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Billet de blog 17 avr. 2017

Solenn Tenier
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L’immigration française : de l’utilitarisme à l’immigration problème #1

#1 - MONDIALISATION ET ALTÉRITE. A l’aube des élections présidentielles 2017, la thématique de l’immigration est plus que jamais abordée, et un nombre inconsidérable de propos tenus par les candidats relèvent d’un manque d’honnêteté intellectuelle quant aux faits historiques reliant la France et ses immigrés. Je vous propose donc un bref historique de l’immigration française de 1870 à 1998.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

1. Migration du travail (1880-1945) [1] : L'étranger levier économique et démographique

Un  nouveau phénomène prend forme sous la IIIème République (1870-1945), celui de la migration humaine. A l’échelle Française, cette grande et longue migration a marqué un tournant sans précédent dans l’Histoire de France. Cependant, notons que les prémices d’un comportement que nous nommerons « pulsion-répulsion », se dessinent déjà avant cette période.

En effet, la Première Révolution Industrielle (1760-1860) sous le Second Empire (1851-1870), déclenche un exode rural massif vers les villes offrant de nouveaux emplois. Dans un même temps, la jeune Italie réunifiée voit ses paysans s’enfuir et émigrer vers l’Amérique, la France et l’Europe centrale.

Par la suite, alors qu’un déplacement massif et général s’organise peu à peu, l’arrivée de la Grande Dépression (1873-1896) à la fin du XIXème siècle, rabat les cartes. Une première vague de xénophobie a lieu au sein du monde ouvrier. Les Italiens, en particulier, deviennent les bouc-émissaires de la crise économique et représentent alors l’étranger idéal pour jouer le rôle de « l’envers national », suivis de près par le Juif.[2] Pour preuve, Louis Bertrand à travers son roman L’invasion, écrit en 1907, s’inquiétait de la vague latine mettant en grand danger l’avenir de la race. Nous assistons à la naissance d’une tradition : « L’Etat s’en remet aux besoins des décideurs économiques en période de croissance et s’efforce d’ajuster les choses en temps de crise »[3].

Tableau 1. Français et Étrangers par secteurs professionnels en 1901

Tout au long de la IIIème République, ce phénomène s’amplifie au gré des crises, allant jusqu’à exploser durant la Seconde Guerre Mondiale.

Tout d’abord, la Belle Epoque (1897-1913) et la Deuxième Révolution Industrielle (1890-1910) obligent la France à employer des individus de plus en plus qualifiés pour faire face aux moyens de production toujours plus perfectionnés. Or, la défaite de la guerre franco-prussienne de 1870 a freiné l’exode rural et l’accès à la propriété facilité par la Révolution, contrecarre l’enrôlement industriel. Dans ce contexte, les entreprises françaises vont recruter elles-mêmes à l’étranger. Pour exemple, une association d’agriculteurs de l’Est se tourne vers les Polonais, le syndicat des patrons de la sidérurgie recrute en Italie et les mines de charbons de Lorraine débauchent des Germano-Polonais, ainsi que les premiers kabyles. Enfin, même si « les dynamiques économiques sont partout à l’œuvre à la Belle Epoque »[4], une différence notable se fait ressentir entre les Français encore restés dans les campagnes, et les étrangers et naturalisés, occupant le secteur industriel à 70% (tableau 1).

Tableau 2. Sujets de l'Empire et chinois dans la première guerre mondiale

Malgré ce besoin de main-d’œuvre extérieure, la France doit fait face à un grand repli à l’aube de la Première Guerre Mondiale. L’économie est en berne, la guerre menace. Alors qu’une partie des Italiens et des Belges s’enfuient, l’Etat se lance dans une véritable politique de recrutement de travailleurs, afin de combler les emplois vacants des hommes qui seront envoyés à la guerre. Des accords sont donc passés avec l’Espagne, l’Italie et le Portugal. Parallèlement, la France importe des combattants de ses colonies. Dès leur arrivée, ces derniers sont placés dans des dépôts militaires, puis redirigés vers des baraques de fortune ; « les Noirs, décrits comme peu aptes au travail, sont destinés au front ; en revanche les Asiatiques, « nonchalants mais habiles », feront l’affaire dans les usines. »[5] Le tableau 2, attire l’attention sur le nombre important de combattants, provenant des colonies africaines et en particulier d’Algérie. Notons que malgré une volonté d’isolement des nouveaux arrivés coloniaux, ces combattants et travailleurs au contact « des tares et misères aperçues, se sont fait une idée beaucoup moins flatteuse que celle qu’ils en avaient reçue avant de quitter leur pays. […] Ces peuples avaient le sentiment plus ou moins net d’avoir acquis sur leurs maîtres une créance »[6].

