Fermons les grands écoles et refondons l'université!

A l’occasion de cette sinistre affaire autour de la direction de Sciences po, tandis que l’université crève par manque de moyens et que les étudiants dont la détresse a été mise en lumière par la crise sanitaire, sont abandonnés à leur sort, oui, il ne faut pas hésiter à le dire : « Sciences-po, institution financée en partie par l’État, fabrique de la suffisance sociale!

Fermons les grandes écoles et refondons l’université pour tous !

 

A l’occasion de cette sinistre affaire autour de la direction de Sciences po, tandis que l’université crève par manque de moyens et que les étudiants dont la détresse a été mise en lumière par la crise sanitaire, sont abandonnés à leur sort, oui, il ne faut pas hésiter à le dire :

« Sciences-po, institution financée en partie par l’État, fabrique de la suffisance sociale! Elle fabrique des élites chic et toc, de celles et ceux qui savent parler pour avoir réponse à tout, avis sur tout, sans rien vraiment savoir, maîtriser. On voit tous les jours les effets de leurs façons de diriger, dans le privé, le public, le politique. Celles et ceux qui savent compter pour dégraisser, priver les autres d'emplois, les faire travailler pour le moins cher possible, les hiérarchiser, les mettre en concurrence, avec des discours d'accompagnement soft (des idées de génie comme les cellules d'accompagnement psychologiques, les tickets chez le psy face à la détresse sociale), qui vendent les conseils de leurs cabinets privés à l'Etat après avoir bien garni leur carnet d'adresses dans les services publics, qu'ils se retrouvent au coeur des scandales de violences sexuelles, ce n'est pas une grande surprise. La suffisance, le sentiment de supériorité, de droit à soumettre les autres que l'on apprend dans ces structures qui n'ont comme qualité que d'être élitistes, s'accompagnent évidemment de domination sexuelle. Quand les jeunes se détourneront-elles.ils enfin de ces niches de fabrication de larbins de luxe du capital ? Mesureront-ils à quoi on les prépare? Refuseront-ils de payer pour être grassement payé•es pour les basses oeuvres ? Demandons la fermeture de Sciences po, école libre.., officine de reproduction sociale au coeur d'une démocratie malade de cette captation des pouvoirs ... à laquelle la réforme Blanquer prépare les jeunes têtes dès le lycée. Qu'est-ce que le "grand oral", si ce n'est le triomphe de la promotion de soi comme valeur sociale cardinale. Nous avons lutté à raison contre cette réforme. Prenons la question par en haut. Fermons cette issue qui corrompt le sens de l'éducation. Les sciences politiques peuvent s'enseigner, et s'enseignent fort bien, dans les universités. Fermons Sciences po. Une mesure salutaire pour la démocratie. »

Quel super coup de gueule d’une collègue bien inspirée ce jour-là retrouvé sur un réseau social ! Mais il faudrait aller plus loin : ce sont toutes les grandes écoles financées par l’État au détriment de l’université qu’il faudrait fermer afin de pouvoir refonder et sauver l’université ! (Que les personnes affligées de l’esprit de sérieux se rassurent, nous avons quelques exemples de gens sortis des grandes écoles qui en ont réchappé et il y a aussi des enseignants, je pense notamment à ceux de Science-Po Grenoble, comme me le rappelait un ami, qui étaient des quasi révolutionnaires !)  

Tandis que les étudiants étaient délaissés, enchaînés à l’outil informatique qui marchait ou ne marchait pas, tandis que les enseignants, dont nombre de précaires !, s’efforçaient comme ils le pouvaient de leur maintenir la tête hors de l’eau, eux-mêmes submergés par des tâches administratives qui désormais leur incombent de plus en plus, la plupart des élèves des classes prépa avaient des cours en présentiels comme on dit. Bien évidemment il ne s’agit pas de leur reprocher, tant mieux pour eux, mais il faut mettre fin à ces inégalités de traitement. De la même manière il serait idiot de reprocher aux élèves qui le peuvent de rejoindre les classes prépa, vu l’état de l’université.  

Dans le dernier « Manière de voir » du Monde diplomatique, on apprend que, selon le rapport de la cour des comptes en 2016, le coût annuel par élève en classe prépa/grandes écoles était de 15 720 €, contre 10 500 à l’université. No comment. À ce compte-là, on pourra attendre pour que les salles d’universités et amphis soient équipés des fameux ventilateurs contre le Covid. (Voir et signer la pétition lancée par RogueESR à ce sujet.) J’ajouterai une remarque personnelle : intervenant à l’université de Blagoevgrad, en Bulgarie, en 2016, je crois bien, je découvrais qu’entre chaque cours, une armada de femmes et hommes de ménage nettoyaient tables et tableaux. La cafétéria était également propre  et je vous épargnerai la comparaison entre l’état de leurs toilettes et celles de Nanterre, Jussieu etc. (à Science-po, c’est vrai, c’est correct). La Bulgarie est l’État le plus pauvre de l’UE…

Sonia Combe

 

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