Gilets Jaunes et pouvoir d'achat, les raisons du 17 novembre

Gilets Jaunes et pouvoir d'achat, les raisons du 17 novembre Au matin du 17 novembre 2018, un vent de colère s'est levé sur la France. Le peuple d'en bas demandait uniquement de vivre de son travail. Le mot d'ordre était simple : le pouvoir d'achat. Cette colère profonde résultait de la hausse du prix du carburant. Un an plus tard, retrouvons ce qui a fait notre force.

Gilets Jaunes et pouvoir d'achat, les raisons du 17 novembre

Au matin du 17 novembre 2018, un vent de colère s'est levé sur la France. Il y avait, les pour et les contre, mais une majorité du peuple décida de se solidariser du mouvement et ce, malgré de sérieuses difficultés de circulation. Ce n'était pas la Pologne de Leich Walesa, du syndicat libre Solidarność et des grèves générales de 1980, mais le pouvoir et les élites françaises prirent peur devant ces millions de gilets jaunes affichés sur les tableaux de bord comme des cris de révolte. Le mot d'ordre était simple : le pouvoir d'achat. Cette colère latente, invisible et profonde résultait de la hausse du prix du carburant, un motif qui semble aujourd'hui anodin ou dérisoire. En effet, il est consternant de voir que si le prix des hydrocarbures n'a pas vraiment baissé depuis cette date, le peuple a dans sa grande majorité renoncé à se battre. Il s'est résigné mettant sa dignité dans son mouchoir. Cela ne veut pas dire pour autant qu'il n'est pas capable d'un sursaut d'orgueil. Je l'espère, je le souhaite. Je ne crois pas à l'intelligence collective qui ferait que des millions de cerveaux rendraient une société meilleure. Je crois par contre au bon sens populaire, celui qui tient aux tripes, qui vous secoue, qui provoque chez le citoyen anonyme un sentiment d'injustice. Le 17 novembre au matin, le peuple d'en bas demandait uniquement de vivre de son travail. Il n'y avait pas autour des braseros des illettrés ou des fainéants, non, il y avait des gens ordinaires, des petites gens aux vies simples qui n'arrivaient pas à finir le mois, qui se demandaient pourquoi malgré toutes mes souffrances endurées je suis méprisé par un homme froid, arrogant et inhumain. Cet homme a pris peur, pas assez néanmoins pour changer sa politique économique et sociale, ce que certains médias proches du pouvoir voudraient nous faire croire. Non, rien n'a vraiment changé hormis un discours aseptisé et hypocrite.

Le bon sens populaire se moque pas mal de toute les théories économiques censées expliquer les crises sociales, boursières ou financières. Il se moque de savoir qui est Keynes, Ricardo, Malthus ou Lehman Brothers. Le bon sens populaire ce sont des sentiments, des impressions, du vécu, des passions et des jugements qui ignorent les courbes et les pourcentages, qui se fout comme de sa première chemise du CAC40 ou du Dow Jones. Le bon sens populaire, c'est l'ouvrier de chez Michelin que l'on licencie ; c'est l'aide-soignante de l'EHPAD qui rentrée chez elle pleure toute seule ; c'est le travailleur pauvre qui couche dans sa voiture... Le bons sens populaire, ce sont ces millions de chômeurs, de précaires, de retraités pauvres ou des gens qui se suicident quotidiennement car ils ne peuvent supporter une vie devenue difficile. Voilà le bon sens populaire. Pourtant derrière ces millions d'injustices ordinaires, il y a qu'on le veuille ou non des intérêts financiers colossaux qui sont responsables très directement de ces injustices. Voilà donc où se rejoignent le bon sens populaire et la soi-disant « science économique » qui n'a de science que de nom. Pour faire simple disons que la richesse créée annuellement par un pays serait un immense gâteau que se partageraient plusieurs entités comme l'état, les citoyens et les entreprises. Il y a plus de quarante ans, la part du gâteau réservée au citoyen sous forme de salaires, de primes ou d'intéressements représentait un certain pourcentage de ce gâteau. La part consentie à l'état sous forme d'impôts directs ou indirects permettait d'établir un budget annuel réparti soit en dépenses de fonctionnement ou d'investissement. Le troisième tiers que recevait les entreprises était en partie redistribuée aux actionnaires sous forme de dividendes. Tout cela fonctionnait à peu prêt normalement durant les trente glorieuses sauf que Reagan aux USA, Thatcher en Angleterre associé à l'effondrement de l'URSS ont changé les règles du jeu. Pour faire simple, disons que l'état a cessé d'être le régulateur ou l'arbitre des règles sociales, politiques et économiques abandonnant ce rôle aux entreprises ou plus précisément aux multinationales. Depuis lors, la part du gâteau consentie aux travailleurs a considérablement baissé tout comme celle de l'état alors que celles des multinationales a crû de manière inconsidérée. Voilà pourquoi les salaires stagnent dans notre pays et contribue à l'accroissement de la pauvreté. Voilà pourquoi l'état investit moins dans les écoles, les hôpitaux et les services publics en général, d'où un sentiment d'abandon généralisé des services de proximité. Voilà pourquoi les multinationale engrangent année après année de colossaux bénéfices redistribués sous forme de dividendes à leurs actionnaires qui sont les véritables vampires du système. Voilà pourquoi tant d'injustices ont provoqué le Mouvement des Gilets Jaunes, simplement car le bon sens populaire a réveillé un sentiment profond d'inégalité. Toute la société est perdante, salariés mais aussi les commerçants, les artisans ainsi que certaines professions libérales. Seuls les riches, ultra-riches et tous les gros rentiers voient leurs profits et superprofits croître alors que le pouvoir d'achat de l'ensemble de la population décroît. Jupiter est le laquais de ces vampires qui sucent sans état d'âme, années après années, toutes les richesses créées par la France. Notre pays est pour eux une poule aux œufs d'or qu'ils dépouillent en accaparant des pans entiers de notre économie d'où les privatisations en cours d'ADP, de la Française des Jeux et de nombreux barrages. Bien avant cela, il y a eu Alstom, les services de l'eau, EDF-GDF, les autoroute et j'en passe. Toutes ces ventes au privé, c'est moins de recettes pour l'état et donc moins de services publics. On s'appauvrit en bradant notre patrimoine.

