LREM : du « En même temps » au « Nulle part ailleurs »

« Ce n'est plus un gouvernement mais une pétaudière » pourrait affirmer haut et fort le Grand Charles. Bienvenue au monde de Guignol car en effet LREM devient un ensemble patchwork digne d'un carnaval de la cour des Miracles. Il est en état de mort cérébrale.

LREM : du « En même temps » au « Nulle part ailleurs »

Gégé est en déroute à Lyon. Il trahit dès lors son meilleur ami, le jeune et ambitieux Jupiter. Ne nous inquiétons pas, c'est une habitude chez lui dont il ne peut se départir. Le plus grave pour Macron n'est pas ce bras d'honneur venu de la capitale des Gaules mais la déliquescence lente et inexorable de son parti monté de bric et de broc. Cette traîtrise établit de façon évidente l'absence d'une colonne vertébrale idéologique autre que de réunir les opportunistes bobos de droite comme de gauche sur une seule idée politique : le libéralisme façon start-up nation. Le constat au bout de 3 ans est catastrophique aussi bien sur le plan économique, social que politique ou judiciaire pour ne citer que cela. Tout part en vrilles. La décadence est en marche. Les libertés sont muselées, l'endettement s'accroît, les fonctionnaires grognent, les hôpitaux toussent, les retraités s'affolent, les réformes inquiètent, la police éborgne, les ministres affabulent ou falsifient... et j'en passe des pires et des meilleurs. Pour un ambitieux qui voulait moderniser le pays disons que le résultat s'avère bien en dessous des prétentions initiales. Comment peut-il en être autrement avec une équipe de bras cassés ? En effet, nous avons eu droit à un porte-parole adepte de la vidéo-branlette, sa remplaçante du genre clownesque, un ministre de l'Intérieur digne fils de Franco, une ancienne Ministre de la Santé pleureuse, volubile et amnésique, son successeur falsificateur, une Ministre de la Justice désavouée par ses pairs et ajoutons à cela de multiples démissions pour des raisons plus que douteuses. « Ce n'est plus un gouvernement mais une pétaudière » pourrait affirmer haut et fort le Grand Charles. Le plus ahurissant dans toute cette affaire est l'étrange mansuétude que lui témoigne encore nombre de journalistes parisiens, à telle enseigne que certains attribuent les bons sondages liés au dé-confinement, aux mesures prises par son seul gouvernement. Ceci est une interprétation fallacieuse et une compromission indigne. Le peuple français veut simplement sortir de cette crise sanitaire de la meilleure façon possible par ailleurs gérée de triste manière. N'oublions pas non plus que Jupiter fut la coqueluche la plus adulée de la presse bobo qui n'arrive pas à admettre s'être trompée à ce point sur les capacités intellectuelles et morales d'un Rastignac à la ramasse. Qu'elle ne veut pas se dédire, passe encore, mais il y aura un moment où la vérité éclatera au grand jour et où il ne sera plus question de tergiverser. Jupiter est un président aguicheur sur la forme, désastreux sur le fond, un point c'est tout, la messe est dite, rentrez chez vous. Et savoir que ce président s'abaisse ou se résigne à contacter Bigard, humoriste pipi caca bobo, confirme un peu plus que nous sommes bien mal gouvernés. Bienvenue au monde de Guignol. Tiens, en parlant de parti, je pense que LREM, ensemble patchwork digne d'un carnaval de la cour des Miracles, est en état de mort cérébrale. Il bouge encore, il émet quelques grognements, il sursaute par instants mais avouons-le, on se demande où il est et où il va. C'est un canard unijambiste et sans tête qui tente de convaincre de son excellence. Nenni que cela. Même pas bon pour faire un canard braisé ou aux olives. On peut finalement retirer l'air de LREM pour arriver à EM car ce parti se résume ni plus ni moins à Emmanuel Macron. Sans lui, LREM est un espace vide de sens ou de non-sens pour parler plus clairement. LREM a su séduire, a su convaincre, a su promettre, a su embobiner, a su compromettre... Il a su faire tout cela pour finalement tomber dans la mouise faute de projet politique clair et cohérent. Les Élections Municipales en sont le plus bel exemple où peu de listes affichaient le logo En Marche. LREM a voulu écraser les autres, les rendre invisibles, les atomiser. Le voilà lui-même prit à son propre piège. Il va devenir ce qu'il n'aurait dû jamais cesser d'être ; un parti fantoche de droite à la solde du MEDEF avec Macron comme marionnette servile. Ce bel édifice au service d'une ambition politique néo-libérale n'attire plus. La baudruche se dégonfle et, la petite grenouille du Touquet qui se voyait plus grosse que le bœuf, explose elle aussi en plein vol. Néanmoins, il y a de quoi s'inquiéter car même si Macron est un produit marketing assez décevant pour ses créateurs, ces mêmes financiers voudront tôt ou tard retrouver leur mise de départ majorée de quelques confortables dividendes.

Au départ, LREM était un tremplin de plus pour nombre de carriéristes comme Le Drian, Ferrand ou de seconds couteaux adeptes du « En même temps » genre Castaner ou Schiappa. Arrivé au pouvoir, il est devenu au Palais Bourbon un parti godillot apte à voter les yeux fermés des lois favorables aux ministres Darmanin ou Le Maire. Les deux crises, sociales et sanitaires, l'ont rendu odieux, insupportable, voire haïssable mais surtout illisible. Les deux partis nouvellement créés à l'Assemblée Nationale, l'un à gauche et l'autre à droite, témoignent de ce désamour et de ce recentrage idéologique de certains députés godillots. Macron va se retrouver peu à peu abandonné par ses anciens amis décidés à continuer leur carrière politique loin de cet allumé narcissique. À la fin, LREM parti d'extrême centre rabougri, va réunir tous ceux qui ne pourront pas se recycler dans les anciens partis redevenus par miracle fréquentables. Il sera alors « nulle part ailleurs » c'est à dire dans un no mans land idéologique comparable au vide cosmique soit le degré zéro de toute conscience politique. Ce qui est à craindre et ce qui risque d'arriver car la vie politique a horreur du vide, est l'accession au pouvoir exécutif au cours de la prochaine élection présidentielle d'un leader nationaliste du type Marine Le Pen. Toutes les personnes ayant soutenu ou aidé Macron ainsi que celles ayant participé au pouvoir durant son mandat seront directement responsables de cet état de fait. LREM devra faire son autocritique puis disparaître faute de repreneurs. Quant aux autres partis, de droite comme de gauche, ils auront eux aussi à faire leur aggiornamento vis à vis de leurs électeurs et de la France en mal de démocratie car ils seront tenus eux aussi pour responsables.

Dernier petit point. L'application Stop-COVID que le gouvernement nous incite à installer sur nos smart-phones est assez révélatrice de l'état d'inquiétude qui règne au sein du macronisme finissant. En effet, rien ne prouve de son efficacité réelle pour combattre une reprise de l'épidémie alors que par ailleurs tout donne l'illusion d'une campagne de communication savamment organisée pour faire croire enfin que le pouvoir macronien agit. C'est vouloir se racheter une virginité à bon compte et faire oublier ses incompétences passées, ou plus simplement, nous faire prendre des vessies pour des lanternes.

Spartacus 2022

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.