Monologue d'un Baqueux. Suivi de La réalité dépasse la fiction.

À quoi peut penser un baqueux lorsqu'il se rase... À tabasser du jaune sûrement. Et voilà que la fiction dépasse la réalité. À la veille du 8 mars, Journée des Femmes, les forces de l'ordre tabassent devant les bouches d'entrée du métro. Souvenons-nous du Métro Charonne.

Monologue d'un Baqueux.

Tout seul devant sa glace, le Baqueux se rase :

« Baqueux, c'est plus fort que moi. Faut j'cogne, faut j'tabasse. J'veux les voir par terre comme des vers. Avant, il y avait les beurs, les basanés, les bougnoules comme disait mon grand-père qui s'y connaissait bien en ratonnade. J'sais de qui j'tiens. On s'en fait un plaisir de les humilier. On s'les croche à coups d'matraque dans la gueule, sur les côtes, sur les tibias. Pour qui ils nous prennent ceux là. Ils sont même pas chez eux. Ils vont pas nous emmerder quand même. Maintenant, il y a aussi les autres, ceux qui veulent un monde meilleur. Tous des fainéants avec leur gilet jaune. Heureusement, on s'laisse pas faire. Pareil, on tabasse. Et mieux ça, on les éborgne. Pas vu, pas pris. Qu'est ce que tu crois ! C'est pas les bœufs carottes qui vont nous faire chier. Eux, on les connaît. On est d'la même maison. Non, je n'risque rien. Personne ne m'a vu, personne. Aucune vidéo. Et puis elle a toujours un œil, cette conne. Elle fera moins la maline maintenant. « Nous sommes pas du même camp », il a raison le boche, « nous ne sommes pas du même camp ». J'suis sûr que le procureur va demander le classement sans suite. Sans preuve, il peut rien contre moi. Et puis, j'ne vais pas m'accuser. J'suis pas con, hein. Aucun de mes camarades l'ont fait. J'vais pas commencer. Tous ces jaunards sont des ennemis qu'il faut mater. Il devrait le comprendre le proc. Y'a pas d'autres solutions. C'est nous qui défendons l'ordre. C'est quoi l'usage excessif de la force ? Hein, c'est quoi ? On applique simplement les ordres, un point c'est tout. Avec Marine, ils vont moins rigoler. De tout'manière, on n'fait pas d'omelettes sans casser d’œufs comme dit mon chef. Cette conne n'est juste qu'un dommage collatéral... Ha ha, un dommage collatéral. Bien sûr, je n'vais pas le dire au proc, pas débile quand même. Casta, c'est comme ça qu'il voit les choses. Il raconte souvent des conneries le bourrin, mais on peut lui faire confiance, jamais il nous lâchera. Et l'autre, son boss, le Macron, il a trop besoin de lui. Si on réfléchit bien, Casta le tient par les couilles sinon, il y a longtemps qu'il l'aurait gerbé. À la fin, ouah, Marine va s'occuper d'eux. Il n'y a aucun doute là dessus. Pour l'instant, on ferm'nos gueules mais dans deux ans, tout va changer. Le Macron devant les juges, les bougnoules chez eux et les jaunards en taule. C'est comme ça que la France va retrouver son identité. Sarko n'a pas eu le courage de faire le boulot. Marine va le finir. On va épurer sévère. Faut savoir se faire respecter. Si elle me comprenait, bobonne ne ferait pas tant d'histoires. Une baffe, ça n'a jamais tué personne. Il faut qu'elle rentre sinon je vais lui montrer qui commande à la maison. Il ne manquerait plus qu'elle mette un gilet jaune comme son frère, un bon à rien, un gauchiste de merde. Elle a d'la chance de m'avoir rencontré. Mon fils mérite son père, un point c'est tout. C'est quoi cette société qui ne respecte plus rien. Les femmes d'un côté, les hommes de l'autre. Merde alors... Avec moi, si on m'écoutait, tout irait droit, et vite en plus. Y en a marre de cette chienlit. Ah, les bonnes femmes... Si on n'avait pas assez de nos week-ends de merde. Et ce juge, qui en rajoute avec ses questions débiles de savoir si j'ai touché bobonne. Est-ce que ça le regarde c'qui passe à la maison ? Il faut qu'il se calme avant que j'm'énerve. Même pas un gros bleu, juste un p'tit et encore à peine visible... alors quoi ! Pas la peine d'en faire tout un plat. Allez, ni pense plus et habille-toi. Tu vas casser du jaune aujourd'hui. C'est samedi ».

