Sport and Citizenship
Premier Think tank européen dans le domaine du sport
Abonné·e de Mediapart

69 Billets

0 Édition

Billet de blog 29 janv. 2016

Adidas, la FIFA, l’IAAF et le mirage de la gouvernance du sport par les sponsors

Adidas est le premier ou deuxième équipementier sportif mondial, devant ou derrière Nike selon que l’on s’en réfère à telle ou telle source d’information. Mais au classement des contrats de sponsoring sulfureux, Adidas est à n’en pas douter premier. A son corps défendant.

Sport and Citizenship
Premier Think tank européen dans le domaine du sport
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Car pour vendre et convaincre les sportifs de la qualité de ses produits, Adidas comme toute entreprise en prise directe avec les consommateurs, met en place des politiques marketing. Pour prendre le football comme exemple, la marque aux trois bandes signe ainsi des contrats avec des joueurs (dont avec Messi, le meilleur joueur du monde), avec des clubs (dont avec le Real de Madrid, le plus grand club du monde) et avec des fédérations (dont la fédération belge, actuellement première au classement mondial établi par la FIFA) en vue d’accroitre sa visibilité. L’équipementier allemand sponsorise aussi les fédérations internationales, dont la FIFA, de telle sorte que des compétitions internationales, telle que la Coupe du monde de football, puissent être associées à son image.

En d’autres termes, Adidas équipe les meilleurs et les plus grands et s’expose à leurs côtés, pour le meilleur… mais aussi parfois pour le pire. Et le pire, nous le côtoyons depuis maintenant plusieurs années avec la FIFA et depuis quelques mois avec l’IAAF, deux fédérations internationales soutenues par Adidas de manière très substantielle. Or, si Adidas s’est refusé à suspendre voire à annuler son contrat de sponsoring avec la FIFA malgré le déballage incessant de preuves relatives à l’existence d’une corruption de vaste ampleur dans le football international, l’équipementier serait semble-t-il prêt à rompre celui le liant à l’IAAF. Y aurait-il donc une différence entre le football et l’athlétisme ? L’ampleur des scandales serait-elle différente ? Adidas peut-il vraiment rompre ce contrat de sponsoring ? Et si oui, est-ce vraiment réaliste de supposer qu’il le fera ?

Un contrat de sponsoring se signe entre un sponsor et un sponsorisé. Le sponsor fait des apports en espèces (moyens financiers), en nature (soutien matériel ou autre) et/ou en industrie (conseils, compétence, expérience) à un sponsorisé qui assure en retour la visibilité de la marque du sponsor, un accès privilégié à ses manifestations, la mise à disposition d’espaces et/ou toute autre contrepartie contractuellement prévue. En d’autres termes, un contrat de sponsoring n’est ni plus ni moins qu’un contrat de prestation de services dont l’élément essentiel tient dans la capacité du sponsor à pouvoir associer son nom à celui du sponsorisé ou à pouvoir l’accoler aux manifestations que ce dernier organise. Les contrats de sponsoring se succèdent mais ne se ressemblent pas. Il y a toutefois fort à parier que les avocats d’Adidas auront été suffisamment prudents pour inclure en leur sein des dispositions permettant à l’équipementier de mettre un terme aux contrats signés en cas d’atteinte grave à son image et à sa réputation. Pourtant, il nous est permis de douter que le contrat signé avec l’IAAF, d’un total de 33 millions $ ayant été signé pour 11 ans et devant prendre fin en 2019, soit effectivement rompu.

D’une part parce que l’IAAF ne renoncera pas facilement aux 4 ans de contrat restant à courir et à quelques 12 millions $ de sponsoring. Ses avocats argumenteront certainement que les efforts de réforme effectués par l’IAAF sous l’égide de son nouveau président, Lord Sebastian Coe, devraient pouvoir rassurer et satisfaire Adidas dont l’image serait alors autant associée au scandale en cours qu’à la volonté forte de réformer la fédération internationale d’athlétisme.

D’autre part parce que si Adidas devait rompre ce contrat, ce ne serait vraisemblablement que pour voir l’un de ses concurrents se substituer à lui. Lord Coe ayant été 38 ans, à titre personnel, sous contrat avec Nike, suivez mon regard… Il suffit pour s’en convaincre de se souvenir qu’en octobre 2013, Puma avait rompu son contrat avec la fédération sud-africaine de football suite à un scandale de corruption dans le foot sud-africain pour se voir remplacer, dès le mois de décembre suivant, par Nike. Et ce qui vaut pour Nike un jour, vaut pour Adidas le lendemain et pour leurs autres concurrents l’après-lendemain.

