COVID-19. Soutien à Farida, une infirmière courageuse.

Les soignants ne réclament aucune médaille. En revanche, sur celles des forces de l'ordre on peut graver « Molochs, forts avec les faibles et faibles avec les forts ». Le geste de Farida est un geste de désespoir mais aussi de courage. Pour moi, elle est une héroïne, une combattante, une princesse du quotidien.

COVID-19. Soutien à Farida, une infirmière courageuse.

Il y a quelques jours encore, des millions de françaises et de français vous applaudissaient. Vous étiez des reines, des princesses, de belles personnes qui avez manifesté envers vos semblables humains autant de bienveillance que de courage face à un virus et à un état défaillant. Mardi, nous étions des centaines de milliers dans plus de 200 manifestations à vous dire merci, à vous témoigner notre reconnaissance. Celle de l'état se fait toujours attendre pour la simple raison que le Ségur de la santé s'apparente plus à une arnaque monstrueuse qu'à un véritable dialogue. Nous étions beaucoup à Nantes mais pas assez cependant. Je ne peux m'empêcher de repenser à cette phrase « Le silence des bonnes personnes est plus dangereux que la brutalité des autres ». Trop de personnes se contentent en effet d'applaudir mais ne bougent pas de leur petit confort douillet. Elles regardent simplement pensant que leurs deux mains suffisent à changer le monde. Non, deux mains ne suffisent pas. Il faut les pieds, le corps, la tête... Il faut se tenir debout, les uns près des autres et marcher ensemble, cœur contre cœur. Il faut se soutenir, s'entraider, simplement faire corps avec les premiers de corvées qui ont risqué leur vie et celles de leurs familles. Se réfugier chez soi devant sa télé est aussi criminel que la COVID car, sans un soutien de masse de la population envers les soignants, l'état se montrera le plus ingrat des employeurs. Ainsi, il commence à manifester son mépris en offrant les primes sur des critères tout à fait discutables comme le temps de présence, le service ou la localisation de l'hôpital. Ces critères divisent aussi bien le personnel soignant que le personnel administratif. Diviser pour mieux régner pourrait-être la devise de Véran, ministre de la zizanie. Mardi, j'étais heureux sous la pluie. Elle ne noyait pas ma joie de vous retrouver, elle l'inondait de sa transparence. Nous étions ensemble, soudés, forts. Nous étions un peuple de citoyens. Bien sûr, nous étions aussi surveillés, espionnés, écoutés car parmi nous l'état avait envoyé ses sbires prendre la température du corps social. Nous avons marché, chanté, hurlé notre colère pour un monde meilleur. Dans la ville, les chevaliers de la mort, tout de noir vêtus, gantés, masqués, nous encadraient tels des molochs prêts à fondre sur leurs proies. Devant la préfecture, l'affrontement ne pouvait qu'avoir lieu car deux réalités s'affrontaient. D'une part une jeunesse insoumise, anticapitaliste, anarchiste et rebelle, et de l'autre l'ordre dans ce qu'il y a de plus rigoureux et impitoyable. Mais ce que l'on voit n'est pas toujours la réalité.

Souvenons-nous du week-end précédent où à Dijon les forces de l'ordre, si promptes à montrer leurs muscles, à éborgner une adolescente ou à matraquer un vieux, se sont faites très discrètes lors d'affrontements musclés entre deux bandes lourdement armées. Vous n'étiez plus que l'ombre de vous-mêmes attendant des conditions plus favorables pour réapparaître. Vous étiez terrorisées, liquéfiées, aussi transparentes que la pluie qui nous tombait dessus mardi après-midi. Des pétochards n'auraient pas agi différemment laissant des populations affolées seules face au danger. Cependant, d'autres situations vous permettent de redorer votre blason passablement terni. Oui, quand il s'agit d'appréhender à plusieurs une redoutable criminelle en blouse blanche par les cheveux, on vous voit alors retrouver ce qui vous a fait défaut les jours précédents ; votre courage. Allez les molochs, soyez fiers de vos valeurs, vous êtes les dignes héritiers des miliciens qui, du Chili de Pinochet à l'Espagne de Franco, obéissaient diligemment à des ordres tout à fait discutables. Que fait Marlène Schiappa ? Les soignants, à l'image de Farida, cette infirmière révoltée contre l'injustice et l'inaction de l'état sous la coupe macronienne, ne réclament aucune médaille. En revanche, je vous rassure, vous aurez chacun la vôtre où sera gravée ce qui vous caractérise assez bien « Molochs, forts avec les faibles et faibles avec les forts » en raison de votre travail bien accompli au mépris de votre dignité. Encadrez-la, montrez-la, lustrez-la, un jour elle pèsera de tout son poids sur votre conscience de simple citoyen. Cette femme mérite mon respect. Je la soutiens. Son geste, aussi fou soit-il, montre le désespoir dans lequel le pouvoir a plongé tous les soignants. Elle a fait simplement ce que des milliers d'autres soignants et premiers de corvées n'osent pas encore faire. Pour moi, elle est une héroïne, une combattante, une princesse du quotidien. Molochs, prenez exemple sur elle.

Pourtant, je ne serai pas tout à fait objectif si je ne parlais pas de vos rares, très rares camarades CRS qui ont posé leur casque au sol pour ensuite applaudir des soignants. Ceux-ci ont fait preuve d'un courage certain face à leur hiérarchie. Merci mais est-ce que 3 casques de CRS au sol peuvent sauver l'honneur des forces de l'ordre quand presque 20000 des leurs sont membres de groupes sociaux à tendance xénophobe et raciste. La réponse est définitivement non. Cependant, cette image insolite prouve qu'on ne peut pas toujours désespérer de simples molochs. Je rêve donc d'un jour où, parés de leur dignité, ils mettront tous un genou à terre devant une infirmière en blouse blanche, refusant d'être les supplétifs d'un pouvoir arbitraire. Sauver la nation nécessite parfois de désobéir aux ordres. Vous en avez le droit et même le devoir. Pour cela, je vous incite à lire Hannah Arendt qui mieux que moi parlait de la servitude volontaire et de tous ces hommes prêts à obéir comme des esclaves assujettis au pouvoir. Pour conclure, je dirais que vous devez être au service de la nation toute entière et non au service d'une caste plus empressée à défendre ses intérêts particuliers qu'à protéger le bien commun. Faut-il au moins en avoir conscience ? Vaste question là encore. Et encore Merci à Farida.

Spartacus 2022

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