NDDL Désintoxe par une habitante de la ZAD

Je laisse la "parole" à Carilone une amie de la ZAD de Notre Dame des Landes.Bonjour Les amis terriens de ZAD ICI AUSSIVoici une analyse de la situation sur la ZAD de NDDL.En tant qu'habitante et résistante sur cette zone depuis plusieurs années, j'ai tenu à vous faire partager ma réaction suite au rendu du tribunal administratif du 17 juillet.Le texte est ci-dessousmerci si vous voulez transférer ces infos de faire suivre le lien ci=dessous (Fichier PDF téléchargeable) Bien à vousCarilone

Je laisse la "parole" à Carilone une amie de la ZAD de Notre Dame des Landes.

Bonjour Les amis terriens de ZAD ICI AUSSI

Voici une analyse de la situation sur la ZAD de NDDL.
En tant qu'habitante et résistante sur cette zone depuis plusieurs
années, j'ai tenu à vous faire partager ma réaction suite au rendu du
tribunal administratif du 17 juillet.
Le texte est ci-dessous
merci si vous voulez transférer ces infos de faire suivre le lien
ci=dessous (Fichier PDF téléchargeable) 

Bien à vous
Carilone

Lors des manifs de 2013. © Pierre Auriol Lors des manifs de 2013. © Pierre Auriol

21 juillet 2015

Désintoxe

Le 17 juillet, les recours qui concernaient les demandes de justice au sujet des contrevenances aux lois dites écologiques censées protéger notre nature bafouée dans le projet (HQE = Haute Qualité Environnementale*) de l’aéroport de Notre Dame des Landes ont été rejetés.

Les naturalistes en lutte et deux autres associations citoyennes concernées par le projet ont recouru aux lois sur l'eau et sur la protection d'espèces. Les naturalistes en lutte ont passé un temps infini à référencer tous les animaux sur la ZAD, ils ont tenté de concurrencer les 5000 pages produites par Biotop, le cabinet d'étude engagé par VINCI pour expertiser et créer des compensations.

Compensation, c'est le mot à retenir, partout la destruction se compense.

Comment créer de l'activité économique, en deux lignes comptables.

Destruction et compensation les deux mamelles du système.

A Roybon le dossier de compensation n'était pas bien ficelé, le projet abandonné.

Pour la ZAD de NDDL, les velléités délirantes de compenser en transportant toutes les petites bêtes dans de nouvelles petites marres bien propres ont suffi. Pour plus d'information sur le rendu, je vous invite à consulter :

Le rendu du tribunal administratif 

A l'annonce de cette mauvaise nouvelle, qui en réalité n'est en rien une surprise, s'en est suivi une déferlante d'informations, si tant est que le flux de bêtises sans cesse repris par les différents relais médiatiques peut se nommer information.

Voilà que l'on reparle du projet et qu'on répand l'opinion que c'est la fin pour la ZAD, que l’aéroport va se construire. Ça buzz. Tiens, les gens reviennent de la plage un peu préoccupés : « Ils » n'en parlaient plus, on pensait que le projet était abandonné. Ou le contraire. Peu importe.

Resterait-il encore quelques grands naïfs parmi les occupants de la ZAD à croire à une intervention prochaine ?

On relance donc mollement les systèmes de défense, on se re-réuni pour prévoir d'autres réunions. Un petit coup de fouet dans la tranquille institutionnalisation de la ZAD ne fait pas de mal.

Mais la plupart des organisateurs (les GO de la ZAD) savent parfaitement qu'avant 2017, il ne peut y avoir de décision politique de commencer les travaux. Pourquoi ?

Réponse à toutes les questions politiques : Question d'argent et de stratégie pour le pouvoir. Ce qui revient au même.

La grande majorité de la population en est pourtant convaincue.

L'argent : A consulter les déclarations de travaux officielles, on trouve ce comique jeux de ping-pong pour savoir qui va payer et combien l'arrêt du projet. VINCI pourrait payer des indemnités de retard au commanditaire et/ou l'Etat une compensation financière au constructeur pour l'abandon du projet. Tout cela se chiffre avec beaucoup de zéro. Inutile d'essayer d'en estimer la valeur. Ce n'est pas de notre échelle.

