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Billet de blog 6 juin 2022

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Pourquoi tout n'est pas bon à prendre dans le militantisme.

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             Blanche, blonde aux yeux bleus, étudiante à Sciences Po, grandie en banlieue parisienne, française. La question d’être un pilier du système dans lequel nous vivotons s’impose à moi, que je le veuille ou non, que je le souhaite ou non, que j’en ai honte ou non. Le reste des gens s’en tamponnent, que ça me fasse des nœuds au cerveau. La question du système n’est pas posée à moi, elle est intrinsèque à qui je suis. J’ai été tentée un moment de m’en extraire, de rompre. Avant de constater que cette rupture est 1) impossible 2) inefficace. Quoi que ma petite conscience égoïste veuille prouver, les privilèges dont j’ai hérité par le plus ou moins hasard d’une naissance sont assez indélébiles. Faire croire qu’on peut s’en débarrasser par une belle idéologie politique est une farce qui ne fait du bien qu’à nous.

            En même temps, (oups, vous me pardonnerez cette locution alors que je suis en plein discours sur la bourgeoisie), je n’ai jamais trop été fan non plus du délire « faire imploser le système de l’intérieur ». Cette ambition d’agent double m’apparaît plutôt comme le seul truc qu’on ait trouvé pour se sentir à la fois douillettement protégé par les digues de ce système et utile à la grande cause dont on se fait croire qu’on est un soldat fidèle. 

            Je crois qu’en vérité, l’endroit où nos consciences sont sincères et nos actes utiles à la réalité (et non pas juste à l’alimentation de nos egos en manque de chevalerie), se trouve quelque part en équilibre. Que cet endroit dépend de nous, de nos conditions, de nos capacités à résister à l’aspirateur de nos privilèges qui en appellent d’autres, et aussi, à repérer les pièges d’un militantisme inscrit dans le système qu’il dénonce. C’est une tâche ardue, ingrate, qui consiste globalement à éviter la trappe idiote de la facilité. 

« Là où manque la pensée prospère la morale », écrit Bégaudeau. C’est un bon résumé.

            Prenons un exemple. L’exemple, c’est lorsqu’on considère que l’union fait forcément la force. C’est lorsque que l’on pense qu’une entreprise capitaliste (j’entends par là dont le but est l’accumulation de capital sans aucun autre objectif que l’agrandissement, l’étalement, le plus pour le plus) , polluante, ou antiféministe jusqu’à l’os, ou toutes sortes d’autres qualificatifs qui vont avec le fait de n’avoir que les profits comme boussole morale ; qu’une entreprise comme ça donc, pourrait apporter quoi que ce soit à lutter contre le plastique, ou la précarité menstruelle, ou n’importe quoi d’autre. Pourquoi pas ? Plus on est de fous plus on rit, non ? Et puis sur ces sujets là… L’union fait la force, pas vrai ?

            L’union fait la force c’est l’apanage des dominants. L’union se fait autour de leur réalité, les concessions se font aux extrémités, leurs messages à eux ne perdant rien de leur contenu, tandis que la marge doit se taire pour que le message passe. Céder au compromis pour obtenir gain de cause. En oubliant que justement, l’obtention s’arrêtera aux limites du système, et que le gain n’est jamais et ne sera jamais vraiment celui de sa cause. C’est la paix achetée par le système, même pas achetée, donnée par ceux qui acceptent un genre de chantage affectif.

Pendant le temps qu’on lui laisse à grands coups de compromis, le système récupère. Il assimile vite, il accepte les idées tièdes parce qu’elles ne lui coûtent rien et qu’il y gagne. Il se peint en chantre des temps modernes sans ébranler une seule fondation du monde qu’il faudrait combattre.

             J’ai mis longtemps à clarifier ma pensée : oui il faut débattre, oui chacun a la vitesse qu’il a pour construire son chemin, son engagement là-dedans, oui c’est vrai. Mais je suis bien placée pour vous dire que là-haut rien n’est gratuit parce que la gratuité n’existe pas, et que l’engagement est un argument marketing. Les arguments marketing, c’est du sérieux là-haut, on ne déconne pas avec ça. Mélangez ça à une crise égotique, le besoin très narcissique de sauver le monde, ou de prouver quelque chose à Dieu ou n’importe qui d’autre, le mélange obtenu n’est pas très sain. Après, le but est de convaincre, d’attraper avec les mots, d’enrouler dans la pensée bien dite. D’insister sur le fait de ne pas se vexer si l’on s’arrête au ras des pâquerettes et qu’on ne creuse pas pour chercher les racines. Le reste, c’est nous qui le faisons en croyant à leurs mérites, en se laissant tenter par le beau côté de l’histoire, et en oubliant qu’une fois de plus, il n’y a que nous qui fassions des vraies concessions.

            Oui cheminer, chacun sur notre route, chacun avec nos contradictions et nos dilemmes, mais arrêter d’encenser les actions qui ne mènent à rien. Car elles ne mènent pas à rien : elles décousent ce que nous nous évertuons à tricoter, elles justifient l’absurdité, elles approuvent et banalisent le vide.

Le système se nourrit de ces incohérences que nous laissons passer.

             Une initiative contre la précarité menstruelle par une entreprise qui pratique toujours une bonne dose de TVA sur ses produits menstruels, un homme qui parle des femmes en les ayant agressé, Total qui fait de l’écologie. Non ce n’est pas toujours ça de pris.

            C’est simplement hors sujet.

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