L'accompagnement psychologique dans la quête identitaire des personnes adoptées

Le rôle du psychologue est de proposer un espace d’écoute et de parole pour permettre au patient de déployer sa pensée, penser et élaborer ces conflits internes, revenir sur son histoire personnelle et familiale pour comprendre comment cela fait sens et résonne pour lui. En ce sens, la rencontre clinique va permettre d’affronter plus sereinement son passé et son avenir.

 © pch.vector - www.freepik.com © pch.vector - www.freepik.com
Par Diana BAYARD, Psychologue clinicienne

"Mon métier de psychologue clinicienne m'invite à alerter sur la recrudescence de personnes se déclarant thérapeute / psychopraticien / coach et proposant un suivi psychologique aux personnes ayant été adoptées. L’intention peut paraître louable. Mais quand ces derniers, au lieu de mettre en avant leurs formations et expériences professionnelles, évoquent leurs parcours personnels, cela pose des questions éthiques et déontologiques. Que penser des « psys » qui évoquent leurs blessures d'enfants adoptés ? Ceux qui disent que leurs propres parents ont été famille d'accueil pour des enfants en voie d'adoption ? Que penser d'un « psy » qui a besoin de se légitimer en mettant au-devant de la scène une histoire douloureuse ou en lien avec la question de l’adoption ? Faut-il avoir vécu des souffrances similaires pour accompagner autrui ? Non, un « psy » n'est pas un miroir de son patient.

Mener une psychothérapie nécessite une véritable formation de psychologue (BAC+5). Elle nous permet d’acquérir un référentiel rigoureux, des méthodes scientifiques et des outils cliniques reconnus et partagés par l'ensemble de la profession. Ce savoir théorico-clinique s'acquiert tout au long d'un parcours universitaire dont les stages dans différentes structures sont nombreux (environ 1000 heures).

Assurer un suivi psychologique ne s'improvise pas et un « psy » ne peut pas tout faire, ni être à toutes les places. Il ne peut s'épancher sur sa vie personnelle passée et actuelle laissant penser que lui seul peut vous comprendre. Il ne peut demander de l'argent supplémentaire pour vous aider dans vos démarches, faciliter votre voyage dans votre pays d'origine car il en connaîtrait la langue et/ou les codes culturels.

Le rôle du psychologue est de proposer un espace d’écoute et de parole pour permettre au patient de déployer sa pensée, penser et élaborer ces conflits internes, revenir sur son histoire personnelle et familiale pour comprendre comment cela fait sens et résonne pour lui. En ce sens, la rencontre clinique va permettre d’affronter plus sereinement son passé et son avenir. A l’inverse, les autres métiers dont le titre n’est pas protégé et accessible sans aucun diplôme (coach, psychopraticien…) proposent des techniques de développement personnel, d’atteindre des objectifs pour être plus performant, d’accéder au bonheur.

L'espace thérapeutique doit être dégagé de tout conflit d'intérêt, de toute forme d'emprise, de toute promesse, de tout sentiment, avis ou conseils. Au contraire, un psychologue s'efforce d'être dans la neutralité et dans une écoute bienveillante. Il est là pour  écouter là où le patient n’a jamais été entendu, aider à poser des questions, à réfléchir à ses choix de vie et trouver d'autres manières de fonctionner sans que les souffrances du patient viennent l’envahir. Et ceci ne peut se faire que si le patient est libre de ses choix sans être parasité par ceux de son psychologue. C'est ainsi qu’il pourra gagner en autonomie psychique et s’approprier son histoire. 

Nous parlons aujourd’hui des personnes adoptées, ciblées par différents professionnels. Néanmoins, cette alerte est valable pour tout un chacun. Il est important de prendre le temps de vous renseigner sur la formation des « coachs », des « psys » qui vous proposent du  « coaching  » ou des accompagnements spécifiques. L’absence de dispositions législatives pour encadrer les pratiques de coachs et de psychopraticiens doit tous nous inviter à la vigilance."

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.