La Jaunisation des esprits : de la soumission à l'émancipation.

Gilets Jaunes, nous avons, à l'image du Petit Poucet, semé derrière nous des petites graines qui ne demandent qu'à germer. Nous nous sommes répandus, ce qui inquiète Jupiter et sa bande. Dans les cours d'école ou sur les marchés, on parle des Gilets Jaunes. Nous avons investi les esprits. Nous avons jaunisé la société de notre combat.

La Jaunisation des esprits : de la soumission à l'émancipation.

Le Monde se met à résonner comme le ferait une tumultueux banda Occitane. Ce n'est donc pas une délicate musique de chambre ou un vibrant quatuor à corde mais une tonitruante fanfare composée d'un ensemble de cuivres et d'instruments à percussion. Les artistes sont venus des lieux les plus improbables et défavorisés de la planète. Ils se nomment d'un mot qui tétanise le petit bourgeois, « peuple ». La première grande répétition a eu lieu quelques années auparavant. Les journalistes et politologues de tous poils appelèrent cela, non sans une certaine condescendance, « Les Révolutions Arabes ». Les dirigeants des pays occidentaux, la France en tête, ravis de commenter et de juger ces événements s'empressèrent de parler d'un espoir immense qui ébranlait des sociétés jugées archaïques et sclérosées. Voilà que le boomerang de l'insolence et de l'incompréhension leur revient en pleine tête. Ils imaginaient sûrement que nos sociétés sous leurs tutelles étaient mieux « gouvernées » que les leurs, qu'ils étaient plus « honnêtes » que certains Ben Ali ou Boutéflika ou plus « intègres » qu'un Hosni Moubarrak. Nenni que tout cela. Les mêmes causes provoquant les mêmes effets, on peut douter largement de leur probité à porter aujourd'hui un jugement équilibré sur les dysfonctionnements de nos sociétés occidentales d'autant plus qu'ils accordaient dans le même temps toute leur confiance à ces régimes pervertis du monde arabo-musulman. Nous sommes malades, profondément malades. Il n'y a guère de différences entre un père de famille irakien ou une mère chilienne réclamant plus de justice sociale qu'entre un Gilet Jaune de Vesoul ou un réfugier yéménite fuyant les bombes saoudiennes vendues par la France. Tous ces gens malgré leur couleur de peau, leurs religions, leurs coutumes ont un seul et même désir, VIVRE. Est-ce si difficile à comprendre ? Est-ce si difficile à mettre en place ? Non, mais on veut nous faire croire le contraire. Pourquoi ?

Faisons un peu d'histoire. La république athénienne de Solon puis de Clisthène (-IV siècle) donnèrent aux citoyens dont de nombreux métèques et affranchis le pouvoir de délibération. Ainsi l'agora devint le lieu où les lois étaient approuvées ou rejetées. Le peuple, divisé en différents collèges suivant la fortune, exprimait librement sa volonté dans tous les domaines dont celui de l'économie c'est à dire principalement l'utilisation de l'argent public. Aujourd'hui, l'économie que l'on présente comme une science, a pour ceux qui la vénèrent ; des lois, des principes et donc un ensemble de règles presque intangibles et surtout bien obscures pour le commun des mortels. On parle alors de sciences économiques comme on parle de sciences physiques. Cet abus de langage permet de complexifier un domaine et de le réserver aux seuls « sachants » c'est à dire à la classe des privilégiés. Voilà comment l'agora a perdu sa fonction participative et délibérative pour être confisquée par une élite auto-proclamée. On est passé d'une démocratie par le peuple pour le peuple à une démocratie représentative qui ne représente qu'elle-même. La V république ne peut que constater dans les urnes les dégâts d'une telle façon d'agir. Le peuple se désintéresse des élections, non qu'il ne souhaite pas donner son avis mais tout simplement que son avis n'est pas respecté. Le plus bel exemple en revient au traité dit de Lisbonne.

