Mode de vie à la sauce commission européenne

Peut-on ou doit-on définir un mode de vie européen ? Ursula von der Leyen, membre du PPE classé à droite sur l'échiquier politique, tente par ce large intitulé « Migrations et de la Protection du mode de vie européen » de racoler la droite identitaire. Le jeu est-il dangereux ?

Mode de vie à la sauce commission européenne

Peut-on ou doit-on définir un mode de vie européen ? Cette question m'agace et me replonge des années en arrière lorsque notre cher Sarko se croyait obligé à des fins électorales de créer un Ministère de l'Identité Nationale. Il voulait plaire à une partie des français et par ce fait niquer l'extrême droite nationaliste et xénophobe. Peine perdue, Marine et consorts sont rentrés dans les cœurs et dans les esprits de nos concitoyennes et concitoyens. Le ver est dans la pomme et, il n'est pas prêt d'en sortir, au grand dam de Chirac amateur de ce fruit et qui ne voulait pas en son temps de compromission avec l'extrême-droite. Et lorsque l'on parle de pomme, on peut tout à la fois évoquer des européens illustres comme Newton, Guillaume Tell mais aussi pour faire plaisir à Ursula von der Leyen, cheffe de la commission européenne, parler d'Adam et de sa douce et tendre compagne Eve sortis tous deux nus d'un livre pour enfants, La Bible. Voilà où veut nous entraîner von der Leyen lorsqu'elle nomme le grec Margaritis Schinas commissaire chargé des Migrations et de la Protection du mode de vie européen, car derrière cet intitulé pour le moins tendancieux se cache en réalité la volonté de faire du judéo-christianisme l'unique source culturel de l'Europe et cela au mépris d'apports extérieurs non moins enrichissants. Elle joue avec le feu. Il est certain qu'un jour il faudra en payer le prix. J'entends déjà au fond des villages maltraitées par la mondialisation le bruit des bottes de tous les nationalistes revanchards. Ils sont là, ils nous guettent. Ils attendent leur heure. L'Europe n'est pas unique au sens culturel du terme. Elle est un sujet pluriel, multiple. Et d'abord, sait-elle elle-même où commence le mode de vie européen ? Commence-t-il avec les grecs d'Homère, les gaulois de Vercingétorix, les romains de Sénèque ou de Pline l'Ancien, les germains de Clovis, la Renaissance du Titien ou bien avec le siècle des Lumières de Voltaire ? Doit-on oublier Averroès, Kant, Shakespeare ou Dante ? Il faut savoir qu'à chaque génération, de nouveaux acquis enrichissent la société. On ne vit pas en 2020 comme l'on vivait en 1950 et l'on ne vivra pas en 2080 comme aujourd'hui, ne serait-ce que par le dérèglement climatique. En agissant ainsi, Madame van der Leyen, et avec elle l'Europe, prouve qu'elle est devenue paresseuse en prenant les thèses de l'extrême-droite comme base de réflexion ainsi que le dénonce Amnesty International. Nous allons contre les valeurs humanistes du siècle des Lumières, contre les valeurs que certains européens défendent sans relâche depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Lier Migration et Mode de vie européen n'est donc pas simplement une erreur sémantique mais une erreur morale et intellectuelle, un renoncement à nos valeurs qui envoie un message inquiétant à tous les démocrates. On n'arrêtera donc pas le fascisme par lâcheté et complaisance vis à vis d'une partie de la droite européenne adhérente au PPE en utilisant un intitulé racoleur et pernicieux.

Comment définir une civilisation ? Est-ce la langue, la religion, la musique, l'habillement ? Où commence-t-elle ? Où s'arrête-t-elle ? Les questions sont vastes et n'arrêteront jamais d'enflammer les esprits. Par exemple, l'arabe est la troisième source orthographique dans la langue française. Les mots comme jupe, carafe, azimut, alchimie, algèbre ou encore henné, fakir, razzia, calife, maure, bézef le prouvent. Tout évolue qu'on le veuille ou non. Il en est de même avec la gastronomie française qui n'aurait pas cette immense renommée sans la tomate, la pomme de terre ou l'aubergine originaires d'Amérique ou bien sans les épices d'Asie. Même le basilic, traditionnel dans la cuisine méridionale, nous vient de là-bas. Et si on rentre dans le domaine musical, il est évident que les influences sont encore plus impressionnantes. L'histoire du Jazz qui débutent avec les workers-song, esclaves dans les champs de coton américain, pour aller vers le rock en passant par la bossa-nova nous le démontre. On prend rapidement conscience que les migrations ne touchent pas uniquement les personnes mais aussi les mots, les idées, les vêtements, l'alimentation, la musique. La liste n'est pas exhaustive car tout migre. Ce qui dérange les réactionnaires qui ont une vision à court terme de la société, c'est l'étranger qui viendrait lui manger son pain, lui voler sa maison, lui prendre son travail, lui imposer sa religion. Les réactionnaires n'ont aucune vision à long terme de la société. Ils sont simplement nostalgiques du temps passé. Ainsi, qu'ils soient religieux comme les salafistes ou laïc comme les fascistes, leur monde est simplement réduit à un petit périmètre d'où ils ne sortent jamais mais par contre ils souhaitent imposer leurs élucubrations à l'ensemble de la société. Leurs ennemis sont tous les étrangers, ceux qui mangent différents, ceux qui parlent différents, ceux qui pensent différents et bien évidemment ceux qui prient un dieu différent. À ceux-là, je voudrais rappeler que le christianisme et l'islam sont des religions abrahamaniques tout comme le judaïsme. Elles sont parentes, sœurs ou cousines. Mais l'ignorance est toujours source de conflits. Je ne dis pas que les migrations ne posent pas d'énormes problèmes. Non, je dis que de les voir uniquement comme une invasion sans en connaître les causes serait une idée désastreuse. En effet de tout temps les hommes ont migré, du sud au nord et de l'est à l'ouest. Les causes aujourd'hui sont à rechercher dans les conflits que nous avons enfantés comme la guerre du golfe, sont à rechercher dans nos modes de vie égoïstes, sont à rechercher dans la destruction de notre planète. Les causes sont donc multiples et malheureusement nous en sommes pour une très grande partie, nous occidentaux et européens, responsables.

Revenons à Ursula von der Leyen. Elle est membre du PPE classé à droite sur l'échiquier politique. Elle tente donc par ce large intitulé « Migrations et de la Protection du mode de vie européen » de se rallier une composante à la droite de la droite du PPE ; la droite identitaire. C'est une sorte de racolage politique comme l'avait fait avant elle Sarko. On voit aujourd'hui les effets que cela a causé à l'UMP puis aux Républicains. Ils sont recroquevillés, agonisants, moribonds. Mieux vaut l'original que la copie se diront les électeurs. Eh oui, Ursula joue avec le feu. Si elle pense rassurer les européens de la sorte, elle se trompe. Si elle pense faire peur aux migrants, elle se trompe encore. Elle se trompe sur toute la ligne. Je dirai même que Macron est son complice pour avoir souhaité ou favorisé sa nomination. Le venin de l'extrême-droite se diffuse dans tout l'espace européen et voilà maintenant qu'il infuse dans les institutions bruxelloises. Les institutions deviennent réactionnaires au mépris d'une valeur profondément européenne ; l'humanisme des Lumières. Tout penche à droite. Tout, même la commission.

Ce soir, je mange un couscous avec Diego et son amie Frida puis nous irons danser sur de la musique tzigane chez Elliott. Bonne soirée à tous.

 

Spartacus 2022

 

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