L’égalité des genres dans le sport : la misogynie comme dernière barrière ?

Entre l’Euro de Football organisé en France et les JO de Rio, 2016 sera une année riche en grands événements sportifs. Mais quelle sera la place faite au sport féminin ?

A l'occasion de la journée internationale de la femme, le Think tank Sport et Citoyenneté dresse un état des lieux sur la condition de la femme dans le milieu du sport en Europe, tant au niveau de sa médiatisation, de son accès aux postes à responsabilités ou encore de son nombre de licenciées dans les diverses fédérations.

 

            Comme le prouvent les derniers chiffres officiels, le sport féminin poursuit son développement doucement mais sûrement. Si les femmes sont de plus en plus sportives (+ 11% entre 2000 et 2010) et le nombre de licenciées beaucoup plus élevé (+13% pour les femmes contre 5,8% pour les hommes de 2008 à 2012), les stéréotypes ont néanmoins la vie dure. Dans son livre paru en 2012, Le sport, dernier bastion du sexisme ? , la journaliste et membre de Sport et Citoyenneté, Fabienne Broucaret explique notamment que la misogynie dans le monde du sport est encore bien présente aujourd’hui. Du fondateur des JO modernes, Pierre De Coubertin, pour qui « une Olympiade femelle » était impensable, impraticable, inesthétique et incorrecte, au tennisman français Gilles Simon, pour qui le tennis féminin est moins intéressant à regarder que son homologue masculin, tout en passant par le footballeur suédois Zlatan Ibrahimovic, vexé lorsqu’on le compare à Lotta Schelin, l’une des meilleures joueuses de football féminin au monde, la mentalité du sport masculin semble bel et bien être une des barrières les plus difficiles à franchir. En Europe, seul 10% des femmes occupent actuellement une fonction d’entraîneuse ou de dirigeante dans les instances influentes du sport. De plus, seul 8% des Européennes sont membres d’un club sportif.

karine-fauconnier © Muriel Franceschetti karine-fauconnier © Muriel Franceschetti

La médiatisation du sport féminin comme solution ? 

Selon une enquête menée par Sport et Citoyenneté en 2012, la médiatisation accrue des événements sportifs féminins tend à désinhiber les femmes et à favoriser aussi bien leur pratique sportive que leur accès aux postes à responsabilité. La solution serait donc d’augmenter aussi bien la diffusion d’événements sportifs féminins que la couverture médiatique du sport féminin. A l’échelle mondiale, seul 11% des « interview-portraits » sont consacrés aux femmes et seulement 8% des articles sportifs sont signés par des femmes. Pourtant, bon nombre d’Européens semblent être demandeurs d’une « féminisation médiatique » du sport. En France, une enquêteconjointement menée par Repucom et Sport et Citoyenneté en août 2015 montre que 47% des Français sont  favorables à davantage de sport féminin à la télévision. Les audiences télévisuelles prouvent d’ailleurs cette tendance avec comme référence, le match entre la France et l’Allemagne en quart de finale de coupe du monde de football féminin qui a rassemblé quelques 4,1 millions de téléspectateurs, soit 25% des parts de marché.

Cette lutte contre les disparités en termes de couverture médiatique, c’est également un des cheval de bataille de la Commission européenne qui, dans le cadre de sa stratégie 2014-2020 sur «l’Egalité des genres dans le Sport », a défini trois objectifs pour 2020 : une augmentation de la couverture médiatique du sport féminin de 30% (avec l’objectif à long terme de 40%), une balance des genres équitable du personnel travaillant dans les départements « sport » des médias (ce qui équivaut à augmenter de 30% la présence féminine) et une diminution des stéréotypes sexistes véhiculés dans les médias sportifs. Des objectifs honorables et ambitieux, néanmoins difficilement atteignables car dénués de toute valeur contraignante. 

En 2013, la Ministre française des Sports, Valérie Fourneyron, demandait un élargissement du décret TSF (« Télévision sans frontière ») pour y intégrer plus d’événements sportifs féminins. Pour rappel, le décret TSF (2004) est la transposition nationale de la Directive européenne du même nom adoptée en 1989 et révisée en 2007, qui visait à garantir l’accès des téléspectateurs aux grands événements sportifs sur les chaînes non-payantes. Parmi les grands événements sportifs féminins mentionnés dans le décret, seules les finales européennes et mondiales de basket et handball devaient être retransmises alors qu’aucune distinction de genre n’était faite pour le reste des événements sportifs. De plus, aucune nouvelle information n’étant actuellement disponible sur le décret, il semblerait que celui-ci n’ait pas été mis en application par le gouvernement actuel. Même si les chiffres du CSA sur la médiatisation du sport féminin montre une augmentation de 7% à 15% de la totalité des programmes sportifs, seuls 5% sont accessibles gratuitement.

Même si les femmes sont de plus en plus impliquées dans le sport, aux niveaux amateurs comme professionnels (44% des médailles françaises des JO de Londres ont été remportées par des femmes), l’égalité des genres est encore obstruée par certaines barrières dont la mentalité misogyne historiquement liée au sport semble être la plus importante. Pour faire tomber ses barrières, l’augmentation de la médiatisation des événements sportifs féminins semble être une des solutions efficaces, bien que sa mise en pratique dépende, encore une fois, de la bonne volonté des pouvoirs publics, des médias et des organisations sportives.

 

 

Adrien Rodrigues, Chargé de mission du Think tank Sport et Citoyenneté

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