Transition : l'impossible débat.

J'entends nombre de politiciens, de journalistes... nous dire que si l'heure est grave, rien n'indique que nous soyons réellement en danger imminent. Nous sommes, en ce qui me concerne, face à un iceberg et nous fonçons droit devant car ceux qui nous gouvernent sont simplement des incompétents et des fous incapables par pur dogmatisme de changer de cap.

Transition : l'impossible débat.

La transition est, comme son nom l'indique, le passage d'un état vers un autre état. Cette transition peut se faire de manière graduelle ou bien de manière plus rapide. Tout dépend évidemment des conditions initiales et des raisons de cette transition qui peuvent être impératives car vitales ou simplement imposées par de pures croyances politiques ou religieuses. Quand on parle transition en 2019, il est évident que l'on parle de transition écologique mais résumer cette absolue nécessité à ce simple terme serait une erreur profonde et un crime pour les générations futures. La transition doit être écologique, peu de monde le conteste mais aussi économique, sociale et philosophique car il ne suffit pas de peinturlurer les réverbères et nos maisons de vert pour que nous sauvions notre mode de vie. L'affaire ne se résume donc pas à un pot de peinture mais à une refonte totale et irréversible de nos consciences, de nos dogmes, de nos certitudes. Voilà où l'affaire se complique car nos chères élites, plus enclines à suivre le cours du dollar et du yen qu'à suivre les recommandations du GIEC, ne proposent uniquement que des réformettes qui ne sont pas à la hauteur du problème. Rassurez-vous, si l'on prend comme échelle de temps 24 heures pour les 3,5 milliards d'années que la vie est sur notre planète, l'espèce humaine n'est là que depuis les 5 dernières secondes, c'est à dire peanuts. Si nous disparaissions, à l'échelle du temps nous ne serions qu'un épiphénomène ou bien, pour faire court, le battement d'une aile de papillon. L'espèce humaine joue en ce moment sa survie et rien d'autre. Oubliez votre fonds de pension, le broche en or de mamy ou le compte épargne de l'oncle d'Amérique, tout cela ne représente rien au regard de la vie.

La grande majorité de nos dirigeants actuels a cru que la chute du mur de Berlin les autorisait à imposer au monde un système économique néo-libéral. Ils se sont imaginés être les super héros d'un combat entre le capitalisme et le socialisme sous leurs différentes formes. Bien sûr à la fin du film selon eux, Karl Marx se voyait botter le cul par Donald Reagan et Margaret Thatcher. Là où l'affaire se complique c'est que malheureusement le film n'est pas encore fini. Cela serait trop beau. Voilà que dame nature réclame son dû, voilà qu'Éole se rebiffe, voilà que Zeus fait trembler la terre, voilà que Poséidon envoie tempêtes sur tempêtes sur nos côtes provoquant tsunamis et ouragans. Karl Marx aurait-il signé un pacte avec les dieux ? Non, c'est tout simplement notre folie qui nous entraîne vers les abysses de notre démesure. La transition écologique demande donc bien plus qu'un coup de peinture. Il faut oublier le système capitaliste et productiviste que nous idolâtrions depuis des décennies. Notre monde est en agonie et avec lui tout un mode de pensée dont Macron est l'héritier. Il est le fils de Néron et à ce titre il est le principale responsable de ce système dogmatique qui refuse de voir la réalité en face. Cinq secondes que nous sommes à peine arrivés et déjà nous jouons notre survie. Arriverons-nous à la sixième seconde ? J'en doute fortement. Adieu mes vacances aux Seychelles, ma belle voiture décapotable et ses 12 litres au cent, adieu mes bonus et mes dividendes. Adieu panthères des neiges, lagopèdes et gorilles. Nous sommes vos exterminateurs.