Nous l’aurons compris : Adidas a tout autant besoin de la FIFA et de l’IAAF que ces fédérations internationales ont besoin d’Adidas. Alors que l’équipementier ait des exigences sur l’intégrité, l’honnêteté et la transparence des fédérations qu’il sponsorise se comprend. Mais devrait-il en avoir trop, la FIFA et l’IAAF sauront trouver rapidement des partenaires plus « flexibles » pour les accompagner dans leurs efforts.

Car comme le disait La Rochefoucauld, «l'agitation des affaires détourne l'âme de pensées plus solides».

Thierry Granturco, Avocat aux Barreaux de Paris et de Bruxelles, spécialiste de droit du sport.

Membre du Comité Scientifique du Think tank Sport et Citoyenneté 

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
LR : un duel Ciotti-Pécresse au second tour
Éric Ciotti est arrivé en tête du premier tour du congrès organisé par Les Républicains pour désigner leur candidat·e à l’élection présidentielle. Au second tour, il affrontera Valérie Pécresse, qui a déjà reçu le soutien des éliminés Xavier Bertrand, Michel Barnier et Philippe Juvin.
par Ilyes Ramdani
Journal — Violences sexuelles
Violences sexuelles : l’ancien ministre Jean-Vincent Placé visé par une plainte
Selon les informations de Mediapart et de l’AFP, le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire après la plainte pour harcèlement sexuel d’une ancienne collaboratrice. D’après notre enquête, plusieurs femmes ont souffert du comportement de l’ancien sénateur écolo, devenu secrétaire d’État sous François Hollande.
par Lénaïg Bredoux
Journal — Justice
La justice révoque le sursis de Claude Guéant, le procès des sondages de l’Élysée rouvert
La justice vient de révoquer en partie le sursis et la liberté conditionnelle dont l’ancien bras droit de Nicolas Sarkozy avait bénéficié après sa condamnation dans le scandale des « primes » du ministère de l’intérieur. Cette décision provoque la réouverture du procès des sondages de l’Élysée : le tribunal estime que Claude Guéant n’a peut-être pas tout dit lors des audiences sur sa situation personnelle.
par Fabrice Arfi et Michel Deléan
Journal
Élections étudiantes : le débat
Alors que les élections du Crous ont lieu du 6 au 10 décembre, quatre des principales organisations étudiantes débattent dans « À l’air libre » sur les sujets essentiels pour près de 3 millions d’étudiants en France : précarité, logement, alimentation... Sur notre plateau, Mélanie Luce, présidente de l’UNEF, Jacques Smith, président de l’UNI, Paul Mayaux, président de la FAGE, et Naïm Shili, secrétaire national de L’Alternative.    
par à l’air libre

La sélection du Club

Billet de blog
« Nous, abstentionnistes » par Yves Raynaud (3)
Voter est un droit acquis de haute lutte et souvent à l'issue d'affrontements sanglants ; c'est aussi un devoir citoyen dans la mesure où la démocratie fonctionne normalement en respectant les divergences et les minorités. Mais voter devient un casse-tête lorsque le système tout entier est perverti et faussé par des règles iniques...
par Vingtras
Billet de blog
Le bocal de la mélancolie
Eric Zemmour prétend s’adresser à vous, à moi, ses compatriotes, à travers son clip de candidat. Vraiment ? Je lui réponds avec ses mots, ses phrases, un lien vidéo, et quelques ajouts de mon cru.
par Claire Ze
Billet de blog
Ne lâchons pas le travail !
Alors qu'il craque de tous côtés, le travail risque d'être le grand absent de la campagne présidentielle. Le 15 janvier prochain, se tiendra dans la grande salle de la Bourse du travail de Paris une assemblée citoyenne pour la démocratie au travail. Son objectif : faire entendre la cause du travail vivant dans le débat politique. Inscriptions ouvertes.
par Ateliers travail et démocratie
Billet d’édition
2022, ma première fois électorale
Voter ou ne pas voter, telle est la déraison.
par Joseph Siraudeau