Commémoration à la Préfecture de police : catharsis républicaine.

Croyez-vous que la maman de Steeve, le fils de Zineb Redouane ou la sœur d'Adama Traoré soient moins tristes que les mamans des quatre policiers tués en services à la Préfecture de Paris. Non.

Commémoration à la Préfecture de police : catharsis républicaine.

Aucune mort n'est glorieuse et pourtant nous célébrons nos disparus, victimes d'actes de bravoure, depuis des millénaires. C'est tout à la fois une catharsis sociale contre un mal invisible et une reconnaissance du sacrifice consenti par ceux-ci au nom de la patrie. Les guerres sont d'une absurdité confondante où les hommes sacrifient leurs enfants sans penser aux douleurs à venir, aux douleurs des mères. Les stèles que nous érigeons témoignent de notre peine infinie, incommensurable mais il est trop tard. Cette peine ne peut en outre hiérarchiser les disparus en fonction de critères purement arbitraires. Ceci a toujours été pour moi une étrange manière de faire. La mère qui vient de perdre son enfant, est une mère endeuillée qui gardera toute sa vie l'image de cet enfant. Alors que ce brave ait été un civil ou un militaire, un curé ou un simple ouvrier n'a finalement que peu d'importance hormis une gloire posthume, qui peut atténuer le deuil, mais jamais l'éteindre.

Croyez-vous que la maman de Steeve, le fils de Zineb Rédouane ou la sœur d'Adama Traoré soient moins tristes que les mamans des quatre policiers tués en services à la Préfecture de Paris. Non. Leurs peines sont identiques, monstrueuses, infinies, éternelles. Voilà que Jupiter qui est en campagne pour sa réélection en 2022, ne nous voilons pas la face, joue à merveille le rôle de père de la nation. J'aurais aimé qu'il ait la même sensibilité, la même émotion pour toutes les morts consécutives à des « bavures policières ». Mais il n'a manifesté comme son ministre de l'Intérieur et son secrétaire d'État d'aucune compassion particulière. Rien. Toutes ces bavures sont autant de tâches de sang sur notre drapeau national français. Je ne fais aucune différence. Bien au contraire. La police se doit d'être irréprochable sur tous les plans et je pense que depuis le mouvement des Gilets Jaunes, elle a plus à se faire pardonner pour les violences dont elle se rend coupable que de se présenter comme une victime. La victime en ce moment, c'est le peuple des Gilets Jaunes. Steeve ou Zineb sont nos morts que chaque samedi nous honorons. Nous les portons dans nos cœurs. Il y a aussi tous nos blessés, nos amputés, nos éborgnés. Croyez-vous un seul instant qu'ils passeront pour pertes et profits d'un mouvement social. Jamais. Vous m'entendez, jamais. Nous leur devons tout le respect que nous pouvons. Pour nous, ils ont une médaille que jamais vous ne pourrez leur retirer, la médaille de la Fraternité, une médaille Nationale. Si je deviens président en 2022, je créerai une distinction spéciale pour tous ces anonymes qui ont combattu votre système oppressif, policier et judiciaire. Ils méritent tous la médaille du courage et de l'abnégation quand tant d'autres sont restés silencieux. Ces quatre policiers sont des fils de la nation au même titre que Steeve qui n'avait pas demandé à mourir dans la Loire, au même titre de Zineb qui tranquillement fermait ses volets. Vous nous avez pris deux vies innocentes. Nous aussi nous mènerons « le combat pour la justice, un combat sans relâche » au nom de « la nation toute entière ». Et n'oublie pas que depuis le 17 novembre, nous sommes « très vigilants » à dénoncer toutes les bavures policières contre le peuple que tu méprises. Vois-tu Jupiter, ce qui te sépare de moi, c'est que je serai toujours du côté de Jean Valjean et jamais du côté de Javer. C'est une question de principes et d'expérience de vie. Nous ne sommes pas du même monde et du même bois. Je suis un Misérable Gilet Jaune qui prend Cosette par la main, qui sourit à Gavroche du haut de la barricade. Macron, ce que tu pourras faire dorénavant ne rachètera jamais tes fautes passées. Tu as été arrogant, méprisant, odieux avec le petit peuple. Et le petit peuple se souviendra longtemps de toi. Au cours de cette cérémonie, tu as désigné sur un ton martial et surtout guerrier l'ennemi comme étant le fondamentalisme religieux. Je ne nie pas ce fait. Pourtant nous ne sommes pas en guerre ou alors il faudrait rompre nos relations avec l'Arabie Saoudite, pays dans lequel le wahabisme, variante du salafisme, prospère allègrement. Je pense que Marine Le Pen aurait très bien pu prononcer un tel discours car son aura auprès des forces de l'ordre est certain. En ce moment, c'est donc entre vous deux une course à l'échalote pour 2022 et à celui qui aurait les propos les plus durs envers une communauté religieuse. En filigrane, on devine que le migrant sera l'autre thème de cette future campagne. Mais personne ne paraît offusqué de cela. Il est vrai que l'intégrisme de la matraque et du gourdin prospère assez bien au sein de la police. Néanmoins, n'oublie pas que l'assassin était issu de la préfecture de Paris, qu'il s'est nourri en son sein. N'oublie pas non plus les déclarations pour le moins hasardeuses et intempestives de ton ministre Castaner qui manque singulièrement de réflexion. Pour dégrader un peu plus l'image de la police compte tenu des bavures qui s'accumulent, on ne pouvait pas trouver plus incompétent. Il sera présenté demain, et cela ne fait aucun doute, comme le pire ministre de l'Intérieur de la 5e république. Ce n'est pas un super-flic mais un super-naze. Vous faites une belle paire de, comment dire, une belle paire de... Je laisse quelques points de suspension. Chacun y mettra ce qu'il voudra.

Je trouve qu'il serait courageux, suite aux tragiques événements de la PP, que l'IGPN se montre plus efficace dans les enquêtes mettant en cause les forces de l'ordre et avant tout les baqueux dont je garde un souvenir plutôt saignant. Voilà des actes qui pourraient, si ce n'est redorer votre blason, tout au moins le montrer moins sombre. Mais cette cruelle expérience va-t-elle vous servir à quelque chose ? Va-t-elle vous rendre plus humains, plus responsables, plus diligents à faire toute la lumière sur ces affaires mettant en cause des policiers ? Et surtout à condamner ces brebis galeuses ? À toute expérience, dit-on, malheur est bon. Je doute néanmoins que les barbares arrêtent de nous gazer, de nous matraquer à moins qu'un sursaut de dignité vous fasse réagir et comprendre enfin que les Gilets Jaunes sont des hommes et des femmes tout comme vos quatre policiers assassinés. Nos douleurs ne sont pas moins estimables que les vôtres. Prenez-en conscience. Nous aussi avons des familles qui ne souhaitent pas nous voir blesser ou mourir au cours d'un droit reconnu par la république, la liberté de manifester. Nous ne sommes pas des héros, juste des citoyennes et citoyens de notre pays. Ne l'oubliez jamais.

 

Spartacus 2022

 

 

 

 

 

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