L’Entre-deux guerres est marquée par un très fort affaiblissement démographique, dû aux pertes humaines occasionnées par la guerre qui vient de s’achever. C’est pourquoi le besoin d’une immigration de peuplement se fait fortement ressentir dans les années 20. Une véritable stratégie est mise en place afin de naturaliser le maximum d’étrangers. Les lois sont assouplies et de nouvelles conditions de naturalisation sont créées. En revanche, pour la première fois, l’Etat est exclu de ce nouveau recrutement et la Société générale d’immigration (SGI) devient la première société d’importation de main-d’œuvre. Cet ample recrutement à la fois volontaire et forcé, qui a duré une quarantaine d’années, a permis à la France d’importer environ 2,7 millions d’étrangers en France.

Graphique 1. Composition de la population étrangère en 1931

L’apaisement de l’Entre-deux-Guerres prend fin en 1929 lorsque la crise économique frappe de plein fouet la France — quelques mois après le krach boursier américain — et atteint les 425 000 chômeurs en 1935. Les années 30 plongées dans un état de crise absolue (crise économique, sociale, morale et xénophobe, etc.) marquent un tournant dans l’histoire de l’immigration et amorcent à nouveau une période de rejet total de l’étranger. Comme à l’accoutumée, il est sévèrement pointé du doigt et à la veille de la Seconde Guerre Mondiale la violence monte d’un cran. Du côté du gouvernement de Flandin, la machine à refoulement se met en place.  Du côté des employeurs, les licenciements pleuvent. Le secteur ouvrier, est le plus touché par le chômage, et les classes moyennes — nouveauté de l’époque — tombent dans une xénophobie et antisémitisme aggravés.  Pour preuve, la confusion entre le Juif et l’étranger devient quotidienne, notamment envers les réfugiés Allemands, Autrichiens et Tchèques, opposants à Hitler. Comptant de nombreux diplômés, ces réfugiés se voient refuser l’exercice de leur métier ; à l’image des avocats, des médecins et chirurgiens. Contrairement aux crises précédentes, le rejet de l’étranger ne se matérialise pas par des violences physiques mais par un dispositif législatif et une haine verbale.  En 1938, la sécurité de l’Etat devient prioritaire et des mesures contre les étrangers indésirables sont prises. Les décrets de novembre 1938 « décidaient la création de « camps de concentration » pour placer les étrangers indésirables, Autrichiens, Allemands, Polonais, Italiens et Espagnols, qu’on ne pourrait renvoyer dans leurs pays. »[7] Rapidement rejoints par les Juifs. Dans un même temps, le besoin croissant de soldats à un impact direct sur le nombre de naturalisations qui ne cesse d’augmenter. Un grand nombre d’étrangers répondent présents. Prenons l’exemple de la brigade des FTP-MOI (ancienne structure syndicale destinées aux étrangers) qui associe les paysans italiens, les mineurs polonais, les roumains,  les yougoslaves républicains, les espagnols, et du POWN (groupe luttant pour l’indépendance de la Pologne). N’en déplaise, en dépit du traitement qui leur a été réservé, les étrangers dans l’histoire de la résistance, ont pris une place importante. 

En définitive,  l’aube de la fin de la Seconde Guerre Mondiale, malgré le pic considérable de naturalisations observé entre 1946 et 1947 (tableau 4), rattrapage nécessaire, marque de réintégration obligatoire, l’exode des étrangers, les naturalisations stratégiques, la chasse législative anti-étrangers et la résistance volontaire de certaines communautés, constituent un bilan très contrasté.

Cette brève histoire de l’immigration française entre 1870 et 1947, a pour objectif d’appréhender un aspect trop souvent mis de côté.

Ce phénomène de pulsion-répulsion, fruit de l’utilitarisme et d’ethnocentrisme français, est présent tout au long de la première vague. Lorsqu’un besoin démographique (repeuplement) et économique (travailleurs) se fait ressentir, l’Etat et/ou la population viennent chercher l’étranger — de préférence transfrontalier — parfois directement sur son territoire ; Italien, Suisse, Polonais, Belges, Allemand, Kabyles, Espagnol, Portugais, Yougoslave, Turcs, colonisés, etc. Nous assistons à l’utilisation volontaire des peuples, et ceci, en accord régulier avec le pays de départ. Cependant, lorsque les crises économiques frappent le pays, cette population venue d’ailleurs, se retrouve automatiquement éjectée et accusée de tous les tords. La France « pays de l’immigration, pays d’accueil », se transforme soudainement en un pays supérieur et dominateur, œuvrant non plus en faveur de l’humain, mais au service de ses intérêts propres.

