Racisme et Violences Policières : un déni social.

Le monde entier prend conscience du racisme. La démocratie qui se revendique multiraciale condamne cette pratique. Mais dans son inconscient le plus profond se cache une autre réalité inavouable et inacceptable. La police nie les vérités les plus évidentes la concernant. Jeter les menottes ne suffit plus pour crier sa colère, faut-il au moins avoir une conscience ?

Racisme et Violences Policières : un déni social.

Comment se définir autrement que par la couleur de sa peau ? Elle se voit. Elle est en apparence le premier signe distinctif qui fait de vous un homme blanc ou un homme de couleur. Je suis blanc mais est-ce assez pour me définir ? Non. Cette apparence se nomme le phénotype et caractérise la couleur de vos yeux, de vos cheveux et des tas d'autres aspects physiques qui balisent votre vie au regard des autres. Derrière le phénotype, il y a le génotype, bien plus délicat à aborder. Mon génotype ne fait pas de moi un homme blanc à 100%. Je suis d'origines diverses, européenne principalement mais aussi maghrébine et aussi chose plus extraordinaire, bantoue ou Yoroubas. Je n'ai pas choisi d'être ce que je suis. C'est ainsi. Cela tend à prouver toute la complexité des migrations humaines, des rencontres successives et des ténèbres dans lesquelles plongent les racines de votre vie. Je pourrais refuser cette réalité. Au contraire, je la fais mienne. Elle m'enrichit, me grandit, me propose d'être un humain aux multiples facettes. Et puis lorsque je me retourne, je les vois, tous mes ancêtres dont j'ignore les noms mais dont je porte l'histoire.

Aujourd'hui le monde entier prend conscience d'un phénomène inacceptable qu'est le racisme et qui touche tous les pays. L'autre, l'étranger, l'inconnu est un ennemi, un rival, un inférieur qu'il faut rabaisser, blesser, meurtrir, tuer. Bien sûr, ce n'est pas dit officiellement. La démocratie l'empêche et le condamne. La démocratie, c'est un peu le phénotype d'une société civilisés sous une forme républicaine. Ce sont les règles qu'elle se donne pour paraître ce qu'elle n'est pas toujours. Ainsi, elle se revendique multiraciale, laïque, égalitaire ou fraternelle. Mais dans son inconscient le plus profond se cache une autre réalité, son génotype social qui depuis les ténèbres de son histoire millénaire fait resurgir parfois des comportements et des actes ignobles, méprisables, infâmes. Le racisme est là comme une bête hideuse qui n'attend que l'instant propice pour faire entendre sa voix, pour encourager l'injustice.

La mort de George Floyd est un crime raciste et un acte de pure violence policière commis par un représentant de l'ordre. Le gouvernement français condamne cet acte étasunien mais a du mal à condamner les mêmes actes sur son territoire. C'est avouons-le le dilemme entre la paille dans l’œil de son voisin et la poutre dans le sien. La France, pays des droits de l'Homme, ne veut voir que ce qui l'arrange et rejette ce qui la flétrit. Il n'y a donc pas plus aveugle que celui qui ne veut pas voir. Le racisme chez nous est une sombre réalité qui plonge ses racines dans les siècles passés. Souvenons-nous du commerce triangulaire avec Nantes ou Bordeaux comme villes négrières. Souvenons-nous du code Noir du Ministre d'État Colbert. Souvenons-nous du rétablissement de l'esclavage par Napoléon. Oui, la France doit prendre sa part de responsabilité sur ce qui se passe aux USA car si la compassion est mondiale, la dette l'est tout autant. Malgré cela des journalistes et des chroniqueurs s'élèvent contre cette comparaison en affirmant qu'il y a 1000 morts par an aux USA dûs à la police alors qu'ils ne sont qu'une quinzaine en France. À cela, je leur rétorque que c'est déjà 15 morts de trop. Au temps des Expositions Universelles à Paris, on osait présenter comme des animaux de foire des êtres humains originaires des colonies. Aujourd'hui une telle vitrine serait jugée scandaleuse. C'est une question de temporalité. Dans 15 ou 20 ans, des sophismes sur le nombre de morts seront inadmissibles. Un mort par la police est un mort de trop. Une ratonnade est une bavure de trop. Il faut donc du temps pour que les consciences s'éveillent. Laissons à ces journalistes aveugles le temps de la réflexion et de l'introspection. Laissons à Christian Jacob, chef de file des LR, le temps du repentir. Dans l'immédiat, sa myopie sur la vérité le rend complice de ces actes.

