Tribune : un label « Terre de Jeux », mais pour quel héritage ?

Julian JAPPERT, Directeur Général du Think tank Sport et Citoyenneté

 J’étais lundi 17 juin au Sénat pour le lancement et la présentation du Label « Terre de Jeux », en présence de Tony Estanguet, Président du Comité d’organisation Paris 2024, de la ministre des Sports Roxana Maracineanu, de Gérard Larcher, Président du Sénat, de François Baroin, Président de l’Association des Maires de France, de Denis Masseglia, Président du Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF) et de nombreux autres représentants des collectivités territoriales et du monde du sport.

Ce label « Terre de Jeux » est une action inédite dans l’histoire des Jeux. Il doit permettre à chaque collectivité de s’impliquer dans les Jeux Olympiques et Paralympiques de 2024 (JOP2024). Paris 2024 espère ainsi consolider l’héritage des Jeux et l’étendre à l’ensemble du pays.

La présentation claire et pédagogique de Tony Estanguet m’a conforté dans l’idée que ce label était bien pensé et qu’il pourrait permettre aux collectivités sélectionnées de pouvoir associer leur image aux JOP2024 et ainsi bénéficier d’une mise en lumière de leur politique sportive. Pour l’obtenir, les collectivités doivent s’engager à relayer, dans les territoires, les actions de promotion de la pratique sportive et des valeurs olympiques, initiées par Paris 2024. Le label « Terre de Jeux » est également un prérequis pour candidater comme « Centre de Préparation aux Jeux » (CPJ) et ainsi pouvoir accueillir des délégations étrangères venant préparer les JOP2024.

La création de ce label a été intelligemment pensée, et la souplesse de son cahier des charges permet à un maximum de collectivités de postuler. Une plateforme https://terredejeux.paris2024.org/ a ainsi été créée afin de faciliter les démarches des candidats. La question est désormais de savoir si ce label sera une solution innovante et coopérative pour pérenniser l’héritage que laisseront les JOP2024 en France. Paris 2024 se sert du « Graal  » que représente l’inscription comme CPJ pour inciter les collectivités territoriales à agir pour diffuser les valeurs de l’olympisme et les bienfaits du sport. Mais aucune garantie n’est apportée sur les actions concrètes et durables que pourraient conduire les collectivités en matière de politiques sportives.

Cette stratégie, pour être efficace sur la durée, ne peut donc pas se résumer à cette simple création de label. Tout d’abord parce que l’obtention de celui-ci semble plutôt aisée et que le processus permettant de candidater a été simplifié au maximum. Ensuite, Paris 2024 prévient ne pas vouloir limiter le nombre de lauréats, ce qui laisse à penser que de nombreuses collectivités seront labellisées. Dès lors se pose la question du suivi et de l’accompagnement des lauréats : quelles seront les modalités mises en œuvre pour s’assurer que les engagements pris seront respectés ? Comment s’assurera-t-on que ce label est efficace et qu’il ne représente pas un simple effet d’annonce ? Qui va recueillir les attentes et les besoins, hétérogènes, des collectivités ? Qui va y répondre ? Qui va mesurer la durabilité des actions conduites ?

L’un des éléments de réponse peut être trouvé dans les statuts de l’Agence Nationale du Sport (ANS), qui a vocation notamment à soutenir les initiatives mises en place contribuant au développement de la pratique sportive. Toutefois, la mise en place de l’ANS, ses responsabilités et la définition de ses compétences prendra encore du temps. Paris 2024 doit rester moteur sur ce sujet et ne peut se contenter de distribuer un label et proposer seulement un relais de communication aux collectivités lauréates. Un dispositif d’héritage, pour avoir un réel impact, doit faire l’objet d’un accompagnement plus concret. Qui pourrait aider les élus au sport des collectivités territoriales à être plus forts politiquement, et à mettre en place des politiques sportives inclusives permettant d’inciter le plus grand nombre à pratiquer une activité physique tout en prônant l’ouverture, la tolérance et le respect de l’environnement ?

La coopération entre les collectivités sera également primordiale. Il est important que la plateforme Terre de Jeux permette de créer un réel réseau d’échanges, de coopération et de partage de bonnes pratiques.

Ce lundi 17 juin, en discutant avec plusieurs élus territoriaux, j’ai constaté que ce label ne sera pas une finalité pour eux. Paris 2024 a aujourd’hui l’opportunité de démontrer qu’il peut être la porte d’entrée vers un programme permettant de développer un ensemble de politiques sportives innovantes. Il me semble essentiel que les effets positifs susceptibles d’être générés par ce label se ressentent sur la durée dans un maximum de territoires. L’héritage des JOP2024, pour qu’il réponde à l’objectif fixé par le président Emmanuel Macron d’augmenter de trois millions le nombre de pratiquants régulier, doit être réel, mesurable et se prépare dès à présent.

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