« Made for sharing » : un slogan qui a du mal à passer…et pourtant ?

Le slogan choisi pour promouvoir la candidature de Paris a fait scandale parce qu’exprimé en anglais. Au-delà de cette polémique, la vraie question n’est-elle pas de savoir ce que l’on veut partager et avec qui ?

S’agit-il d’une vision commune de l’Olympisme fondée sur « le respect des principes éthiques fondamentaux universels » inscrits dans la Charte Olympique ?

S’agit-il de d’affirmer, comme le prescrit cette même Charte, que « la pratique du sport est un droit de l’homme » et que « la jouissance des droits et libertés reconnus dans la présente Charte doit être assurée sans discrimination d’aucune sorte, notamment en raison de la race, la couleur, le sexe, l’orientation sexuelle, la langue, la religion, les opinions politiques ou autres, l’origine nationale ou sociale, la fortune la naissance ou tout autre situation ».

Si c’est le cas que viennent faire dans un tel cadre l’Iran et l’Arabie Saoudite, les deux seuls pays au monde qui interdisent aux femmes d’entrer dans leurs stades et ce, en dépit des injonctions répétées des instances sportives internationales  ?

L’Arabie Saoudite va même jusqu’à interdire le sport pour les filles dans les collèges publics et refuse la construction d’infrastructures permettant aux femmes de faire du sport. Plus généralement, ces deux pays imposent aux quelques femmes participant aux JO des conditions parfaitement contraires à la Charte Olympique comme la non-mixité, l’interdiction des disciplines non « coraniques » et le port de l’uniforme islamiste couvrant tout leur corps. L’Iran vient encore d’interdire à des membres de son équipe féminine de billard de participer aux compétitions internationales pendant un an en raison du non port du voile par les joueuses !

C’est pourquoi nous avons interpellé les promoteurs de la candidature de Paris pour les JO 2024 afin qu’ils se prononcent en faveur du boycott sportif de l’Iran et de l’Arabie Saoudite dont la politique d’apartheid sexuel dans le sport est en contradiction flagrante avec l'esprit et la lettre de la Charte Olympique.[1]

        Un appel international qui met Paris devant ses responsabilités

Si Paris veut apporter un plus en se portant candidat il doit se montrer ferme sur les principes. C’est le sens de l’appel de plus de 50 maires dans le monde en faveur de cette candidature considérant que notre capitale « dispose des atouts et de la volonté nécessaires pour donner un nouveau souffle aux valeurs olympiques ».

Paris se doit de soulever la question auprès du Comité International Olympique (CIO).

Rappelons que le CIO avait exclu l’Afrique du Sud des JO pendant trente ans (1962-1992) et que les Nations-Unies avaient approuvé en 1985 une  convention internationale contre l’apartheid dans le sport . Plus récemment, les instances sportives internationales n’ont pas hésité à sanctionner des pays contrevenant aux règles du sport : le CIO a confirmé la suspension du Koweït en raison de l’ingérence du gouvernement dans les affaires sportives ; la Fédération Internationale d’Athlétisme a suspendu la Fédération de Russie pour cause de dopage institutionnalisé.

Paris veut-il se contenter d’être le bon élève de la classe qui ne dérange personne où est-il décidé à jouer le rôle historique qui est attendu de lui en lançant à son tour un appel au mouvement olympique pour qu’il condamne l’apartheid sexuel avec la même fermeté que l’a été l’apartheid racial dans le sport ?

Par Annie Sugier, présidente de la Ligue du Droit International des Femmes, Linda Weil-Curiel, secrétaire générale de la Ligue du Droit International des Femmes et Julian Jappert, directeur du Think tank Sport et Citoyenneté

 


[1] Cette campagne est menée avec la Coordination Française pour le Lobby Européen des Femmes (CLEF) et le Groupe “Laissez les Femmes Iraniennes Entrer dans les Stades”

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