Ensuite il y a les jeux politiques. Qui va sonner le glas et remporter une bonne dose « d'opinion- favorable » pour se refaire une santé dans les sondages ? Et quand sera-t-il opportun de relancer la « gauche » ? Sur le mandat de Hollande dont la côte est au plus bas, avant les élections présidentielle ou sur un nouveau candidat tout neuf ?

Est-il intéressant de se traîner EELV pour cautionner toutes les saloperies législatives que l'on programme grâce au deal passé avec eux : « pas d'intervention jusqu'à épuisement des recours » en échange de quelques places au gouvernement.

On ne peut imaginer les tractations qui se sont engagées depuis plusieurs années sur le sujet, bien cachées par les écrans de fumée opaques déroulés par les médias. Évidemment Il y a Valls qui s'énerve qui trépigne, et Ségo qui s’émeut. Il faut bien alimenter le spectacle.

On va dire que je minimise le « rapport de force ».

Mais, La décision d'évacuer la zone, elle n'est pas tout à fait du même ordre. N'oublions pas que nous avons gagné une bataille. L'opération dite « César ». Et tous ceux qui nous ont soutenus la partagent avec nous. Elle ne se mesure pas avec des chiffres avec ou sans zéro.

Cette victoire nous a permis d'avoir une chance inespérée, celle de créer une Zone Libre est c'est bien ça qui agace Monsieur Walls et tous les franchouillards jaloux et aigris de droite et de gauche qui représentent un potentiel de plus en plus important d'électeurs et qu'on ne peut pas négliger.

Mais ça coûterait combien,

Monsieur des Finances, pour les virer tous ces allumés, malpropres, « voleurs », sans foi ni loi qui vivent comme des animaux ? Oulàlà, c'est très cher.

Et puis les Messieurs de la Défense Extérieure et Intérieure qui sont toujours d'accord ensemble, d'ajouter : On n'est pas assez entraînés, nos systèmes de surveillance, les drones et tous les gadgets qu'on a financé ne sont pas encore au point, on a beau les scanner et les compter, on ne sait jamais avec eux, ils sont imprévisibles, ce sont des terroristes d'un nouveau genre.

On n'a pas eu le temps, lors des derniers affrontements de régler comme il faut nos nouvelles armes, il pourrait y avoir un peu trop de morts, et puis ils vont faire des manifs à l'extérieur de la zone, on n'a pas assez d'effectif. Alors gagner un électorat poujadistes, oui mais.

Bref, ce sont les véritables enjeux qui sont complètements occultés aujourd'hui. Pendant ce temps là, on ne dit mot du partage du gâteau : la terre de la zone.

On maintient la pression sur les comités de soutien pour qu'ils continuent à soutenir. A soutenir quoi ?

Les projets agricoles sur la ZAD et les porteurs de projet qui vont aller les présenter à Hollande à Cop 21. Ce sera un coup de poker pour ceux qui sont font jou-jou avec la politique. Que vont-ils négocier ?

Une zone Natura2000, une zone agricole modèle, des patentes précaires pour le non-marché,
l'épicerie et tous les petits commerces en gestation, une zone qui sera vendue à la SCI déjà constituée pour racheter les terres,
une zone non motorisée qui existe déjà qui deviendra le « quartier piéton ».
On donnera aussi des bouts de terre à ceux qui présenteront des petits projets genre « culture de plantes médicinales » même pas forcément rentables mais qui serviront de vitrine à cette zone modèle labellisée « lutte ».

Ces zones serviront de compensation au « barreau routier » reliant saint Nazaire à Nantes, la base du projet de mégapole, qui lui sera de toutes façons construit pour satisfaire les entreprises de BTP.
VINCI pourra construire les routes, les parkings et toute les infrastructures ce qui vont avec, avec plein de pub partout super high-tech encore plus high-tech que sur toutes les ZI, les ZA, les ZAC et autres zones commerciales.

Alors la ZAD (terre d’asile, zone libre, zone d'autonomie définitive... ) aura bien disparue sans aucune opération policière, ce qui est un grand bénéfice pour les gouvernants. Cela, bien sur, est une mauvaise prédiction.

Cela est sans compter sur un vent de révolte en provenance de tous les enfants perdus qui n'ont d'autre projet de recommencer tout à zéro, sans lois et sans société, qui sont sur le chemin de l'harmonie de l'autonomie et qui résistent encore aujourd'hui à la destruction de la terre.

 

* Seul label détenu par une association dont le CA est essentiellement constituée par des professionnel du BTP reconnu par l'INSEE.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.