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Billet de blog 8 oct. 2015

Il est de la responsabilité des fédérations scolaires de s‘impliquer dans des initiatives de promotion de l’activité physique

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La première journée thématique de la Semaine européenne du sport était consacrée à la promotion de l’activité physique auprès et à travers le secteur éducatif. Un champ d’intervention-clé pour de multiples raisons. Laurent Petrynka, nouveau président de la Fédération Internationale du Sport Scolaire (ISF) et directeur de l’Union Nationale du Sport Scolaire (UNSS) depuis 5 ans nous en explique les raisons.

Propos recueillis par Sylvain LANDA

L’un des objectifs de la Semaine européenne du sport (EWoS) est de changer les habitudes des Européens et de les rendre plus actifs. En quoi le secteur de l’éducation est-il un secteur-clé ?

LP : Je pourrais faire une réponse scientifique qui conclurait le propos en affirmant que seule l’éducation peut changer les « habitus santé » ! De façon plus pragmatique, un certain nombre d’éléments viennent confirmer l’importance de l’école sur ce sujet. D’abord, 100% des jeunes sont à l’école. C’est donc le seul lieu où les politiques publiques peuvent s’appliquer sur une population entière. J’ajoute que les personnels y sont hautement qualifiés.

Ensuite, les habitudes liées au sport ou à la santé, lorsqu’elles sont apprises jeunes, ont davantage de chance de perdurer. Ceci est valable pour les addictions comme pour la pratique sportive.

Enfin, il est de notre responsabilité, fédérations scolaires, de nous impliquer fortement sur ces initiatives (EWoS, Semaine « Sentez-Vous Sport », Journée nationale du sport scolaire - JNSS). Je n’oublie pas qu’en 2010, nous étions les premiers à l’UNSS à lancer cette idée… Les professeurs engagés avec nous sont aussi ceux qui enseignent l’éducation physique et sportive (EPS) tous les jours, la mobilisation est donc essentielle. En 5 ans, la JNSS est devenue l’événement le plus important de la Semaine « Sentez-Vous Sport » en France (6 500 associations engagées) et de l’Éducation Nationale (2/3 des établissements).

Pour continuer à avancer sur cette voie, les institutions européennes ont un grand rôle à jouer.

D’abord un rôle d’impulsion, en invitant les États membres à proposer davantage de cours d’EPS sur l’ensemble de la scolarité. En France, la situation entre 3 et 10 ans, puis du lycée à l’université, reste encore à améliorer. Cette impulsion peut prendre la forme de soutiens financiers particuliers en direction de politiques publiques ou associatives ambitieuses. Sur ce dernier point, les institutions européennes doivent simplifier leurs procédures et mieux accompagner les pays dans les dossiers, car les usagers que nous sommes ne comprennent pas les codes, les enjeux, les procédures. Cela participe à l’éloignement entre l’Europe et ses administrés, ce qui est un problème politique majeur.

Ensuite, un rôle structurant, en accompagnant plus clairement les idées liés au renforcement de la bonne gouvernance du sport en Europe. On attend davantage de parole, d’initiatives, pourquoi pas de recadrage ou de sanctions sur les sujets essentiels qui minent le quotidien des éducateurs que nous sommes.

Je pense que l’Europe doit réfléchir à ce que signifie l’autonomie du sport. L’autonomie ne signifie pas faire ce que l’on veut. Elle a un corollaire, la responsabilité, notamment lorsqu’on bénéficie de délégation ou de deniers publics.

En France, vous dirigez l’UNSS depuis plus de 5 ans. Quel regard portez-vous sur la place du sport et de l’activité physique à l’école ?

LP : Si nous regardons la situation objectivement, les élèves scolarisés en France sont bien formés et encadrés. 3 à 4 heures d’EPS par semaine pour 100% de la population scolaire, c’est un choix politique fort ! S’y ajoutent la possibilité de pratiquer au sein de l’UNSS (environ 20% des élèves et 25% des collégiens) ou des 2 500 sections sportives scolaires, ou encore la possibilité de choisir différentes options au lycée.

Le discours ambiant, notamment hors de l’école, consiste à dire que les élèves ne font pas assez de sport ou pas assez bien, et que l’EPS ce n’est pas du sport. On reconnaît bien les intérêts multiples derrières ces critiques. Nous sommes soit dans une dérive pédagogiste, soit dans le sport à tout prix, un sport qui aurait toutes les vertus. N’oublions pas que les enseignants d’EPS sont les éducateurs sportifs les mieux formés de France (bac +5). Ils savent avec pertinence utiliser le sport comme contenu et comme moyen de formation.

Certaines options pour améliorer les choses pourraient consister à :

  • Rendre la création des associations sportives obligatoires dans les écoles et les établissements spécialisés.
  • Augmenter les horaires d’EPS sur la scolarité.
  • Ouvrir davantage de sections sportives en lien avec les fédérations (la réforme actuelle du collège peut en donner l’occasion).
  • Donner une plus grande autonomie aux établissements scolaires pour bâtir de vrais parcours d’excellence liés au sport.

L’UNSS se mobilise en cette rentrée puisqu’elle permet une quasi-gratuité de pratique pour les établissements spécialisés dans le handicap, pour ceux de la Protection Judiciaire de la Jeunesse (PJJ), pour les centres de formation pour apprentis, pour les nouveaux établissements adhérents publics et privés. Elle a aussi divisé par deux le prix de l’adhésion dans les établissements correspondant aux publics socialement défavorisés.

Nous insisterons aussi cette année sur le sport pour les filles en incitant nos services territoriaux à développer la formation des enseignants et l’organisation d’événements particulier. L’an passé, notre forum « Filles, Sport et Mixité » auquel votre think tank a d’ailleurs participé, était organisé par les jeunes et pour les jeunes. Il a connu un franc succès.

Vous avez été élu l’an dernier à la tête de l’ISF, avec un programme novateur et dynamique. Quelle est votre feuille de route pour les années à venir ?

LP : La feuille de route sera adoptée lors de la prochaine Assemblée Générale de l’ISF en juillet 2016 ; à l’occasion de la Gymnasiade organisée à Trabzon. Nous aurons alors dernière nous deux ans de consultation (notamment celle organisée pendant la convention ISF de mars 2015) et de travail avec les équipes pour fixer la « VISION 2030 ». Plusieurs priorités seront à l’ordre du jour :

  • Renforcer nos événements en nombre, en qualité et en visibilité
  • Créer une administration autour du secrétariat général à Anvers
  • Responsabiliser les continents dans le développement de l’ISF en leur attribuant des moyens particuliers
  • Adopter un code de bonne gouvernance
  • Renforcer le lien avec les fédérations et organisations internationales, notamment le CIO.

Pour partie, cette évolution a d’ailleurs déjà commencé. J’ajoute pour être complet que l’ISF devra s’inscrire dans la politique RSE des grands événements sportifs. C’est ce que nous ferons avant l’EURO 2016 en France en organisant « l’Euro Foot Jeunes » avec le plein soutien de Michel Platini et de Jacques Lambert. C’est aussi ce que nous proposerons au CIO et à Paris 2024.

Parmi nos réflexions, le rôle des jeunes et des athlètes devra être évoqué. Il faudra à coup sûr les inclure dans notre gouvernance et profiter de leur dynamique et de leurs idées. L’ISF est une organisation formidable avec des valeurs, une histoire et une culture. Elle doit désormais s’ouvrir davantage tout en conservant son ADN.

www.unss.org

www.isfsports.org

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