Protection de l’environnement: le sport peut mieux faire

Alors que la plupart des acteurs du sport se sont mobilisés en faveur de la protection de l’environnement, les défis restent majeurs et nombreux.

Le sport et ses manifestations internationales polluent, et même beaucoup : 3,4 millions de tonnes de gaz à effet de serre pour les Jeux Olympiques (J.O.) de Londres 2012, soit l’équivalent d’un an de consommation de 200 000 foyers européens. Pour la Coupe du Monde au Brésil (CdM) 2014, ce sont 2,73 million de tonne de gaz à effet de serre qui furent émises, soit l’équivalent de six mois de consommation énergétique de l’Islande. Bien que les chiffres divergent selon ce que l’on décide de compter, ils restent vertigineux. L’attribution récente de la CdM 2022 au Qatar, des J.O d’Hiver 2018 à PyeongChang (Corée du Sud) et 2022 à Pékin (Chine) ne rassurent pas non plus.

Il semble illusoire de vouloir organiser des évènements mondiaux qui seraient neutres sur le plan écologique quand on sait qu’entre 80 % et 90% des émissions de gaz à effet de serre proviennent du déplacement des supporters. De plus, ces évènements sont avant tout ponctuels et leurs intérêts dépassent largement le « simple » cadre sportif. L’ambition consisterait plutôt à mobiliser les ressources et l’attention internationale de ces évènements, non seulement pour repenser les infrastructures sportives et urbaines mais aussi pour sensibiliser les (télé)spectateurs et ainsi favoriser un changement positif de comportement.

L’héritage urbain

Les grands évènements sportifs internationaux, malgré leur empreinte écologique, constituent une opportunité pour les pays-hôtes de repenser leurs infrastructures de manière éco-responsable. Cette opportunité ne concerne pas que les installations sportives, mais influe plus largement sur l’aménagement urbain : les transports, les logements, la création de parcs…

Le soutien financier des fédérations internationales mais aussi l’investissement public permettent de mobiliser des ressources conséquentes. Malgré les contraintes (financières, mais aussi celles liées aux infrastructures déjà existantes), intégrer la protection de l’environnement dans la conception même de l’évènement  permet d’obtenir des résultats significatifs.

Les J.O de Londres sont devenus une référence en la matière. Grâce à un plan « Développement Durable » ambitieux, les organisateurs estiment ainsi avoir économisé 5% du budget total d’organisation, environ 400 000 tonnes de dioxyde de carbone et favorisé un recours massif aux transports en commun (85%), entres autres initiatives. Ces Jeux ont surtout été l’occasion pour la ville de réhabiliter des quartiers entiers, avec notamment le renouvellement urbain de l’est londonien. Malgré des insuffisances dans la conception de ces espaces, les grands évènements sportifs restent, selon Stéphanie Beucher, « une occasion importante à saisir pour interroger les territoires urbains et leur durabilité ».

L’héritage culturel

C’est là semble-t-il l’autre enjeu majeur en terme d’héritage. Comme le soulignait Nicolas Hulot, « l’écologie est aussi et surtout un problème culturel ». L’attention internationale de ces évènements constitue une opportunité à saisir. Les chiffres d’audience des grands évènements sont saisissants : 3 milliards de téléspectateurs pour la cérémonie d’ouverture de Sotchi, 3,2 milliards pour la Coupe du monde au Brésil… Pourtant, comme le partageait David Stubbs, le responsable du programme « Développement Durable » des J.O de Londres, dans le dernier numéro de notre revue Sport et Citoyenneté (mars 2015), un regret demeure quant à la communication faite autour de ce plan. L’effort consenti par Londres n’a pas permis, autant que son potentiel lui permettait, de mobiliser une audience pourtant mondiale.

Le Programme des Nations Unies pour l’Environnement a travaillé à plusieurs reprises avec les Comités d’Organisation (Athènes, Turin, Pékin, Vancouver) pour sensibiliser le public sur ces questions. On peut imaginer beaucoup d’activités pédagogiques : ateliers et activités de sensibilisation sur le terrain, mobilisation des acteurs du sport pour porter le message, clips d’informations, contribution des médias pour mettre en avant le sujet…

Enfin, ces évènements doivent être l’occasion de promouvoir la pratique sportive du plus grand nombre : profiter des « sports de nature » pour rapprocher l’homme de  son environnement, favoriser la marche et le vélo en ville pour les déplacements, sensibiliser au lien entre la santé et l’environnement à travers le sport, favoriser une alimentation saine pour le corps et la planète…  Le changement des comportements et l’évolution culturelle nécessaires à la protection de l’environnement peuvent et doivent passer par le sport.

Qui fait quoi ?

Le choix de la ville qui accueillera les J.O 2024 sera pour la première fois conditionné au respect de l’Agenda Olympique 2020, la feuille de route éditée fin 2014 par le CIO pour penser l’avenir de l’Olympisme et des candidatures olympiques. Dans cet examen, la question environnementale fera partie des sept critères de sélection, au même titre que tous les autres. Ce sera un véritable test pour mesurer l’ambition du CIO en matière écologique. Bien que le Mouvement sportif soit ici en première ligne, le défi concerne tout autant les autorités publiques et les villes hôtes.

L’héritage écologique de ces évènements est avant tout national mais permet aussi d’établir des précédents sur le plan international. Ainsi, c’est sous l’impulsion allemande que le programme environnemental de la CdM, le Green Goal, est né. Il est depuis reconduit à chaque édition. L’initiative « éco-responsable » de Londres a contribué à la création du label ISO 20121 qui certifie désormais le respect des normes environnementales des grands évènements internationaux. Les autorités publiques sont d’autant plus concernées que les infrastructures pensées et réalisées dans le cadre de ces évènements auront une dimension structurante dans la conception des manifestations sportives nationales et de l’aménagement urbain.

Le sport et l’écologie peuvent et doivent donc faire cause commune. Mais si le sport veut préserver sa légitimité à porter le message écologique auprès d’un public mondial, il doit être lui-même exemplaire, particulièrement lors des manifestations les plus médiatisées. 

 

Hamdi Benslama, Chargé de mission, Sport et Citoyenneté

www.sportetcitoyennete.com

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