J'entends nombre de politiciens, de journalistes, de commentateurs, de communicants, tous profitant allègrement du système, nous dire que si l'heure est grave, rien n'indique que nous soyons réellement en danger imminent. Bien sûr, lorsque l'on mange du homard, que l'on boit du Pomerol et que son niveau de vie est plus que confortable, on ne veut pas croire que le désastre frappe à la porte. J'entends le capitaine du Titanic réclamant aux passagers inquiets de garder leur calme tandis que l'orchestre continue de jouer une valse lente, la dernière valse pour nombre d'entre eux. Nous sommes face à l'iceberg gouverné par des incompétents et des fous incapables par pur dogmatisme de changer de cap. Nous fonçons droit devant la mort, les cloches sonnent et la valse doucement s'arrête pour laisser place au silence. Un à un, les musiciens périssent à leur tour dans les eaux froides de notre inconscience.

La transition doit être totale, irréversible et rapide. Elle doit être aussi intellectuelle, philosophique et morale. Tout le reste n'est que pipi de chat, broutilles et mensonges. Je vois « La liberté guidant le peuple », tableau d'Eugène Delacroix, comme une allégorie au chemin que nous devons prendre. J'imagine toute l'audace qu'il faut pour renverser les dogmes qui pendant trop longtemps ont amené notre planète dans l'impasse actuelle où elle se trouve. Il n'y aura pas de frontières pour éviter le désastre, pas de refuges imprenables et plus de vérités infaillibles. Nous sommes tous dans le même bateau à désirer une seule chose, survivre. Il ne me fait aucun de doute que les plus riches espèrerons encore sauver leur mode de vie, sauver leur compte en banque mais je tiens à leur rappeler que les billets de banque ne se mangent pas en salade et que les lingots, aussi beaux soient-ils, ne savent pas nager. Les premiers de cordée de Jupiter doivent rapidement prendre conscience que Donald Reagan a perdu la partie, que Warren Buffet est devenu has been. Comment sera le monde de demain ? Je n'en sais rien. Je sais simplement qu'il n'aura rien de commun avec notre monde actuel. Je sais que le temps perdu ne se rattrape guère ce qui veut dire que tous les zigzags intellectuels pour éviter de prendre des mesures drastiques aujourd'hui est du temps de perdu. Il y a quelques jours, nous fêtions les 30 ans de la chute du mur de Berlin. Cette fête n'avait pas les mêmes couleurs qu'il y a 10 ans. Le peuple sent confusément que le monde change dans sa globalité. Le peuple a peur. Ainsi le climat devient anxiogène au simple motif que Jupiter et les autres dirigeants élus des pays libres n'ont aucune vision du monde de demain, aucun plan précis. Ils sont comparables au capitaine du Titanic. Ils foncent dans la nuit sans penser une seule fois au danger qui les guette. Ils n'ont pas cette faculté intellectuelle de penser autrement que PIB, FMI, G20, OPEP, Dollar ou Davos... Leur structure de pensée est simplement formatée pour le monde d'hier. À Biarritz, le G20 qui nous a coûté 36 Millions d'euros, n'a apporté finalement aucune solution. Avec la COP21, si l'espoir était grand, les résultats finaux apparaissent aujourd'hui bien maigres compte tenu qu'elle n'a pas pour les états signataires de valeur contraignante. Faire de beaux discours est une chose, agir en est une autre. Jupiter correspond très bien, malgré ce qu'il veut faire croire à ce genre, d’apparatchik du néo-libéralisme incapable de penser contre lui. Le Prince de Salinas disait « Il faut que tout change pour que rien ne change ». Voilà Jupiter, un parleur, un bonimenteur et surtout un incapable pathologique. Il remue des concepts, émerveille ses fans, éblouit les banquiers mais quant à faire un bilan de son action nationale, je dois avouer que la balance, compte tenu du climat social et des mouvements sociaux, est largement en sa défaveur. Il lui manque cette faculté indispensable qui est de penser contre soi, de pouvoir simplement se remettre en cause. L'orgueil est un vilain défaut et Jupiter en est largement pourvu. Voilà pourquoi la transition écologique tant espérée devra encore attendre au risque de compliquer le chemin pour un véritable changement.

Spartacus 2022

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