Macron et Poutine : deux frères de lait qui se visitent.

Qu'il est consternant d'entendre des chroniqueurs sur des radios nationales se faire les chantres du gouvernement. Malheureusement, Poutine et Macron se sont guère différents dans la gestion de leurs oppositions...

Macron et Poutine : deux frères de lait qui se visitent.

Qu'il est consternant d'entendre des chroniqueurs sur des radios nationales se faire les chantres du gouvernement. Lundi 19 août 2019 à 8h15 sur France-Inter, Anthony Bellanger s'est étonné que l'on ose comparer la situation des Gilets Jaunes en France et les contestations qui ont lieu en Russie en faveur de la démocratie et contre le pouvoir poutinien. Pour lui, les deux situations ne sont pas comparables. Et bien moi, j'ose affirmer que ces deux mouvements sociaux et démocratiques sont parfaitement comparables. Je ne veux pas dire par là que Jupiter et Poutine sont identiques. Non, leurs parcours et leurs histoires sont bien différentes. Ce qui l'est moins s'est leur volonté d'être les représentants d'un système arbitraire qui n'accepte pas une opposition qui oserait les contredire. Il leur faut, d'une manière ou d'une autre, museler les esprits libres, les emprisonner, les ficher, les priver de certaines libertés ou pire, alourdir les sanctions pénales par des juges inféodés au pouvoir. Poutine le fait selon les méthodes russes issues du KGB comme l'utilisation du poison ou des arrestations préventives de milliers d'opposants. Jupiter le fait selon des méthodes de plus en plus coercitives et parfaitement arbitraires car comment justifier toutes ces arrestations préventives ressemblant à s'y méprendre aux méthodes russes. Les chiffres des blessés, des amputés, des éborgnés et des personnes en garde à vue ou simplement arrêtées pour porter un gilet jaune parlent d'eux-mêmes. Un rapport de l'ONU cite par exemple l'usage des LBD considéré comme arme de guerre ou une violence policière hors de contrôle. Anthony Bellanger feint d'ignorer ces avertissements mais reconnaissons néanmoins qu'il n'est pas le seul à souffrir d'amnésie. Pour que sa mémoire soit un peu moins défaillante ou partisane, je lui conseille de consulter certains sites ou bien de se rapprocher de David Dufresne, journaliste comme lui qui a fait un travail remarquable sur les violences policières. Les victimes sont toutes recensées ou presque. Blessé moi-même à la cuisse par la BAC lors d'un samedi de manifestation à Rennes, je peux témoigner de cette violence gratuite. Je citerai aussi Gaspard Glanz ou Alexis Kraland. Ce qui me pose question, c'est ce manque d'impartialité de la part de journalistes qui se croient autorisés, selon mon humble avis, à courtiser le président. Cela me fait penser au chroniqueur précédent, Bernard Guetta qui, après avoir quitté la Maison Ronde, s'est retrouvé quelques mois plus tard sur la liste européenne de Jupiter. J'ai trouvé cela scandaleux et montre à quel point l'impartialité et la déontologie journalistique se conjuguent facilement avec girouette et opportunisme. Je pense qu'Anthony Bellanger suit la même conception « audacieuse » de son métier. Peut-être devrait-il se rapprocher de Sibeth Ndiaye qui avoue sans la moindre once de culpabilité pouvoir mentir pour Jupiter. Je pense que leurs compétences mutuelles feraient merveilles au service du Palais. D'autre part, ces journalistes prompts à commenter l'actualité me rappellent le sketch de Coluche expliquant que descendre une ou deux marches du perron de l'Élysée correspondaient à telle ou telle signification politique. Coluche résumait ainsi ce vide par « quand on a aussi peu à dire, on se la ferme ». Pour faire simple, la conférence de presse entre Jupiter et le Tsar Poutine s'apparente à un numéro de cirque, ni plus, ni moins.