Le 17 novembre 2018, c'était bien le pouvoir d'achat qui était la principale revendication des Gilets Jaunes. En outre, cette colère faisait vaciller un système politique qui n'autorise plus un partage équitable des richesses seule condition pour une augmentation des revenus des salariés et des non-salariés comme les retraités. Cette exaspération sociale désignait indirectement les multinationales-vampires comme coupables exigeant qu'elles arrêtent de nous voler, de nous exploiter, de nous spolier et ceci avec l'aide d'un gouvernement corrompu. Lorsque chacun aura compris que le sort d'une infirmière, d'un instituteur, d'un pompier ou d'une simple ouvrière d'usine sont intimement liés, alors ce seront des millions de Gilets Jaunes, artisans, commerçants, salariés, retraités, étudiants qui se lèveront pour plus de justice sociale. Je le répète, il n'y aura pas de paix sociale sans justice sociale. Les deux sont liées depuis que l'homme refuse d'être un esclave.

Il y a en France d'innombrables ONG comme Green Peace, Sea Shepherd, WWF, OXFAM, Transparency Internationale, ANTICOR et maintenant Extinction Rébellion qui œuvrent dans différents domaines où elles ont acquis une certaine efficacité. La force des Gilets Jaunes c'étaient son action horizontale et fraternelle dans un domaine plutôt de luttes sociales. Au fil des mois, il se peut que notre mouvement confronté à des tiraillements internes et qui sait, à de forts ego, se soit un peu trop dispersé. Il serait donc bon que le 17 novembre 2019, nous retrouvions notre âme de Gilet Jaune ce qui n'est en aucune manière le renoncement à d'autres combats, ce que je fais à titre personnel en tant que militant associatif et politique. Ce jour là, nous avons besoin de tout le monde, de tout ceux qui ont été humiliés, frappés, cognés, matraqués par ces barbares envoyés par Castaner au nom des vampires afin qu'ils conservent leurs rentes. Nous devons sérieusement penser à notre démocratie car une question fondamentale me vient à l'esprit sur cette exigence de pouvoir d'achat : est-ce la richesse des hommes qui a engendré la démocratie ou l'inverse ? En termes simples : ne pas augmenter le pouvoir d'achat de chaque citoyenne et citoyen, ne va-t-il pas nous conduire à une dictature par l'argent dont nous voyons aujourd'hui les prémices ? Notre combat est donc à plus d'un titre un combat républicain pour la liberté, l'égalité et la fraternité. Je ne sais pas si nous aurons les pompiers parmi nous, mais après ce qu'ils ont lâchement subi par une milice d'état, je pense que nous pouvons tous nous retrouver sur un dénominateur commun qui est la lutte contre un système injuste, violent et arbitraire. J'invite donc tous ceux et toutes celles qui ont été humiliés durant ces longs mois de lutte et de résistance à nous rejoindre.

Le 17 novembre 2019, soyons tous unis, un et indivisible.

Spartacus 2022

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