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Billet de blog 18 mars 2016

L’écologie et les stades, une équation peu à peu résolue

L’Allianz Riviera à Nice, le Stade Geoffroy Guichard à Saint-Etienne ou encore le Stade Océane au Havre, récemment construits ou rénovés, ces enceintes constituent le fleuron des stades « nouvelles génération » en France. Avec une particularité, l’intégration de dispositifs innovants en faveur de l’environnement.

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En la matière, ces nouveaux stades n’ont rien à envier aux autres grands d’Europe. Dans un sport où les millions coulent à flot, ces dispositifs ont certes un impact positif sur l’environnement, mais aussi sur l’image renvoyée vers l’extérieur. Voici une courte présentation de dispositifs innovants intégrés dans la construction des stades de Brasilia, rénové à l’occasion de la Coupe du Monde 2014, et de Nice.

La Coupe du Monde comme accélérateur de changement[1]

Le stade national de Brasilia Mané-Garrincha, construit en 1974, a connu une rénovation et une augmentation de sa capacité d’accueil à l’occasion de la dernière Coupe du Monde. Il est présenté aujourd’hui comme l'un des stades les plus écologiques au monde. Dessiné par le célèbre architecte Oscar Niemeyer, il a notamment obtenu la prestigieuse certification LEED (Leadership in Energy and Environmental Design), une norme américaine désignant les bâtiments les plus écologiques. L’une de ses particularités est à chercher sur son toit, équipé de plus de 9600 panneaux photovoltaïques, qui lui permettent d'être autonome en énergie. De plus, les concepteurs du stade l'ont équipé d'une membrane photocatalytique capable de capter les particules polluantes de l'air. Enfin, le toit est également en mesure de récupérer l'eau de pluie grâce à cinq réservoirs. L'eau non potable sera ainsi réutilisée pour l'entretien de la pelouse, ainsi que pour l’utilisation des sanitaires.

La perspective de l’Euro 2016

Les stades brésiliens ne sont bien évidemment pas les seuls à se lancer dans la construction d'infrastructures écologiques. En France, les stades se transforment eux aussi peu à peu en « éco-stades ».

L’Allianz Riviera de Nice par exemple, construit par Vinci, est l’un des plus innovants en matière d’éco-responsabilité. Ce stade s’inscrit dans un projet plus global, l’Eco-Vallée, voulu par la ville. Il s’agit de la première réalisation du projet, qui en appelle d’autres, comme la construction d’un magasin Ikea éco-responsable pilote, de logements et de bureaux peu gourmands en énergie. Pensés très en amont de la construction, les nombreux dispositifs mis en place dans le stade peuvent se présenter en deux temps.

Lors de la construction de l’ouvrage. L’objectif était de mettre en place un « chantier vert », avec un tri des déchets ou encore un assemblage effectué sur place, pour éviter les incessants allers-retours en camions.

L’éco-construction du stade s’est avérée innovante et fait désormais référence. On note par exemple la structure en résille de bois, plus chaleureuse que les traditionnelles poutres métalliques mais aussi moins polluante, puisqu’elle a permis d’économiser 3000 tonnes de CO2. Il va de soi dans un tel projet que ce bois provient de forêts gérées de façon durable.

Le toit du stade quant à lui est équipé de 4000 panneaux photovoltaïques, permettant d’alimenter l’équivalent de 600 foyers. Les eaux de pluies sont aussi récupérées et stockées dans trois grands bassins (7000m3 par an). Cela est suffisant pour que le stade soit autonome en la matière, étant donné l’exploitation actuelle du lieu. Les eaux récupérées permettent ainsi d’arroser la pelouse et de faire fonctionner les sanitaires pendant les événements. De plus, ces bassins étant placés en hauteur, la distribution d’eau s’effectue grâce à la gravité et non par le recours à des pompes électriques.

Autre innovation, et première mondiale sur ce plan, les vents sont eux aussi récupérés et utilisés pour ventiler les salons et locaux techniques. Ils se propagent dans les murs grâce à des grilles d’aération, un procédé inspiré de l’époque romaine.

Enfin, la chaleur ou la fraîcheur du sol sont récupérées par géothermie, et utilisées pour ajuster la température des salons.

Lors de son exploitation. Là aussi, l’exploitation du stade a été pensée de manière « verte ». Un système électronique permet de gérer la consommation d’énergie en adaptant l’éclairage. Lors de la maintenance de l’ouvrage, seul 30% de l’éclairage fonctionne. Il passe à 60% pour la préparation d’un événement et à 100% lors d’un match. Le tri sélectif (jusqu’à cinq types de poubelles différentes !) permet le recyclage à 100% du papier et du carton, et à 88% des autres déchets, tous envoyés au centre de tri Valazur de Veolia, l’un des plus performant de France. L’Allianz Riviera cherche aussi à limiter les déchets avec le programme « Eco-Cup » désormais répandu dans beaucoup de stades. Le principe : une consigne sur chaque gobelet en plastique, d’un montant d’1€.

Enfin, pour diminuer l’impact des transports, qui demeurent l’un des points noirs en matière de protection de l’environnement, la ville de Nice construira d’ici 2018 deux extensions du tramway afin de desservir le stade. Des stations de voitures électriques en libre service ont été construites à proximité, ainsi qu’un système de navettes gratuites les soirs de match.

Des efforts à poursuivre[2]

Si pour le moment, l’approche écologique d’un stade se focalise principalement sur l'utilisation de panneaux photovoltaïques ainsi que sur la récupération des eaux de pluie, beaucoup d’autres domaines restent à étudier. Le passage aux pelouses hybrides permettra par exemple de réduire de moitié la consommation d'eau. Autre piste, la transition aux lampes LED, qui implique néanmoins un coût assez élevé.

Mais c’est la gestion des transports et la promotion de modes de déplacement plus durables qui constitue, à n’en pas douter, le principal défi à relever. Bien que certains clubs aient mis en place des tarifs réduits, voire une gratuité, pour l’accès aux transports en commun les soirs de matchs, la part des spectateurs venant au stade par ce biais n’est que de 9%. Cela illustre que la principale difficulté réside non pas dans la construction d’une infrastructure écologique mais dans la mise en place d’une multitude de facteurs qui incitent, au quotidien, à un comportement éco-responsable.

Arthur Michel et Guillaume Nguyen, Mastère Spécialisé en Management des Organisations de Sport, Audencia Business School

Article issu de la revue 34 du Think tank Sport et Citoyenneté  réaalisée en partenariat avec Audencia Business SchoolSport et environnement  (avril 2016)

"Développemement durable, quaznd le sport laisse son empreinte" - Conférence le 31 mars 2016 - Nantes

Information


[1] Voir à ce sujet l’article publié sur le site internet www.industrie-techno.com le 11 juin 2014

[2] Voir notamment le dossier spécial consacré au sujet par le journal L’Equipe le 9 décembre 2015

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