Le sport et l’activité physique, grands absents de la loi de santé ?

Alors que le projet de loi de santé présenté par Marisol Touraine en cette fin d’année suscite de nombreux débats (opposition marquée des médecins libéraux, des cliniques, des urgentistes…), l’absence de référence au sport et à l’activité physique interroge. Assiste-t-on à un recul sur ces questions, qui figuraient pourtant parmi les priorités de la plupart des gouvernements européens ?

Alors que le projet de loi de santé présenté par Marisol Touraine en cette fin d’année suscite de nombreux débats (opposition marquée des médecins libéraux, des cliniques, des urgentistes…), l’absence de référence au sport et à l’activité physique interroge. Assiste-t-on à un recul sur ces questions, qui figuraient pourtant parmi les priorités de la plupart des gouvernements européens ?

Le projet de loi de santé, soumis à l’examen du Parlement dans quelques semaines, s’inscrit dans le prolongement de la Stratégie Nationale de Santé lancée par le Gouvernement en 2013. Elle s’articule autour de trois grandes orientations : la prévention, l’organisation des soins et la démocratie sanitaire.

La prévention constitue même la priorité selon la Ministre Marisol Touraine, pour qui « notre système de santé s’est essentiellement développé autour du soin alors que notre premier objectif doit être de tout faire pour éviter qu’apparaisse la maladie ». Parmi les mesures évoquées pour atteindre cet objectif figurent l’amélioration de l’information nutritionnelle à destination des enfants, la prévention de l’ivresse des jeunes ou encore la lutte contre le tabagisme. Des mesures indispensables, qui nécessitent une action forte de la part des pouvoirs publics.

Pourtant, à leur lecture, on ne peut que regretter le fait que le sport et l’activité physique ne soient pas mentionnés dans ce document-cadre, alors qu’ils constituent pourtant des outils de prévention innovants et efficaces, dont les bienfaits sont aujourd’hui parfaitement connus et documentés.

Inutile de rappeler ici le nombre d’études, de rapports, d’analyses… commandés par les pouvoirs publics ces dernières décennies, et qui garnissent souvent les étagères des ministères. Ces rapports énumèrent tous les bienfaits potentiels du sport et de l’activité physique. Citons seulement pour exemple l’expertise collective conduite par l’INSERM en 2008 sur « L’activité physique, contexte et effets sur la santé », qui constitue encore aujourd’hui le document de référence en la matière.

Si nous soulevons ce point aujourd’hui, à l’issue d’une conférence organisée par notre think tank la semaine dernière au Palais du Luxembourg, c’est pour rappeler que l’inactivité physique constitue aujourd’hui la première cause de mortalité évitable. Notre changement de comportement, lié à l’évolution de la société, fait de nous des êtres de plus en plus sédentaires. A l’école, au travail, dans les transports… nous sommes de moins en moins actifs. Selon les chiffres de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), deux tiers de la population adulte en Europe n’atteignent pas les niveaux recommandés d’activité physique (30 minutes par jour, cinq fois par semaine). Or ses bienfaits sur la santé sont parfaitement connus : réduction de 30% des risques de décès, mais aussi impact positif dans le traitement et la prévention de nombreuses pathologies (maladie cardiovasculaire, diabète, obésité et même certaines formes de cancers).

En cette période de contrainte budgétaire, investir sur l’activité physique comme outil de santé constitue une solution innovante. En combinant les effets sur la prévention et sur les dépenses de soin, le développement de la pratique sportive pourrait permettre de réaliser jusqu’à 5 milliards d’économies à moyen/long terme sur les coûts de traitement des maladies chroniques, selon une étude réalisée par le cabinet Kurt Salmon. L’impact est aussi important en termes de lutte contre l’absentéisme : une expérience en Australie de mise en place d’un kit d’activité physique en entreprise a permis de faire baisser de plus de 30% le taux des arrêts maladie. Soit une économie potentielle de 4,8 milliards d’euros par an par extrapolation en France.

Ces quelques données montrent tout l’intérêt d’une politique publique de prévention axée sur l’activité physique et la santé. Le Ministère des Sports en avait d’ailleurs fait l’un des axes majeurs de sa politique, lorsque Valérie Fourneyron en était à sa tête. Il y a tout juste deux ans, elle signait avec… Marisol Touraine un plan national « Sport, Santé, Bien-être » destiné à faire de la pratique des activités physiques et sportives un outil essentiel de la stratégie nationale de santé publique. Si ce plan national trouve depuis un prolongement au niveau territorial, le sujet ne semble plus être en tête de l’agenda politique des deux ministères. L’examen du projet de loi de santé offre donc l’occasion de mettre à nouveau ce sujet au cœur des débats, ce que notre think tank souhaite faire en sensibilisant sénateurs et députés sur la question. A l’occasion de notre conférence, les Sénateurs Chantal Jouanno (UDI) et David Assouline (PS) ont soutenu notre démarche, imités depuis par plusieurs députés et anciens ministres. Poursuivons donc cette réflexion, afin que le sport et l’activité physique soient davantage pris en compte dans les politiques publiques de santé.

Julian Jappert, directeur du think tank Sport et Citoyenneté

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Le think tank Sport et Citoyenneté lance une réflexion inédite sur "Sport et Santé en Europe : L'activité physique, un outil au service du bien-être et du bien-vivre ensemble". Cette publication inédite fait un état des lieux du "sport/santé" en Europe en présentant un panorama des politiques mises en oeuvre pour promouvoir la pratique d'une activité physique, les mesures incitatives développées en Europe et plusieurs initiatives dans ce domaine.

 

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