La visibilité du sport féminin: pas à n'importe quel prix !

 


Par Annie Sugier et Linda Weil-Curiel (Comité Atlanta+ et Ligue du Droit International des Femmes ; Membres du réseau « Femmes et Sport » du Think Tank Sport et Citoyenneté) à l'occasion de la deuxième édition des "24 heures du sport féminin" qui se tiendra le samedi 24 janvier 2015. 



Il n'est nul besoin d'études approfondies pour comprendre que le sport féminin intéresse très médiocrement la caste masculine détentrice du pouvoir d'organisation, de publication et de diffusion du sport.

Parce que le sport féminin « ne fait pas vendre »…

Ou alors il faut appâter le spectateur en mettant en avant le corps des sportives plutôt que la performance sportive.

Une autre sorte de mainmise sur le corps des sportives s'exprimera lorsque d'aucuns leur imposeront une visibilité qui les distinguera des autres athlètes : port de coiffe, voire d'une tenue couvrant le corps, reflétant leur appartenance à la religion musulmane, condition sine qua non pour participer à des compétitions sportives.

 

Le sport féminin, meilleur outil pédagogique de la laïcité

 

Peut-on imaginer un instant une édition 2015 des «24 heures du sport féminin »  qui passerait sous silence les  évènements tragiques de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher de Vincennes ?

Le slogan : «Je suis  Charlie » entonné massivement par les français, y compris dans le monde du sport, ne doit-il pas interpeller la façon de médiatiser le sport féminin, car c’est bien ce sport même qui depuis plusieurs décennies est visé par le prosélytisme des extrémistes islamistes.

Allons nous rester muets devant ceux qui ont réussi à imposer aux instances internationales de renier les principes de non discrimination et de neutralité politique et religieuse inscrits dans les règlements sportifs ?

Dans leur sagesse les rédacteurs de la Charte Olympique avaient inclus une règle fondamentale empêchant les particularismes de s'interposer : « Aucune sorte de démonstration ou de propagande politique, religieuse ou raciale n'est autorisée dans un lieu, site ou autre emplacement olympique » (règle 50).

C'est un cas unique parmi les textes internationaux où l'obligation de neutralité, s'apparentant à notre laïcité, est explicitement imposée.

Officiellement la France a affirmé que sur son territoire la laïcité demeurait la règle. Mais on le sait bien, sur le terrain il en va autrement.

Allons nous, soit abandonner ces sportives aux pressions communautaristes dont elles sont les premières victimes, soit leur permettre un prosélytisme religieux sur les terrains de sport ?

Les « 24 heures du sport féminin » devraient être l'occasion pour les pouvoirs publics et les instances du sport de lancer un programme d'action pédagogique dans les écoles et les clubs sportifs destiné à expliquer en quoi une règle commune à tous  prévient la discrimination.

Demeurer fidèle à la règle de neutralité c'est refuser de céder à toute pression religieuse et politique, et respecter les principes inscrits dans les règlements sportifs, indépendamment du sexe et des croyances des sportifs.

A cet égard le sport féminin devrait se montrer exemplaire.

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