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Billet de blog 5 février 2025

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Le « journalisme » de la post-vérité : l’acceptation de crimes contre l’humanité

J’écris sur la politique. Plus précisément sur les dérives racistes et autoritaristes du Macronisme et sur l’adhésion des médias à une novlangue techno-fasciste dictée par le pouvoir politique à l’ère de la post-vérité.

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Je suis donc amenée à lire quotidiennement des dépêches AFP. Et ces dernières semaines nous avons atteint l’apogée de la novlangue dans la presse mainstream française. Euphémismes et non-dits étaient au programme de mes lectures. Lorsque Donald Trump annonce : « Les États-Unis vont prendre le contrôle de la bande de Gaza, et nous allons faire du bon boulot avec […] Nous en prendrons possession […] Nous allons en faire la Côte d’Azur du Moyen-Orient ». Le président américain a proposé de faire « tout simplement le ménage » dans la bande de Gaza et de transférer ses habitant·es dans des lieux « plus sûrs » comme l’Égypte ou la Jordanie, hostiles à l’idée.

   Les mots colonisation, déportation, épuration ethnique, crimes contre l’humanité ne seront pas écrits par la majorité des « journalistes » de la presse mainstream. Alors notre seule arme face cet effacement de la réalité, face à cette fausse neutralité, c’est de remettre des définitions claires au cœur de nos écrits et de nos discours. Lorsque Trump dit « prendre le contrôle », « prendre possession », il s’agit du verbe : COLONISER. Définition : transformer un pays en une colonie, en un territoire dépendant d'une métropole. Peupler un pays, une région de colons. Mettre un pays sous sa dépendance économique. Occuper un lieu, l'envahir en s'installant en grand nombre dans des résidences secondaires, des propriétés.

  Lorsque Trump utilise l’expression « faire le ménage » et « transférer ses habitants », il s’agit ici de déportation et d’épuration ethnique. La définition de la déportation selon l’Académie Française : transfert de certaines catégories de la population d’un pays hors de leur patrie. Ensuite intéressons-nous à la définition du nettoyage ou épuration ethnique selon l’encyclopédie Universalis : « Tentative de créer des zones géographiques se caractérisant par leur homogénéité ethnique, au moyen de la déportation ou du déplacement forcé de personnes appartenant à des groupes ethniques définis. Le nettoyage ethnique entraîne parfois la suppression de toutes les marques physiques témoignant de l'existence du groupe visé, par la destruction des monuments, cimetières et lieux de cultes ».

   La semaine précédente le scandale était venu du mot « otage » utilisé en gros titre sur France Info. Cela avait entrainé l’éviction de l’auteur par la Direction. Éviction exigée par la députée Caroline Yadan qui tient absolument à criminaliser les Palestiniens détenus par Israël. Mais lorsque l’on s’intéresse d’un peu plus près aux conditions d’arrestations, de détentions et aux violations des droits humains opérés par Israël, le mot « otages » semble bien plus approprié que le mot « prisonniers ». Voilà ce que l’on peut apprendre dans des rapports d’Amnesty International : « Plus de 500 enfants palestiniens sont envoyés, chaque année, en prison par les autorités israéliennes. Dès l’âge de 12 ans, ils peuvent se retrouver devant une cour militaire. Illégales, ces conditions d’incarcération se sont encore durcies depuis le 7 octobre ». « Des détenu·e·s palestiniens sont soumis à des actes de torture et des traitements dégradants, sur fond de multiplication des arrestations arbitraires ». Comment ces civils arrêtés arbitrairement, détenus illégalement et torturés peuvent-ils être qualifiés de « prisonniers » ? Ceux qu’on s’évertue à appeler « prisonniers palestiniens » servent de monnaie d’échange pour faire libérer des otages israéliens, et c’est précisément cela la définition d’un otage : « Personne qu'une armée, un gouvernement livre à la partie adverse ou détient, en garantie de l'exécution d'un traité, d'une promesse.»

   Je livre ici des définitions qui décrivent précisément les actions états-uniennes et israéliennes opérées en Palestine. Il n’y a pas d’interprétation de ma part puisque j’expose des faits. Les journalistes mainstream avancent souvent l’argument de la « neutralité journalistique » pour justifier leurs euphémismes ou leurs non-dits. J’ai trois questions à leur poser. La première : en quoi utiliser des mots dont les définitions correspondent précisément aux actions qui se déroulent sous nos yeux, violerait cette neutralité ? La seconde : si le journalisme se définit comme un contre-pouvoir à l’ensemble des acteurs sociaux, État inclus, comment peut-il se prévaloir d’une quelconque « neutralité » alors qu’il obéit publiquement aux injonctions d’une député et à la propagande étasunienne et israélienne ?

   Troisième question : Rester neutre face la montée des extrêmes droites, face au salut nazi d’un milliardaire, face à un génocide, n’est-ce pas là un aveu d’adhésion à cette doctrine politique ?

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