce que nous, nous ne sommes pas des totalitaires. Nous composons avec l’humanité, et l’humanité ça foire, ça tâtonne, ça hésite.

            Pourtant ce serait indigne de ce qui pulse au chaud dans nous, de s’avouer vaincu·es sous prétexte que le temps joue contre nous ou que nous ne sommes pas entendus par des gens qui sont sourds. Ce serait nier l’importance de ces interstices qu’on a tant délaissées parce qu’elles nous semblaient vaines : les paroles, les liens, les empathies, la littérature, les arts, tout ce qui peint en impressionniste le tableau de la vie.

            Alors non ce n’est certainement pas le moment de plier bagage et de laisser champ libre sous prétexte que le combat visible est avili, sale, dépouillé.

            Notre élan souffle sur ceux qui débattent et sur ceux qui ne débattent pas. Notre place est là : dessiner le monde en ombres chinoises. Car au lever du soleil, il y aura de nouveau la lumière, et les rêves que les ombres auront provoqués en celles et ceux qui continuent de regarder et qu’il ne faut pas ignorer.

            Notre rôle est le plus ingrat mais aussi le plus précieux. Il s’agit de s’agripper à tout, de ne laisser rien passer, de serrer les dents, ces dents qui mordent et qui ne lâchent pas. Cette année électorale sera dure. Mais les suivantes seront pires si ne faisons pas irruption dans leur obscurité pour allumer la lumière et réveiller tout le monde.

            Soyons là toujours, en silhouettes et en pénombres.

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