Le gouvernement, devant l'indignation populaire d'un tel crime, est contraint de reconnaître qu'il existe aussi au pays de Voltaire et de Rousseau des violences policières souvent liées au racisme. Elles sont dûment référencées par des journalistes soucieux d'éclairer la sombre réalité de notre pays. Ces violences policières perpétrées par certains entachent toutes les forces de l'ordre, d'une part car elles sont constantes depuis des décennies, d'autre part car il y a une omerta inqualifiable de l'ensemble de la profession. Rares sont donc ceux qui parlent et quand ils le font, ils subissent de leurs collègues et de leur hiérarchie, de lourdes pressions. Le syndicat VIGI-Police peut en témoigner. L'IGPN, censé mener des enquêtes impartiales afin d'écarter les brebis galeuses, ne semble plus jouer le rôle qui lui est dévolu. Comment en effet peut-on être juge et partie ? Ce manque de sanctions de l'IGPN doublé d'un laxisme complaisant de la hiérarchie policière développe un sentiment d'impunité de la base qui rompt de facto le pacte républicain qui faisait de notre pays une communauté de destins. Dès lors, le harcèlement discriminatoire sous forme de contrôles aux faciès purement arbitraires vécus par des populations d'origines étrangères renforce la méfiance et la peur de ces populations. Avec le mouvement des Gilets Jaunes et un accroissement des actes de violences policières acceptés par Macron, une plus large frange de la population se sent aujourd'hui en danger face aux forces de l'ordre. C'est une véritable usure et régression de notre République qu'a provoqué Jupiter contraire aux Droits de l'Homme et qui viole la Constitution. Que cela soit le Défenseur des Droits, l'ONU ou le Conseil de l'Europe, ce constat est amèrement partagé. Notre pays n'a donc aucune leçon morale à donner à Trump. Il faut d'abord balayer devant sa porte. Il faut arrêter ce silence qui tue. Il faut arrêter ces pratiques policières qui offensent la République et déshonorent les hommes garants de nos Libertés individuelles et collectives. Il faut une tolérance Zéro.

Pour se défendre, les principaux syndicats de police répètent que ce racisme et les actes de violences qui en découlent sont rares et ne concernent qu'une infime minorité de leurs membres déniant au racisme son caractère systémique. Le déni doit s'arrêter. Le racisme se vit partout en France, de Lille à Marseille, et de Strasbourg à Brest sans oublier Vannes où sont relégués dans des ghettos Moussa et ses parents, Mustapha et sa fratrie et tant d'autres familles originaires de nos anciennes colonies brisant peu à peu le rêve français d'une communauté de destins. Ces ghettos ont finalement enfanté un communautarisme qui aujourd'hui traumatise les bien-pensants et produit un comportement discriminatoire avéré mesuré statistiquement d'où un racisme latent dans les forces de l'ordre. Ce racisme est devenu aujourd'hui leur ADN urbain. Il se devine, il se respire. Nul policier n'est obligé d'éborgner une adolescente. Nul policier n'est obligé de gazer un vieux à 10 mètres. Nul policier n'est obligé de frapper une infirmière... Nul policier n'est obligé d'insulter un arabe ou un malien et ce, qu'elle qu'en soit les raisons. Arrêtons de nier les évidences. Arrêtons de nous mentir. Arrêtez de vous mentir.

Il y a donc ce que l'on voit, un homme jeune rentré dans la police par conviction puis, au bout de quelques années une autre réalité, un homme plus vieux, désabusé, déshumanisé, rongé par le racisme. La hiérarchie est coupable, l'état est coupable, la justice est coupable, l'IGPN est coupable. Et certains, par leur silence, plus que d'autres car n'oublions pas « Le silence des bonnes personnes est plus dangereux que la brutalité des mauvaises ».

Spartacus 2022.

À Issa, mon camarade de classe du collège Jean Zay, Saint-Gratien.

https://www.franceculture.fr/emissions/la-question-du-jour/la-police-doit-elle-se-reformer

à lire « La police en démocratie » de Sébastien Roché (criminologue) aux Éditions Grasset

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