JO 2024 : Faire de la victoire de Paris, un succès pour la France

Paris sera la ville hôte des Jeux olympiques et paralympiques de 2024. Au-delà des 17 jours de compétition des Jeux Olympiques et des 11 jours des Jeux Paralympiques, Paris 2024 offrira une opportunité de développement sans précédent pour les territoires, en laissant si possible un héritage fort aux populations de la métropole.

Après trois défaites, cette candidature était celle de la dernière chance. Sans bouder notre plaisir, nous pouvons reconnaître que les circonstances ont joué en notre faveur, avec une concurrence limitée.  

L’essai doit désormais être transformé. Certes, la France dispose d’un savoir faire conséquent et reconnu en matière d’organisation de grands événements sportifs, mais il faudra être vigilant pour tenir les promesses qui auront été faites pour obtenir le soutien de la population.

Faire des Jeux une fête populaire et partagée

Ce soutien de la population ne va pas de soi. Un sondage réalisé en juillet 2017 indiquait que seulement 63% des parisiens interrogés étaient enthousiastes à l’idée d’accueillir les JO et certains mouvements de contestation font entendre leur voix. Afin que les Jeux se passent dans de bonnes conditions, il est préférable d’obtenir un large soutien de la population à cet événement. Il reste encore 7 ans pour y parvenir. Deux conditions peuvent aider à cela.

Respecter la promesse de Jeux sobres

Paris s’est engagé à organiser des jeux sobres et durables, avec un budget très limité. Cette sobriété est une condition sine qua non pour obtenir le soutien de la population. L’opinion publique tolérera d’autant moins les dérapages budgétaires que 95% des sites nécessaires à l’événement existent déjà. Le rôle de l’Etat sera ici fondamental pour s’assurer de ce sérieux budgétaire et éviter que ne s’opère une privatisation des profits et une socialisation des pertes comme cela a pu être observé dans d’autres pays.

Fluidifier les échanges Paris / Périphérie

Les Jeux de 2024 ont été présentés comme les Jeux du Grand Paris, pour faire de cet événement un accélérateur de la construction et de la structuration de l’identité de la métropole francilienne. Les actes doivent désormais être rapidement posés et irréversibles pour décloisonner la ville centre et sa périphérie. Paris doit se servir de cet événement pour s’ouvrir à la banlieue et fluidifier les échanges.

Faire des Jeux, un levier de transformation de la société

Une organisation de qualité, un budget maîtrisé, une structuration urbaine repensée sont des conditions nécessaires mais non suffisantes pour que Paris gagne la bataille de l’opinion. Les Jeux de 2024 ne doivent pas seulement être « acceptables » pour la population. Ils doivent susciter l’enthousiasme, structurer l’état d’esprit de toute une génération, être un levier pour transformer durablement le pays. Pour avoir un impact profond, ils doivent être synonymes de progrès pour le plus grand nombre.

Un territoire plus équitable

L’équité territoriale est au cœur de cet enjeu de transformation de la société. L’implantation du village olympique et de nombreuses installations sportives en Seine-Saint-Denis constituent un signal important qui doit s’accompagner de mesures permettant aux habitants de ce territoire de bénéficier des Jeux, que ce soit au travers des emplois créés, par un développement important de la pratique sportive ou en ayant la possibilité d’assister à l’événement le moment venu.

L’équité territoriale passe également par une réduction des inégalités d’accès au sport par manque d’équipements, avec une remise à niveau prioritaire dans les territoires ultra-marins, les zones urbaines sensibles et les zones rurales.

Une société plus inclusive

En 2024, Paris ne va pas seulement accueillir les Jeux Olympiques. Paris accueillera également les Jeux Paralympiques. Contrairement aux précédentes éditions des Jeux, le paralympisme ne devra pas être le grand oublié du sport. Il aurait été souhaitable que les épreuves olympiques et paralympiques puissent être mixées. Pour des raisons logistiques ce ne sera pas le cas. Cet événement doit être l’occasion de changer le regard sur le handicap, faire découvrir le handisport à la population et mettre en valeur les exploits de ces sportifs.

Une nation sportive

2024 est l’occasion ou jamais pour mener à bien l’objectif affiché par le président du Comité nationale olympique et sportif français (CNOSF) : « passer d’une nation de sportifs à une nation sportive ». Le sport, en tant qu’objet politique, doit enfin être pris au sérieux et être présent dans la plupart des politiques publiques.

Au niveau éducatif, le ministère et son bras armé – l’Union nationale du sport scolaire – sont d’ores et déjà mobilisés pour conforter la pratique de l’éducation physique et diffuser les valeurs et l’esprit du sport auprès de la « Génération 2024 ».

Au niveau de la santé publique, les bienfaits de l’activité physique comme thérapeutique non médicamenteuse sont unanimement reconnus. En revanche, le modèle économique pour diffuser à large échelle le sport comme outil de prévention et de soins reste à trouver. Sur ce point Paris 2024 doit servir d’accélérateur pour faire du sport un outil de santé publique pour tous les Français.

Enfin, les associations et leurs 2 millions de bénévoles font vivre le sport au quotidien et préparent les sportifs qui participeront aux Jeux de 2024. Le rapport « moyens dépensés / impacts sociaux » des associations sportives est extrêmement positif. D’ici 2024, le soutien au mouvement sportif devra être conforté et accentué pour lui permettre de se structurer, se professionnaliser et accompagner au mieux –sportivement et socialement - les sportifs vers la très haute performance pour faire briller la France.

Les JO ne sont pas seulement un événement sportif. Ils doivent s’intégrer dans un projet politique et se placer au service de l'intérêt général : celui d'une Nation qui donne sa chance à tous et rappelle au monde qu'elle est capable de prendre en main son destin.

Djamel Achache, expert en politique sportive, chargé de mission dans une institution sportive

Arnaud Flanquart, membre du Conseil scientifique du think tank Sport et Citoyenneté , dirigeant sportif

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