Spartacus 2022

 

 

La réalité dépasse la fiction.

Voilà ce que samedi matin, j'avais envie de dire. Ma plume n'a été dictée que par mon imagination et mon ressenti. Et voila que samedi soir, la réalité dépasse la fiction. Ils ont osé l'impensable, l'inimaginable. Oui, ils ont frappé des femmes qui voulaient à la veille du 8 mars, manifester pour leurs droits et leurs désirs de justice autant sociale que familiale. Les barbares ont encore frappé. Ils ont un uniforme et des chefs qui se nomment Castaner, Nunes, Lallement et bien au-dessus d'eux nous avons Macron, le président d'une milice nationale. Comment aujourd'hui peuvent-ils prétendre qu'ils défendent la veuve et l'orphelin lorsque leurs matraques cognent sur des grand-mères, des mères, des filles et des petites-filles ? Ils sont lâches, aussi lâches que les policiers qui le 16 et 17 juillet 1942 ont participé à la rafle du Vél d'Hiv. Nous avons une République en danger par ceux-là même qui doivent la défendre et l'honorer au péril de leur vie. D'honneur, ils n'en ont plus car à force d'obéir à leur maître, ils en oublient la plus élémentaire qualité d'un homme qui est sa dignité. Schiappa va nous jouer son rôle de prédilection, celui de celle qui dit s'émouvoir mais ne fait rien, un rôle parfait pour Tartuffe. En effet, depuis son entrée au gouvernement, elle n'est qu'une pasionaria de pacotille qui se permet de faire la morale aux autres mais ne s'applique pas à elle même ce qu'elle affirme défendre. Elle ne sert à rien et n'est utile à personne, ni aux femmes ni à la société. Si un journaliste se permettait de l'insulter en la traitant par exemple de grosse salope, je suis certain que ce journaliste serait dans les heures qui suivent, convoqué pour une audition devant un juge. Voilà que plusieurs femmes subissent des violences policières et rien ne se passe à part des paroles creuses. Voilà pourquoi ce gouvernement est un gouvernement arbitraire et de plus en plus totalitaire, voire fascisant. Ce qui m'inquiète aussi est de voir des personnes dépositaires de l'ordre public s'autoriser sans aucune justification à tabasser des femmes. De quoi ont-ils peur ? Je voudrais que leurs mères, leurs filles, leurs enfants les voient agir de la sorte. Lorsque l'un d'eux commet un acte héroïque, aussitôt il reçoit la légion d'honneur. À ceux-là même qui hier soir ont frappé des femmes, je voudrais que notre République leur retire tous leurs insignes. Ils n'en sont plus dignes. Je voudrais que leurs visages soient affichés en place publique avec leurs noms, peut-être qu'ils réfléchiraient à deux fois avant de frapper à nouveau des femmes. Ils mettent notre démocratie en danger par des actes odieux, inqualifiables. En ont-ils conscience ? J'en doute. Il faudrait leur rappeler ce qui c'est passé au Métro Charonne le 8 février 1962 lorsque la police sous les ordres de Maurice Papon, tient encore lui, ont tué 8 manifestants qui protestaient contre l'OAS. Une neuvième est décédée à l'hôpital. Voilà que la France revoit son passé réapparaître des profondeurs de son histoire nauséabonde. Le préfet Lallement est à mon goût le digne héritier de Maurice Papon, mêmes fonctions, mêmes violences. Pourtant le pouvoir peut dormir tranquille car les médias évitent de parler de cette violence policière gratuite. On préfère parler du coronavirus. Bravo néanmoins à nos médias qui défendent notre démocratie en évoquant ce sujet. Au soir du 8 mars, on annonce la libération de neuf femmes mises en garde à vue. Le féminisme n'a jamais tué personne, le machisme et la police si.

Spartacus 2022

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.