Une conscience politique doit remplacer la peur

Il nous faut aller voir notre voisin, nos amis, nos parents et leur expliquer que la résignation n'est jamais une solution à la misère. Éveillons simplement les consciences de ceux qui ont peur.

Une conscience politique doit remplacer la peur.

Ce n'est pas le 17 novembre que ma conscience de citoyen s'est éveillée aux dures réalités sociales et politiques de notre société. De par mon histoire personnelle, l'injustice qui a marquée mon enfance, m'est très tôt apparue comme étant l'élément essentiel qui allait guider ma vie future. L'autre élément et non des moindres est le suicide de Yann Pallack à Budapest suite à l'invasion de la Tchécoslovaquie par les chars russes. Ce sacrifice par le feu au nom d'un idéal de jeunesse m'a bouleversé. Je n'en comprenais pas les raisons mais inconsciemment j'y voyais les ombres de l'injustice d'une société brutale et répressive contre l'innocence. Aujourd'hui, plus de 50 ans après, je suis toujours autant révolté contre ces gouvernants qui ne pensent non au bonheur du peuple en général mais à satisfaire les intérêts d'une minorités de privilégiés d'où naissent irrémédiablement les injustices. La lutte des classes n'est donc pas encore finie, bien au contraire. Mais si j'ai pu canaliser ma colère d'enfant et d'adolescent, qu'en est-il de tous mes amis Gilets Jaunes, hommes, femmes, jeunes et vieux ? Comme je l'ai déjà dit, je ne crois pas à intelligence collective qui ne sert que les desseins de ceux qui se prétendent ami du peuple. Par contre, je crois au bon sens populaire, ce même bon sens qui a poussé sur les rond-point beaucoup de simples citoyens révoltés contre nos dirigeants incapables de penser autrement que par l'argent, le profit ou la finance. Cette colère n'est pas éteinte et ce serait une fâcheuse erreur que de le croire.

Comment faire dès lors pour que cette colère sourde, confuse pour certains, désordonnée pour d'autres, se métamorphose en un mouvement politique fort qui bouscule les a-priori d'une majorité de françaises et de français plus enclin à entendre les discours de peur que distillent les amis de Jupiter. La peur est leur unique argument qu'ils utilisent sans aucun scrupule. Parlent-ils des souffrances au travail ? Non. Évoquent-ils les plus de neuf mille morts annuel par suicide ? Non plus. Communiquent-ils sur le nombre de SDF retrouvés sans vie dans nos rues ? Encore moins. Mais BFM TV, le Figaro et quelques autres médias aux ordres du pékinois du Touquet ne se privent pas de parler de violences inadmissibles lorsqu'elles viennent du peuple et de violences légitimes lorsque le CRS qui n'est que le bras armé du pouvoir frappe le citoyen ordinaire. Cette violence légitime est en fait annonciateur d'une dictature qui ne dit pas encore son nom. Cerise sur le gâteau, ils philosophent sur une situation pré-insurrectionnelle comme si Lénine allait sortir de son tombeau et prendre le pouvoir. Nous ne sommes plus en 1981 et la probable venue des chars russes sur les Champs Élysées. Cette désinformation colportée par de nombreux communicants et journalistes pro-gouvernement devient malsain. Est-ce légitime de mourir dans la rue ? Est-ce acceptable de perdre la vie au travail ? Est-ce tolérable tous les burn-out que vivent les salariés ? Est-ce concevable toutes les grèves dans les hôpitaux ? Est-ce juste de ghettoïser des quartiers entiers et leurs populations ? Vous vous lavez la conscience en allant au confessionnal médiatique du journal de 20 heures en exigeant davantage de soumission à ceux qui n'ont rien... Je me répète ; vous aimez la France lorsque celle-ci est soumisse à vos caprices et à vos envies. Après les « Brigades du tigres » qui furent respectées en leur temps, voilà le temps des « Brigades de la peur » dont BFM, le Figaro, les Échos ou Challenge sont les plus indécents éléments.

 

Aujourd'hui, il faut transformer le mouvement des Gilets Jaunes en une mobilisation politique forte qui viennent d'en-bas, qui rassemble tout à la fois les quartiers et les zones péri-urbaines, qui regroupent toutes les couches de la population, aussi bien les ouvriers que les précaires, les smicards que les artisans, les classes moyennes que les étudiants. C'est à cette seule condition que le combat contre le fléau de l'injustice sera gagné. N'ayons plus peur et allons ami-e-s réveiller les consciences de ceux qui doutent encore. Expliquez leur que la peur est de leur côté. Oui, ils ont peur de perdre leurs avantages, peur de perdre leurs postes, leurs fonctions, leurs médailles, leurs titres et leurs prébendes. Peut-être ont-ils simplement peur de nous ressembler, nous qui au prix de nos souffrances garantissons à tous ces égoïstes une vie de nababs, de rentiers et d'assistés. Il ne faut jamais croire qu'une situation est figée pour l'éternité. Quand la peur aura disparu par trop de douleur, lorsque les consciences auront gagné en liberté alors le peuple sera prêt à imaginer un autre monde. Gilets jaunes, il nous faut combattre encore et toujours, remettre sur le métier l'ouvrage à peine fini. Il nous faut aller voir notre voisin, nos amis, nos parents et leur expliquer que la résignation n'est jamais une solution à la misère. Ils seraient bien trop contents ceux qui veulent nous faire peur. Nous sommes le nombre, le peuple. Éveillons simplement les consciences de ceux qui ont peur.

Spartacus 2022

 

 

 

 

 

 

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