 

Maintenant un peu d'histoire. De Gaulle a affirmé au cours d'une conférence de presse donnée en 1958 qu'il n'avait plus l'âge à soixante sept ans, de commencer une carrière de dictateur. Trop vieux sûrement, trop vieux et trop intelligent pour s'y risquer. Je prétends pour ma part que Jupiter à tout l'avenir pour y prétendre. Il a la jeunesse, l'ambition, les rênes du pouvoir, et chose plus grave selon Hannah Arendt, des personnes dociles et soumises qui ne peuvent ou ne veulent pas désobéir aux ordres. Ces personnes sont aussi bien de petits fonctionnaires zélés ou des grands commis de l'état que des journalistes ou de simples communicants. Après avoir constaté la fragilité de sa politique suite au Mouvement des Gilets Jaunes, Jupiter tente de nous expliquer que celle-ci n'est pas comprise uniquement par un manque de pédagogie. Ah bon... le peuple n'est donc pas assez intelligent pour comprendre les « idées complexes » qui viennent d'en haut. Pour remédier à cela, Jupiter utilise une fois encore les médias et plus précisément les journalistes et chroniqueurs capables de relayer la bonne parole jupitérienne. A-t-on déjà vu dans une démocratie un président expliquer que le peuple a besoin de pédagogie à moins de croire que le peuple dans son immense majorité ne doit pas avoir d'idées opposées au pouvoir, pire qu'il est incompétent voire illettré. En ce qui me concerne, je résume cela par la « tentation totalitaire d'un apprenti dictateur ». D'autres despotes tout aussi éclairés avaient moins de scrupules et parlaient de « rééduquer le peuple » pour qu'il pense mieux et bien. Jupiter s'imagine sûrement que depuis l'Olympe, des mots mielleux semblables au Nectar des Dieux pourraient par miracle annihiler les maux du peuple. Il se trompe et avec lui les journalistes, les chroniqueurs et tous les inféodés silencieux décrit par Hannah Arendt car ils écartent, certains par vanité d'autres par ignorance, le bon sens populaire dont le peuple est encore pourvu. Je signale que la plupart des Gilets Jaunes ont gardés leur esprit critique. Cette visite de Mr Poutine restera dans l'histoire comme un moment de pure communication dont le but essentiel était de redorer le blason d'un homme en perte de vitesse. Jupiter a couru derrière Angela, derrière Donald, derrière Theresa, derrière Poutine... Il va continuer inlassablement à courir durant les deux ans qui lui restent à présider. Si une chèvre pouvait lui faire gagner quelques points de sondage, son orgueil et sa vanité lui dicteraient de courir derrière. Il serait néanmoins dommageable pour la démocratie et notre pays que certaines personnes par intérêt l'accompagnent dans une démarche suicidaire.

Pour finir, je voudrais dire que les médias en ce moment vivent des heures difficiles. Bien sûr, certains de mes amis Gilets Jaunes n'ont pas été très aimables avec nombre de vos confrères. Ils les ont molestés ce que je regrette infiniment. Je tiens à ce que les médias de notre pays restent indépendants, honnêtes et impartiaux. Néanmoins, on se doit de reconnaître que les attaques les plus impardonnables viennent de l'état jupitérien. En effet passer sous silence la perquisition de Médiapart, les convocations devant des juges de journalistes afin de connaître leurs sources et d'autres affaires mettant en cause l'indépendance de la presse indiquent la vraie nature de ce pouvoir. J'ose affirmer que Macron suit le même chemin que le président hongrois, Viktor Orban qui ayant commencé à gauche est devenu un nationaliste proche de la droite dure. Voilà où nous entraîne Macron et je trouve donc déplorable que sur des radios nationales, des chroniqueurs fassent le lit d'un pouvoir illibéral. Un jour, si rien n'est fait pour stopper une ambition démesurée, le tsar Poutine invitera au Kremlin le roi Macron. J'espère seulement qu'Anthony Bellanger comprendra alors toute la portée d'une chronique qui se voulait rassurante. Mais il sera trop tard pour se plaindre.

 

Spartacus 2022

 

https://www.ricochets.cc/Gilets-jaunes-bilan-provisoire-des-morts-et-blesses.html

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