2. Immigration du travail sans travail (1945-2016) [8) : l'effet boomerang

 Contrairement à la première période qui est constituée de phases multiples, répétant successivement le même phénomène de « pulsion-répulsion », la deuxième période ne connait qu’une grande phase.

Entre 1945 et 1973, la France revit la problématique d’après-guerre et fait à nouveau appel au système de l’immigration. L’Institut National des Etudes Démographiques (INED) évalue le besoin démographique à environ cinq millions de personnes. En 1944, le Général de Gaulle, chef du gouvernement provisoire, souhaite une immigration méthodique et intelligente. C’est pourquoi, dans un premier temps, l’Etat se dirige vers les camps de réfugiés où sont entassés les migrants nordiques. Cependant, confronté au refus des communistes d’importer en France ces « vauriens », l’Etat se rabat sur la main-d’œuvre italienne —grande perdante de la première vague — sans grand succès. Conjointement, l’histoire de la France et de l’Algérie prend un tournant nouveau.

 A cette époque, l’Algérie colonisée et peuplée d’environ un million d’Européens (les pieds-noirs), se transforme en terre d’inégalités. Le niveau de vie des Français est deux fois supérieur à celui des musulmans, le taux de scolarisation des jeunes français est de 100%, contre seulement 20% pour les jeunes musulmans. La reconnaissance attendue par les soldats algériens ayant servi pendant la Seconde Guerre Mondiale n’a pas lieu. La communauté musulmane algérienne colonisée, « à force de comparer sans cesse sa propre condition de vie et celle de la population européenne, commence à se lasser du destin sans espoir qu’elle aperçoit devant elle ; elle prend aussi conscience de sa masse numérique et à tendance à rendre la population européenne responsable de tous les maux et de toutes les infériorités, si injuste que cela puisse être »[9]. Un véritable soulèvement de la part du peuple Algérien, colonisé depuis des décennies, se dessine. La population demande la reconnaissance de la personnalité algérienne dans le cadre français. La métropole sentant le vent tourner, vote le 20 septembre 1947 la loi dite "Statut de l’Algérie", faisant des musulmans d’Algérie des Français à part entière, libres de circuler en métropole. Alors qu’on assiste à la naissance d’une industrie nouvelle et d’une agriculture moderne et mécanisée — restant aux mains des Européens — les musulmans mis à l’écart connaissent le chômage et les emplois précaires. A travers leur ouvrage intitulé Le déracinement. La crise de l’agriculture traditionnelle en Algérie, Pierre Bourdieu et Abdelmalek Sayad décrivent la déstructuration d’un habitus, déterminant la ruine de l’économie rurale et l’effondrement de la société traditionnelle Algérienne. C’est pourquoi avec la loi de 1947, nous voyons le nombre de travailleurs immigrés Algériens exploser en métropole. Cependant, tout bascule en 1964, lorsque le Front de Libération Nationale (FLN) passe à l’action en déclenchant une série d’attentats. Le conflit naissant se transforme en insurrection, et la revendication d’une participation démocratique Algérienne se modifie en indépendance nationale. Alors que la « guerre d’Algérie » prend une tournure dramatique — appelée « guerre de libération » ou « guerre d’indépendance » par les Algériens —  la France ne veut plus accueillir cette immigration conflictuelle. C’est pourquoi l’Etat scelle des accords avec d’autres pays : l’Espagne, le Portugal, la Yougoslavie, la Turquie, la Tunisie et le Maroc, tous deux derniers indépendants depuis 1956.

L’accélération du taux de croissance en France entre 1965 et 1973 n’a fait que poursuivre une mécanique devenue traditionnelle, celle du recours aux immigrés du travail. Or, le premier choc pétrolier en 1973 (guerre de Kippour), puis le second choc pétrolier en 1979 (révolution iranienne) plongent pour la première fois de l’histoire, le futur de l’immigration et de ses immigrés dans une incertitude bien sombre ; celle du travailleur sans travail.

