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Billet de blog 1 février 2025

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Une « balle dans la nuque » : l’extrême droite et ses projets d’assassinats.

Pendant que Retailleau pleure sur la tombe saccagée d’un raciste antisémite criminel de guerre, des avocats et des magistrats sont menacés de mort par l’extrême droite.

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Illustration 1

Le média d’extrême droite « Frontières» a diffusé les identités d’une soixantaine d’avocats. Dans un hors-série paru le 30 janvier, le magazine dresse une liste des «coupables» de «l’invasion migratoire» les accusant d’être «complices» des personnes en situation irrégulière cherchant à obtenir un titre de séjour. Citation : « Nous vous livrons […] le podium, tous tribunaux administratifs confondus, des avocats les plus empressés à défendre les étrangers en situation irrégulière». Des menaces de mort ont aussi été proférées contre trois magistrats ayant siégé au procès de Marine Le Pen et des cadres du Rassemblement national (RN). Le parti d’extrême droite est poursuivi pour détournements de fonds publics, dans l’affaire des assistants européens du parti, le jugement sera rendu le 31 mars. « Les procureurs Louise N. et Nicolas B. ainsi que la présidente du tribunal Bénédicte de P. ont reçu des menaces de mort de la part de personnes écrivant dans la section de commentaires du site d’extrême droite Riposte Laïque ». Une « balle de 9 mm dans la nuque », écrit un certain François Desvignes ou encore un certain Job, estimant que Bénédicte de P. doit être « éliminée au plus vite ».

 Quelques mois plus tôt, dans un contexte de dissolution et de législatives anticipées – du fait d’un Président ne se cachant plus sa volonté de mettre le RN au pouvoir – le 3 juillet 2024, un site d’extrême-droite avait publié une liste de noms d’avocats qui avaient signé une tribune contre le RN. Tribune intitulée « Liste (très partielle) d’avocats à éliminer » et illustrée d’une photo de guillotine. Lors de ces législatives, parmi les candidats présentés par le Rassemblement national, 109 d’entre eux ont été épinglés par le média Street Press pour des propos racistes, antisémites, homophobes, complotistes, anti-IVG. La Macronie, pourtant si prompte à défendre à plusieurs reprises le RN dans les médias et vouloir l’intégrer dans l’arc républicain, est restée très silencieuse concernant les menaces de mort et les agressions émanant de sympathisants d’un parti créé par des criminels de guerre.

  Pourquoi et comment l’extrême droite se sent légitime de menacer de mort des magistrats, des avocats et ainsi s’attaquer frontalement à l’État de droit ? Dernièrement il y eu le mensonge sur la « submersion migratoire » venant du premier ministre qui sait pourtant très bien que la France est l’un des pays où l’immigration est la plus faible en Europe de l’Ouest avec 6,3 immigrants enregistrés pour 1.000 habitant. Sans oublier notre ministre de l'intérieur, Bruno Retailleau, qui avait déclaré il y a quatre mois que « l’état de droit » n’était ni « intangible » ni « sacré ». L'inverse de l'État de droit, c'est la toute-puissance du plus fort et la possibilité de lois d’exception pour opprimer des minorités. C’est exactement le projet de l’extrême droite.

  Pendant sept ans de Macronisme, les libéraux se sont appropriés un discours identitaire, ont banalisé le racisme et l'islamophobie, ont pratiqué le négationnisme et le révisionnisme pour blanchir l'extrême-droite de son antisémitisme. Médias et instituts de sondage se sont joints à la meute pour organiser la montée et la banalisation d'un parti fondé par des waffen-SS, des colonialistes et des criminels de guerre. L'alliance entre la Macronie et la Lepénie n'est que la personnification de l'alliance entre le néolibéralisme et le fascisme. Le dévoiement du langage est devenu leur arme de destruction massive. Ils ont tant dévoyé le langage que le terroriste n'est plus le néonazi qui menace de mort des avocats et des magistrats. Le terroriste n'est plus l'État colonialiste et xénophobe qui commet un génocide. Le terroriste n'est plus le militant raciste qui assassine trois personnes kurdes en plein Paris au nom d’une supposée suprématie blanche.

   Pour la Macrolepénie, les terroristes c'est nous – antiracistes, personnes racisées, musulmans, écologistes, anticapitalistes. Une Novlangue rabâchée chaque jour pour in-fine faire accepter la destruction méthodique d’un État de droit et pourquoi pas : le salut nazi d’un milliardaire, chef de meute des fascistes du monde entier.

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