Quelle gouvernance pour le sport après l'onde de choc provoquée par la FIFA?

La Commission européenne a tenu, au travers des propos du Commissaire en charge des sports Tibor Navracsics, une position ferme ce mercredi 3 juin 2015, en appelant à la mise en place « d’un système solide de bonne gouvernance à la FIFA ». 

 

Gouvernance du sport : entre autonomie et priorité politique

La gouvernance des organisations sportives est fortement marquée par le principe d’autonomie. Celui-ci est d’ailleurs au cœur du rapport « L’autonomie du Sport en Europe » rédigé par Jean-Loup Chappelet pour le compte du Conseil de l’Europe. Les institutions comme la FIFA édictent ainsi leurs propres règlements et définissent leur fonctionnement interne.

Si ce mode de gestion ne conduit pas directement à la corruption, il est en tout cas identifié par de nombreux experts – notamment Transparency International dans son rapport « La corruption dans le sport : une réalité » – comme un facteur facilitant fortement la mise en place de pratiques néfastes.

La multiplication des « affaires » et « cas » avérés de corruption et manipulation dans les institutions sportives a poussé le monde politique à s’emparer de cette problématique, et à en faire une nouvelle priorité forte, notamment au niveau européen.

La réaction de la Commission européenne sur la démission de Sepp Blatter s’inscrit en effet dans une nouvelle dynamique, notamment initiée par le Conseil de l’Europe en 2007 et la mise en place de l’APES (Accord Partiel Élargi sur le Sport) visant à fournir une nouvelle plateforme transnationale de collaboration sur ces questions clés pour l’intégrité, l’économie et la pérennité du sport.

Dans cette même logique, l’Union Européenne (UE) a fait de la lutte contre ces phénomènes une priorité politique essentielle de son premier programme dédié intégralement au sport, le chapitre « Sport » d’Erasmus+. Elle a également mis en place deux groupes d’experts sur les thématiques « Bonne gouvernance » et « Match-fixing », groupes d’experts au sein desquels Sport et Citoyenneté occupe une place de membre.

 

Ainsi, si Tibor Navracsics considère essentiel le « respect du droit des fédérations sportives à se gérer elles-mêmes », il n’hésite plus à ajouter « qu’après tant d'occasions ratées (…) je crois que nous devons soutenir un changement fondamental ».Cette prise de position de la Commission traduit une véritable montée en puissance de la problématique «  gouvernance des organisations sportives » au sein de l’UE.


Des collaborations renforcées comme solution potentielle

Le milieu du sport a également pris conscience de ce besoin en interne, et il ne s’agit donc pas d’y voir une quelconque « ingérence » du politique dans le sportif. L’UEFA a ainsi déjà pu s’appuyer sur l’UE à plusieurs reprises, notamment concernant le système des transferts et le  « Fairplay Financier ». Borja Garcia relatait cette évolution des relations entre l’UE et l’UEFA dans un article « UEFA and the European Union: From Confrontation to Co-operation? ».

La FIFA entretient quant à elle des rapports moins avancés que son homologue européen avec l’UE. Ceux-ci sont beaucoup moins enclins à un réel partenariat de fond, et demeurent des relations de fait – notamment en raison des activités de la FIFA au sein de l’Espace Économique Européen (EEE). Les réunions entre les deux institutions se font rares et donnent souvent lieu à des désaccords, principalement en matière de réglementation sur les transferts et régulation de la profession d’agent. Rappelons enfin que l’UE n’est pas membre de la FIFA et qu’aucun partenariat officiel n’existe à ce jour.

La FIFA s’est néanmoins peu à peu ouverte, notamment à Interpol en 2011, consciente des limites de son système actuel.

 

Cette notion de collaboration et d’intervention d’acteurs extérieurs était un élément fort avancé par le Professeur David Forrest dans la revue « Sport et Corruption » du think tank Sport et Citoyenneté (n°27, été 2014).

Il est d’ailleurs intéressant de noter que cette idée est très similaire aux solutions  traditionnelles de lutte contre la corruption déployées dans d’autres domaines, avec par exemple la mise en place de comités de déontologie et/ou l’intervention d’experts extérieurs.

À côté de ces éléments classiques, il est également possible d’imaginer des solutions plus spécifiques au sport, comme la responsabilisation des sponsors ou la mise en place d’une « Agence mondiale de lutte contre la corruption dans le sport » sur le modèle de « l’Agence mondiale antidopage » crée en 1999 et qui semble avoir participé à une vraie amélioration de la situation.

Ainsi, de nombreuses pistes de travail existent et sont proposées. C’est notamment ce que rappelait le groupe d’experts européen « Bonne gouvernance » dans son tout premier rapport en 2014 : « Des solutions et propositions existent, il s’agit dorénavant d’implémenter pratiquement et concrètement ces éléments ».

L’existence de ces pistes démontre une nouvelle fois que l’ouverture de l’organisation et de la gestion du sport ne doit pas être vécue comme une sanction, mais bien comme un travail commun et nécessaire vers une amélioration de la gouvernance du jeu. A tel point que cette demande de collaboration émane aujourd’hui des institutions sportives elles-mêmes, conscientes des limites actuelles de leur fonctionnement. L’engagement progressif de l’UE sur cette thématique doit servir de tremplin à cette évolution.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.