Ces deux chocs pétroliers modifient radicalement, en moins de dix ans, le paysage économique de la planète. La France n’est pas épargnée. Pour preuve, le nombre de chômeurs passe de 750 000 en 1975 à 2 000 000 en 1982. La crise touche sévèrement la France et le sort de ses étrangers devient très incertain. A ce titre, dès 1977, une aide au retour, d’un montant de 10 000 Francs est proposée aux immigrés. Peu d’entre eux l’utilisèrent, car comme le montre en 1981 Mouloud Zemmouri, à travers son film Prends 10 000 balles et casse-toi.  Comme chaque crise, la xénophobie ample, les expulsions se multiplient et un durcissement juridique a lieu, ce qui fait réagir le Monde, en 1980, à travers son éditorial : 

« Si le siècle et le ciel vous semblent trop gris, si vous redoutez le chômage ou craignez l’infortune, si les progrès de la pollution vous inquiètent, si l’inflation vous appauvrit, si la France vous paraît parcimonieuse et craintive, ne cherchez pas le responsable de tous ces maux. Le gouvernement l’a trouvé […]. Le coupable c’est l’étranger. »[10]

Cependant, fait nouveau, nous voyons le terme « travailleur » s’effacer au profit de celui « d’immigré » à l’arrivée de deux nouveaux phénomènes  : Une grande partie des immigrés va rester et constitue déjà une part de la population Française. La figure du fordiste du Gastarbeiter, de l’immigré travailleur, ouvrier temporaire, masculin, jeune et isolé, s’atténue d’année en année, puisque « toute migration provisoire, même la plus encadrée, se transforme en une migration de peuplement »[11]. La question de l’assimilation[12] et de l’insertion se pose. De plus, les immigrés venus travailler dans des secteurs qui désormais sont en voie d’abandon ou de robotisation, voient leur identité se vider de son contenu premier et leur légitimité partir en fumée. « La transformation d’une migration de travail en migration de peuplement s’accompagne alors d’une pression idéologique de l’extrême droite »[13]. La France dans son entièreté — population, politiques et médias —, objectifs braqués sur ses immigrés désormais indésirables, en fait un sujet primordial contemporain. L’Italien à l’époque bouc-émissaire, cède sa place au maghrébin et le juif cède sa place au musulman.                

Alors que pour la première génération d’immigrés, l’intégration passait par la transparence, les générations suivantes se retrouvent extrêmement visibles. La thématique de l’échec scolaire — non justifiée dans un premier temps[14] —  s’enracine dans les représentations, et le rejet des enfants immigrés prend forme avec la construction d’établissements-ghettos. Parallèlement, des stratégies de sélections déplacent les immigrés, des foyers de travailleurs et des bidonvilles vers les HLM les plus vieux et délaissés par les familles françaises, se transformant alors en « cités »[15]. Ces quartiers d’exil, où plusieurs communautés pauvres cohabitent, sont frappés de plein fouet par le chômage. En 1995, le nombre de chômeurs dépasse les 20% chez les étrangers, contre 11% chez les Français. Les plus touchés sont les Maghrébins, avec 50% de chômage chez les femmes et les jeunes de moins de 24 ans. Comme le signale Abdelmalek Sayad[st1] , l’immigré est réduit à se comporter soit comme stigmatisé, soit par hypercorrection sociale, devient invisible. Or, le maintien dans le débat public de l’affiliation immigration-problème ne cesse d’instaurer une domination, qui s’établit, entre autres, sur un processus de stigmatisation[16] et de ségrégation : 

« La ségrégation peut être définie comme la concentration (spatiale) durable, imposée par des décisions politiques ou par des mécanismes économiques, d’une population homogène, le plus souvent modeste ou pauvre, ce qui contribue à sa désignation et souvent à sa stigmatisation. Elle est l’un des thèmes récurrents de la sociologie de l’urbain, malgré la méfiance que la notion peut susciter. Le mot comporte en effet, une part de réprobation tant de la ségrégation elle-même que des mécanismes ou l’objectivité des recherches qui s’en préoccupent. D’autre part, il renvoie souvent à des notions telles que la marginalité, le racisme ou plus récemment l’exclusion, qui s’inscrivent dans des problématiques voisines mais tendent à faire de la ségrégation d’abord une modalité de la distance ou du rejet individuel. La ségrégation concerne des groupes d’individus mis à l’écart en tant que groupes, et la séparation est acceptée ou voulue par le groupe majoritaire. »[17]

