Quand les chiffres du chômage ne riment pas avec humanité.

L'annonce des chiffres du chômage ne sont pas uniquement une querelle d'expert mais le reflet d'une idée de la société entre mercantilisme ou humanisme. Pour ma part j'ai choisi l'humain d'abord

Quand les chiffres du chômage ne riment pas avec humanité.

Je ne suis ni journaliste ni économiste encore moins communiquant. Je suis et demeure un citoyen engagé qui je l'avoue essaie d'avoir sur le monde et notre pays une approche humaniste et non mercantile. Mercredi 14 août 2019 aux Informés sur France-Info à 20 heures, j'ai pu constater la différence qu'il existe entre une personne soucieuse de rentabilité et de profit d'une autre personne sensible au bonheur de son prochain. Pour cela, il suffisait d'écouter l'échange entre Judith Vintro du Figaro et Jean-Michel Ribes, directeur du Théâtre du Rond-Point, au sujet des chiffres du chômage. Il est navrant de constater que Judith Vintro analyse platement ces chiffres sans y mettre la moindre once d'humanité. Derrière ces chiffres qui se voudraient rassurants pour le gouvernement, il y a des familles, des vies, des misères et beaucoup de souffrance. Pour Judith Vintro du Figaro, journal de droite et pro-business, exprimer de la compassion s'avère donc une tâche difficile voire insurmontable ce qui a choqué notre directeur de théâtre qui s'irrite visiblement d'une telle inhumanité. Je retrouve pour une fois l'homme de Gauche et de culture qui un temps donnait quitus à Jupiter pour ses trompeuses actions. Jupiter est bien de droite et n'envisage nullement un tournant social de sa politique sauf à vouloir berner son monde.

Revenons aux chiffres du chômage. Il baisse de 0,2 % diront les pro-business sans dire tout d'abord que seule la catégorie A est touchée par cette affirmation. Ils laisseront de côté la catégorie B, c'est à dire celle où le chômeur a exercé une activité réduite de moins de 78 heures, et la catégorie C qui comptabilise les chômeurs ayant travaillé plus de 78 heures dans le mois. Je ne sais pas si les chômeurs classées B et C se satisfont de cette distinction entre A, B et C car comment peut-on vivre dignement avec un 1/2 SMIC ou guère plus . À signaler que ces deux catégories B et C n'ont cessé de voir leur nombre de chômeurs progresser passant pour le première de 285 000 en 1996 à 771 000 en 2019 et pour la seconde de 338 000 en janvier 1996 à plus de 1 450 000 en mars 2019. Voilà une autre réalité moins glorieuse pour Judith Vintro qui démontre une plus grande précarisation des travailleurs depuis 1996. Ces chiffres valident malheureusement celui du nombre croissant de personnes vivants sous le seuil de pauvreté soit une augmentation de 500 000 personnes en dix ans. J'ajouterai que cette précarité touchant de nombreuses familles est un autre facteur d'inégalité pour leurs enfants désirant continuer leurs études dans le supérieur.

Je voudrais signaler que cette baisse du chômage, moins forte en France que dans les autres pays européens, n'est pas à mettre directement comme on aimerait nous le faire croire, au compteur du CICE ou de son successeur. Ces mesures fiscales depuis 2013 nous coûtent annuellement 20 Mrd d'euro. Si on fait un rapide calcul de la dépense en € par emploi créé, on ne peut que constater un échec cuisant de ces mesures. Le compte n'y est pas tant le coût est élevé. Ces mesures en réalité ne sont que des cadeaux faits aux entreprises à l'image de grands groupes dans la distribution (Carrefour ou Auchan) qui au lieu d'embaucher suppriment des emplois mais empochent l'argent. Il est aussi à noter que la suppression de l'ISF dont le but était de favoriser l'investissement des plus riches vers les entreprises ne s'est pas produit donc créations nulles d'emploi de ce côté là. Des études le prouvent aujourd'hui et de manière indéniable. Les riches et ultra-riches se comportent donc comme de véritables égoïstes, cupides et amoraux. Je dirais même qu'ils agissent à la manière de parasites ; ils prennent à la collectivité sans rien lui donner en échange.

Je ne sais pas ce que l'on enseigne dans les écoles de journalisme ou ce que l'on exige pour intégrer un grand titre comme Le Figaro mais il me semble qu'un minimum d'esprit critique est nécessaire pour exercer ce métier sans négliger d'y introduire une once d'humanité et de compassion pour ses semblables. Je me doute que ces deux ingrédients ; humanisme et compassion ne sont pas équitablement répartis chez tous les homo-sapiens. « On ne juge bien qu'avec le cœur » disait le poète qui incarne son temps. Il semblerait donc que cet organe d'amour, indispensable à la beauté du monde, ait parfois quelques ratés ou quelques absences chez le sapiens boursicotus qui adopte facilement le veau d'or comme emblème.

J'en viens maintenant à la substance de ce billet. On peut faire dire aux chiffres ce que l'on veut selon que l'on ait le cœur à droite ou à gauche. Je vous l'accorde mais il est quelque chose de plus irréfutable que les chiffres, c'est le langage et les mots que l'on utilise au quotidien. Cela s'appelle la sémiologie ou plus précisément « l'étude des signes ». Judith Vintro, que je ne connais pas, utilise toujours le même vocabulaire et s'interdit par contre d'utiliser certains mots comme bienveillance, empathie, générosité, amitié, tendresse qui doivent visiblement lui écorcher la gorge. Ce n'est pas le cas de Jean-Michel Ribes qui a toujours une parole aimable envers les plus précaires. Jupiter a lui aussi des difficultés comparables à prononcer ces mots qui ne font pas partis de son corpus idéologique de financier. Et quand il ose, cela sonne faux, terriblement faux. Être journaliste s'est à mon avis ouvrir sa focale, ouvrir son cœur, son humanité. C'est analyser le monde selon de multiples critères dépassant ses propres dogmes. Toujours parler de résultats, de bénéfices, de productivité, de bourses ou de CAC40 fait référence au monde de l'argent et démontre un esprit mercantile réduit MonsignOR à un tiroir caisse en plomb. Les simples chiffres du chômage ne résument pas donc une société. Il faut derrière ces chiffres y voir des visages sombres, des parcours de vie semés d'embûches. Il faut y voir des sommeils agités ou des repas très déséquilibrés trouvés au Restos du Cœur ou au Secours Populaire. Je crains que Judith Vintro n'ait qu'une vague idée de comment peut-on vivre avec moins de 1000 € par mois, qu'elle n'ait jamais ressenti la faim ou le froid, qu'elle n'ait jamais eu peur de voir arriver l'huissier pour une expulsion... Ou bien a-t-elle fini par l'oublier ? Derrière les chiffres du chômage, il y une France qui peine, qui souffre, qui pleure, qui désespère de cette France arrogante et prétentieuse dont la seule vision du monde se résume à « les pauvres, démerdez-vous, le chômage baisse ». Oui, madame Vintro, je suis gauchiste et fier de l'être, je suis Gilet Jaune et il m'arrive en vous écoutant parler, comme si vous aviez quelques graviers de dédain dans la bouche, de me dire que la lutte des classes est une cruelle réalité. Nous ne sommes pas pareils. Nous vivons sur deux planètes différentes. Alors ces 0,2 % de baisse ne représente pour moi qu'une illusion, une entourloupe supplémentaire de votre SeignOr et maître, Jupiter.

 

Spartacus 2022

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