Plumergat dans le Morbihan, une défaite honorable.

Les élections municipales dans un petit village du Morbihan ont-elles été impartiales ? L'échec de nos idées est peut-être la victoire tragique du conformisme.

Plumergat, une défaite honorable.

Il y a des défaites honorables qui ne doivent pas faire oublier les enjeux démocratiques, sociologiques et écologiques du combat mené. Notre équipe était volontaire, énergique, animée d'une volonté à toutes épreuves pour préparer notre commune à des enjeux cruciaux qui affectent et affecteront directement les générations futures. Le constat est amer, nous avons échoué à faire valoir ces idées. Il y a inévitablement des erreurs de stratégie qui nous sont imputables. On pourrait, pourquoi pas, accuser le COVID-19. Ce ne serait pas là son moindre défaut. Mais non, nous avons été simplement un peu trop optimistes. On ne change pas aussi facilement des habitudes ancrées dans un village par un simple coup de baguette magique. Il aurait fallu labourer le territoire au moins depuis une année, rencontrer les gens, discuter avec eux, leur expliquer qui nous étions, les éclairer sur nos projets et les bénéfices que pouvait en attendre notre communauté. Cela n'a pas été fait par manque de temps. Je le regrette car il me semble évident que la majorité au conseil municipal, nouvellement élue, continuera d'appliquer une politique de rentier » qui à terme va accentuer cette impression de cité-dortoir en zone rurale. L'autre erreur que je regrette, est notre naïveté à croire nos adversaires exempts de tous reproches. Ce ne fut pas le cas. Ils nous dénigrèrent sans faire preuve d'aucune retenue mettant leur dignité dans leur poche et leur mouchoir par dessus. Selon leurs propos, nous étions infiltrés par des citoyens de la pire espèce ; des Gilets Jaunes. Je suis l'un d'eux et j'avoue que mon combat pour la défense des services publics trouve dans la situation catastrophique des hôpitaux sa raison d'être. Il me semble en outre ne pas avoir vu beaucoup d'élus de Plumergat devant l'hôpital Chubert à Vannes pour soutenir leur mouvement de grève. Donc entre les actes et les paroles, un fossé existe. Je déplore aussi les faibles mobilisations à cette époque des français et des françaises. Fort heureusement, les choses changent Les fonctionnaires ne sont donc pas des fainéants comme on aimerait nous les présenter mais des personnes essentielles à la bonne marche de l'état.

Là ne s'arrête pas là leur indignité. Ils abusèrent avec un zèle tout démocratique de la presse papier en diffusant la dernière semaine des élections, via leur correspondant, différents articles au mépris de toute forme d'équité. Ces articles non signés comme dans le Télégramme parlaient d'un chemin pédestre qui partant du lieu-dit Nivaro irait au bourg de Plumergat en passant par le Pont Golec. Ces articles laissaient croire que la paternité de cette réalisation en revenait à l'équipe municipale. Il est à signaler que les correspondants et les journalistes du Télégramme et du Ouest-France ont signé une charte de bonne conduite leur interdisant toute diffusion d'articles si des proches ou des membres de leur famille participaient de loin ou de près à la campagne électorale. Je vois que le respect de cette charte est problématique pour ne pas dire suspecte. Devant cette partialité caractérisée, certains seraient tentés par l'indulgence ou la bienveillance ce qui n'est pas mon cas. Il faut savoir rendre coup pour coup. Nous ne sommes pas en effet dans une cour de récréation avec des bisounours mais dans une arène où il faut se battre pour que triomphent et, nos idées écologiques et, nos aspirations démocratiques. Dire qu'il ne faut pas s'abaisser à leur niveau revient à leur laisser le champ libre. Souvenons-nous d'Azincourt et de l'héroïsme de la chevalerie française. Et l'on sait ce qui est advenu de tous ces nobles chevaliers héroïques. Ils passèrent de vie à trépas. Et les Anglois se retrouvèrent à Paris. Avoir des pudeurs de gazelle est un luxe que je ne me permets pas. Avoir été militant à Frère des Hommes, être adhérent à Utopia56 ou membre actif au Cap des Possibles est une chose. Vouloir changer la vie d'une communauté villageoise demande d'autres sacrifices. Cela exige de prendre des risques quotidiens et surtout, de mettre les mains dans le cambouis sans avoir peur d'être désagréable. On ne peut plaire à tout le monde. Il faut simplement l'admettre et ne pas se cacher derrière son petit doigt.

La liste sortante agit à la manière d'un clan qui ne supporterait pas d'être contesté. Nous avons des idées à faire valoir, nous avons d'autres projets, d'autres ambitions. Plumergat n'est pas une propriété privée avec son clocher et son coq qui, sous couvert d'antériorité, coqueriquerait du matin jusqu'au soir devant une assemblée soumise. Je ne vais pas m'autocensurer pour plaire ou complaire, pour appâter ou trahir. Ce ne sera jamais le chemin que je prendrai. Au contraire, il faut parler avec franchise tout en restant courtois. Le seul juge de mes actes sera donc ma conscience alors je me bats pour ce que je crois juste. La phrase d'Erich Kästner (1899-1974) « Seuls les enfants sont mûrs pour les idéaux » me convient très bien. Si je perds mes idéaux de jeunesse, je mets déjà un pied dans la tombe. Je m'y refuse. Je vis à Plumergat et il me semble que chaque citoyen a le droit mais aussi le devoir de dire ce qu'il désire pour sa communauté. C'était le but de notre liste citoyenne et participative. Aujourd'hui, compte tenu des enjeux climatiques, notre devoir est de proposer un autre chemin plus respectueux de la vie. Si ces idées nouvelles dérangent la liste sortante, gageons qu'elle saura en tenir compte. Pourtant, qui mieux que nous pourraient les mettre en œuvre. Les deux réunions publiques de la liste sortante, auxquelles nous avons assisté, étaient tristes, mornes. Les colistiers affichaient des mines déconfites et le COVID-19 n'y était pour rien. Nous leur faisions peur, pardon, nos idées leur faisaient peur. Oui, la nouveauté fait peur. Ils ne sont pas prêts à prendre un chemin de travers. Je suis de gauche, écologiste et insoumis. Je suis un citoyen engagé qui n'a peur que d'une chose ; que le situation climatique par lâcheté s'aggrave.

Au soir du premier tour, nous avons constaté notre défaite. Ce n'est pas l'échec de nos idées mais la victoire tragique du conformisme. Néanmoins, je savoure une petite victoire, mince mais réelle, qui me va droit au cœur, celle d'avoir entendu une colistière de la liste adverse reconnaître qu'elle s'était trompée de liste. Elle avouait à demi-mot que nous défendions des idées humanistes, fraternelles, justes et surtout prometteuses d'avenir. Je tiens à lui dire merci mais aussi que l'erreur est humaine. Au cas où le Conseil Constitutionnel annulerait les élections dans leur ensemble, il serait judicieux qu'elle refuse de participer un nouvelle fois à une comédie en lui rappelant simplement que si « Errare humanum est », « perseverare diabolicum ». Oui, persévérer dans son erreur est diabolique.

Spartacus 2022

 

 

 

 

 

 

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