Entre l’héritage antialgérien, la ségrégation politique (création du Front National) et la stigmatisation médiatique, sans oublier son appartenance à une religion dite ennemie de l’Occident, la deuxième génération maghrébine doit faire face à une hostilité populaire sans précédent. Or, ces jeunes nés en France, pour la plupart, commencent à prendre position. En décembre 1983, la première « marche des beurs » traverse le pays sur le modèle de Martin Luther King, vingt ans auparavant. A travers cette marche, Chrétiens et Musulmans demandent l’acception de la différence culturelle, pour ainsi dire l’application de la laïcité si précieuse à la France, ainsi que l’amélioration des relations interculturelles dans une France plurielle. Nous assistons à un renouveau du mouvement antiraciste dans les années 90, avec d’autres marches et la création d’associations telles que SOS racisme. Cette décennie marque une stabilisation avec une assimilation plus régulière, un emploi postfordiste stabilisé, principalement dans le paysage de la construction, mais aussi parmi le monde ouvrier et le secteur automobile. Quant aux algériens infatigables gérants de supérettes, ils constituent un réseau gigantesque sur le territoire. Pour les plus qualifiés, un déplacement des secteurs d’activités a lieu, de l’industrie vers le service, avec une demande de plus en plus forte du côté de la santé, de l’éducation et surtout de l’informatique.

Alors qu’en 1998, l’équipe de France gagnait la coupe du monde de football — héritage de l’histoire de l’immigration française : Roger Piantoni, Raymond Kopa, Michel Hidalgo, Michel Platini, Lilian Thuram, Zinedine Zidane — la troisième génération, enfants de l’intégration ratée, nés dans le rejet quotidien de leur identité et de leur religion, se construisent avec une volonté d’exister, avec une volonté d’être invisible dans leur visibilité au même titre que les Autres. Une « culture de l’opposition » plus hostile à la société globale prend vie au sein des écoles (polémiques sur le port du voile), mais aussi au sein des cités (émeutes périodiques), etc. Aux portes du XXIème siècle, la France fait face à une véritable revendication communautaire et religieuse de plus en plus visible et inquiétante, se heurtant à un « ethno-nationalisme » et à un racisme présent dans toutes les couches de la population, fondé sur des attitudes et des opinions d’ordre concurrentiel (milieu populaire) et/ou idéologique (classes moyennes).


[1] Habituellement la fin de la première vague de l’immigration française est située en 1930. Cependant, je décide de l’achever à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, car il s’agit d’une longe de période durant laquelle le statut de l’immigré se restreint à celui de travailleur ponctuel.
[2] Le catalogue d’exposition Ciao Italia, traite d’un siècle d’immigration et de culture italiennes en France (1860-1960). Cette exposition s’est déroulée au Musée national de l’histoire de l’immigration (Paris), en 2017.
[3] Marie-Claude Blanc-Chaleard, Histoire de l’immigration (Paris: La Découverte, 2001), page 12.
[4] Ibid, page 20.
[5] Ibid, page25.
[6] Henri Grimal, La décolonisation, (Bruxelles: Editions Complexe, 1999), page 14.
[7] Marie-Claude Blanc-Chaleard, Histoire de l’immigration (Paris: La Découverte, 2001), page 46.
[8] Habituellement la deuxième vague de l’immigration française est située entre 1980 à aujourd’hui. Cependant, je décide de la faire débuter dès la fin de la Seconde Guerre Mondiale, puisqu’il s’agit d’une longue période durant laquelle les immigrants travailleurs se retrouve au chômage.
[9] Le Tourneau Roger, Evolution politique de l’Afrique du nord musulmane (Armand Colin, 1962), page 353.
[10] Le Monde, 17 octobre 1980
[11] Andrea Rea et Maryse Tripier, Sociologie de l’immigration, Repères (Paris: La Découverte, 2008), page 33.
[12] L’assimilation est un processus d’interpénétration et de fusion dans lequel des personnes et des groupes acquièrent la mémoire, les sentiments et les attitudes d’autres personnes et groupes et, en partageant leurs expériences et leur histoire, sont incorporés avec eux dans une vie culturelle commune.
[13] Andrea Rea et Maryse Tripier, Sociologie de immigration, Repères (Paris: La Découverte, 2008), page 24.
[14] Serge Boulot et Danielle Boyzon-Fradet, Les immigrés et l’école, Une course d’obstacles, L’Harmattan, Recherches, 1988.
[15] En 1882, en région parisienne, 43,4% des étrangers sont en HLM.
[16] La stigmatisation est au cœur du processus de construction de catégorisations ethniques et raciales.
[17] Maïté Clavel, Sociologie de l’urbain (Paris: Economica, 2002), page 63.

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