Plumergat dans le Morbihan. Et si l'on revotait...

Les Municipales ont été un échec pour Macron. La crise sanitaire va-t-elle lui permettre d'annuler ces élections ? Si oui, il nous faudra être plus offensif et moins agréable car vouloir changer le monde demande autant de courage que de détermination. Il faut donc savoir nommer les choses au risque de se fondre dans la masse.

Plumergat, et si l'on revotait...

L'impensable n'est jamais qu'un rêve un peu fou. La France connaît sa deuxième semaine de quarantaine et on nous annonce déjà quatre semaines supplémentaires. Qui aurait pu prédire cela en janvier ou en février ? Peu de monde assurément. Pour certains, cela va ressembler à un véritable cauchemar surtout pour les victimes de violences familiales. Heureusement pour moi, mon chien, un vockdhal breton pur beurre, se réjouit de me voir rester à la maison. La crise sanitaire a donc parfois des effets positifs. Je crains néanmoins que cela ne soit qu'un mirage. Après le massacre de Charly Hebdo, l'état d'urgence s'est imposé comme indispensable. Il ne devait durer que le temps nécessaire. Il a fini par rentrer dans le cadre commun de la loi dite « Loi de sécurité intérieure ». Le gouvernement, suite au COVID-19, nous impose son « état d'urgence sanitaire ». J'ai bien peur que dans le régime présidentiel qui est le nôtre, le pouvoir n'en profite pour l'étendre et inscrire certaines mesures dans une loi ordinaire. N'oublions jamais que le parlement est aux mains du pouvoir exécutif et ceci par l'intermédiaire de députés godillots. N'oublions jamais aussi que l'opinion publique face à une crise effrayante engendrant une peur panique est favorable à des mesures strictes, voire liberticides. Voilà en quelques lignes vers quoi l'on peut aller. L'engrenage est plausible. Ce serait la violation de nos libertés tant individuelles que publiques et un boulevard vers l'arbitraire. Cette tentation du pouvoir n'est donc pas à exclure. Ce qui n'est pas aussi à écarter serait le fait d'annuler tout simplement les élections municipales du 15 et 22 mars 2020. Le Conseil Constitutionnel, plus haute instante de la République, y pense. Est-ce que cela me réjouit ? À vrai dire, je n'en sais rien. En revanche, pour le pouvoir où ces élections ont été un échec, il peut escompter sur un retournement de l'opinion publique en sa faveur. Dans l'immédiat, sa gestion de la crise sanitaire paraît chaotique. Je citerais par exemple l'impossibilité pour le gouvernement de faire des tests de dépistage au motif qu'ils seraient inutiles alors qu'en réalité nous ne disposions pas du nombre suffisant de tests. Ce qui est vrai aujourd'hui, peut s'avérer faux demain. Tout gouvernement, surtout quand il se dit disruptif à la mode Napoléon III, espère se maintenir au pouvoir. Et oui, le pouvoir rend aveugle. Alors, si le temps entre le premier tour pour les quelques 5000 communes qui auront à voter pour un second tour est trop long, le Conseil Constitutionnel annulera de facto les élections. Et de nouveau, nous serons appelés à voter. Le roi est mort, vive le roi. À Plumergat, commune rurale à tendance conservatrice, cette situation serait inédite. Je suis certain que notre ancien député Philippe Le Ray, plus prompt à faire la poule à l'Assemblée Nationale qu'à croire réellement aux vertus de l'écologie, serait légèrement contrarié. Je dis légèrement car la victoire de sa liste au premier tour n'est pas à contester. Il espère réitérer sa victoire. En revanche, il faudrait remobiliser notre liste pour un nouveau duel. Je parle de duel car cela serait bien deux visions de la société qui s'opposeraient, d'un côté une gestion à l'ancienne où immobilisme se confond avec routine et de l'autre une gestion inscrite dans son époque où écologie se conjugue avec une démocratie participative. N'ayons pas peur d'afficher le plus clairement possible nos idées et nos intentions. Nous n'avons rien à perdre car que serait notre poids dans un conseil municipal où siégeraient quatre élus de notre liste ? Leur poids serait nul. Ils ressembleraient plus à des tigres de papier qu'à une véritable force de propositions. Ne nous berçons d'aucune illusion. C'était, si je me souviens bien, les propos d'un de mes colistiers qui ne savait pas ce qu'il ferait dans un conseil dominé par la liste sortante et parlait déjà de démission. Ce défaitisme de mauvais aloi m'a un peu choqué. Il nous faut donc, suite à notre sympathique campagne, expliquer davantage nos différences qui sont sur le plan politique et sociétal, je me répète, en totale divergence avec la liste sortante. Ne soyons pas mous mais forts, ne soyons pas réservés mais courageux, ne soyons pas hésitants mais déterminés. Qu'avons nous à perdre ? Pas grand chose. Alors osons dire que nous sommes contre une société égoïste, individualiste, productiviste, une société où il est plus facile de parler de « justice sociale » assis dans sa grosse berline allemande que d'aller devant un hôpital apporter son soutien au personnel en grève. Et comme disait mon grand-père de Tizi-Ouzou « il faut mieux être détesté pour ses idées, que flatté pour ses trahisons ». La vigilance n'est pas un luxe mais une nécessité morale.