Aujourd'hui, l'école de Chicago, celle d'un libéralisme débridé, voudrait imposer au monde entier sa vision d'une société basée sur l'individualisme, la compétition et où l'argent serait le maître étalon de toute chose. On supprime donc l'empathie, la solidarité, l'altruisme, la fraternité pour laisser place à l'égoïsme, la cupidité, l'ambition... Cette doctrine est assassine au même titre que n'importe quelle religion. J'en fais donc une religion amorale avec ses temples : Wall Street ou la City par exemple, avec ses dogmes, avec ses grands prêtres comme Milton Friedman ou Reagan, avec ses morts et ses laissés pour compte. Elle autorise sans complexe la prédation et la destruction de notre planète par une très petite minorité dont le but est de faire du profit maximum et cela sans contrainte.

Toutes les révolutions qui apparaissent depuis une dizaine d'années se dressent bien contre des systèmes politiques qui écartent des décisions sociales et économiques les peuples dans leur ensemble. Les peuples se doivent d'obéir, se doivent d'admettre qu'ils ne savent rien, se doivent de courber l'échine et d'accepter les lois iniques qu'on leur impose. C'est, que l'on veuille ou non, la servitude volontaire dans laquelle étaient plongées les classes dites laborieuses et populaires de bien des pays du monde. Ainsi que tu sois français, chilien, libanais ou algérien, ce combat est le même, celui de l'émancipation. À ce titre, les Gilets Jaunes rejettent ce monde qui consacre l'argent roi. L'argent n'est en fait qu'un Veau d'Or qui rend fou ceux qui se prosternent devant son image et asservit ceux qui se résignent trop facilement. Les Gilets Jaunes qui se disaient apolitiques sont désormais conscients de leur valeur individuelle et collective. Ils ont compris que le silence face à ce monstre obscène n'est plus possible. Un an, cela peut paraître long mais ce n'est rien si l'on souhaite changer le monde selon Clisthène. Il nous faudra encore bien des années de lutte et de peine pour terrasser l'idole et recréer une véritable société fraternelle. L'émancipation, car c'est bien de cela qu'il s'agit, se fera dans la douleur. Ceux qui détiennent le pouvoir financier, économique et aussi judiciaire et policier ne voudront jamais abandonner leurs privilèges. Soyons certains qu'ils feront tout pour nous asservir de nouveau. Leurs paroles seront parfois mielleuses, d'autres fois menaçantes. Sachons donc résister. Notre force tient de notre union. Et puis comme le thé que tu mets dans ton bol, les Gilets Jaunes ont infusé dans la société française la volonté de résister, la volonté de ne plus croire les mensonges de quelque uns. Jupiter n'est qu'un prêtre au service d'une religion amorale qui tente d'asservir à son dogme les citoyennes et citoyens de notre pays. Mettons-le dehors comme les tunisiens ont chassé du pouvoir leur président corrompu. Pour le combattre, il y a soit les urnes, ce qui peut paraître incertain, soit le fusil, ce qui peut paraître violent et aléatoire. Il y a aussi la jaunisation des esprits. Toutes nos actions depuis le 17 novembre 2018 peuvent nous paraître vaines. Non. Nous avons, à l'image du Petit Poucet, semé derrière nous des petites graines qui ne demandent qu'à germer. Le pouvoir comprend bien qu'il n'a pas écrasé notre mouvement. Bien au contraire, nous nous sommes répandus, ce qui inquiète Jupiter et sa bande. Partout, dans les cours d'école, au travail, au lycée, sur les marchés, on parle des Gilets Jaunes. Nous avons investi les esprits. Dans dix ans, dans vingt ans, on parlera encore des Gilets Jaunes et d'un triste et pathétique pantin nommé Macron. Le temps joue contre le système libéral, joue contre l'oligarchie. Continuons notre combat car il est juste. Ce que nous voulons, c'est simplement recréer malgré nos différences, une société fraternelle et solidaire.

À Henri Peňa-Ruiz, pour son bel hommage à la laïcité.

Spartacus 2022

 

 

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