Macron applique en France une politique comptable et libérale tout le contraire d'une politique d'anticipation. On en voit les effets pour le moins désastreux tant dans le domaine de la santé que celui des politiques publiques avec de nombreuses fermetures de services de proximité. À Plumergat, notre commune a tendance à suivre cette même logique attentiste à courte vue et cela depuis des décennies. Le résultat aboutit à une commune rurale peu dynamique, assoupie, endormie. Ce constat est réel et unanimement partagé. Là ne s'arrête pas mes critiques. Souvenons-nous des législatives 2017 où Philippe Le Ray, président de la communauté de commune (AQTA), désirait recevoir l'investiture d'En Marche pour sa réélection. Si cette tentative avait réussi, pensez-vous que Philippe Le Ray qui préfère donner la gestion de l'eau au privé que créer une régie de service publique, cracherait aujourd'hui dans la soupe macroniste ? Il en est de même de Sandrine Cadoret, tête de liste et colistière de P. Le Ray, qui peut se vanter d'avoir Jean-Michel Lassalle, agent général d'assurance, parmi ses relations. Ce candidat LREM à la mairie d'Auray est l'archétype du politicien ambitieux. Macron se cache donc partout, même là où on ne le soupçonne pas. Cette France inscrite dans l'attentisme nous conduit vers une société incapable de changer son logiciel de gouvernance. La prise en compte de la transition écologique avec de telles personnes n'est pas crédible. Ce sujet ne supporte aucune hésitation ou temporisation. Tout le monde peut le comprendre. Une cantine bio, oui, tout de suite. Des chemins pédestres, oui, sans attendre. Il y a toujours de bonnes raisons pour remettre à demain ce que l'on pourrait faire le jour même. La vie de nos enfants n'est pas une question qui supporte le moindre embarras. Osons dire tout haut ce que nous murmurons tout bas sinon devenons tous des autruches.

Ce sont quelques exemples qui me permettent de dire que la liste conduite par Sandrine Cadoret est à mille lieues des préoccupations les plus importantes pour notre avenir et notre commune. Je n'ai pas à être un gentil petit garçon, bien sage, bien poli. Au contraire, il faut savoir s'opposer en toute intelligence à toute forme de passéisme, d'attentisme ou de carriérisme version Philippe Le Ray. Plumergat n'est qu'un petit village mais il s'inscrit dans un maillage territorial qui doit permettre de changer la vie de nos concitoyennes et concitoyens. Montrons leur que nous savons défendre nos idées quitte à déranger, à provoquer, à brusquer. Alors si demain, l'on doit revoter, je ne ferai aucun cadeau, aucun compromis vaseux qui aille contre mes idées. Je serai tel que j'ai toujours été, dérangeant mais sincère et le cœur vaillant.

Spartacus 2022

 

Phrases à méditer de mon amie Anne, musicienne et Gilet Jaune : « Nous ne sommes pas les témoins d'un monde qui se meurt mais les prophètes d'un monde qui s'annonce ». Et elle ajoute « Les gens ont plus peur de la fin du capitalisme que de la fin du monde ». Bisous.

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