JOP 2024 : le défi de l’emploi

Paris 2024 se veut être un projet responsable, et pas seulement d’un point de vue environnemental. Il doit être porteur d'emplois et un véritable projet sociétal inclusif.

Ces Jeux doivent se poser en véritable catalyseur de l’emploi en Ile-de-France et en particulier en Seine-Saint-Denis, département de France métropolitaine le plus jeune et avec le plus fort taux de pauvreté. Les engagements pris en ce sens par le comité organisateur et la Solideo, l’établissement public chargé de la livraison des ouvrages olympiques, démontrent d’une réelle et ambitieuse prise de conscience de l’impact social des Jeux en termes d’emploi. Les prévisions annoncées par les organisateurs en avril dernier misaient sur la mobilisation potentielle de 150 000 emplois pour Paris 2024, avec une ouverture vers les TPE et PME ainsi que vers les projets portés par les acteurs de l’économie sociale et solidaire (ESS).

Toutefois, ces prévisions doivent être lues avec prudence. Répartis dans 4 secteurs principaux (la construction, l’organisation, le tourisme et la restauration), ces emplois seront pour une grande partie non-durables. Se pose alors la question de leur pérennisation : quelles sont les compétences à acquérir pour occuper ces postes ? Comment valoriser cette expérience sur le long terme ? Comment faire en sorte que ces emplois bénéficient en premier lieu au département de Seine-Saint-Denis ? Le Comité d’organisation et la Solideo semblent avoir bien cerné ces problématiques, en mettant l’accent sur le recours à l’apprentissage plutôt qu’à des travailleurs détachés et la promotion de métiers en tension. De plus, ils se sont rapprochés des acteurs de l’ESS comme Les Canaux ou le Yunus Centre notamment, pour mettre en place la Plateforme solidaire « ESS 2024 » et permettre à cet écosystème de contribuer au projet olympique. Ils se sont également associés au MEDEF et ses partenaires pour lancer une autre plateforme, « Entreprises 2024 », qui a pour but de faciliter l’accès aux opportunités économiques et sociales liées à l’organisation des JOP aux entreprises.

Mais des interrogations subsistent, notamment sur certains secteurs d’activités où l’offre d’emploi attendue est potentiellement supérieure à la demande. Comment attirer alors les candidats vers ces marchés, tout en prenant en compte la nécessité de les orienter en priorité vers la Seine-Saint-Denis ? Ces enjeux ne doivent pas être sous-estimés par les acteurs institutionnels, et leur capacité à les prendre en compte sera déterminante pour la réussite sociale de Paris 2024.

Le chantier du Grand Paris, qui se développe en parallèle de la préparation des Jeux Olympiques et Paralympiques, pourrait être une solution pour assurer une continuité des emplois et leur implantation sur le territoire de l'Ile-de-France. Ce projet, dont la durée et l’ampleur sont bien supérieures à celles des JOP, pourrait offrir un prolongement aux emplois mobilisés, notamment dans le secteur de la construction. Pour que le passage de relais se fasse, un travail en amont est primordial ; l’approche de recrutement et de formation devant se penser à long terme par une discussion et une réflexion entre les différents acteurs concernés. Alors l’expérience acquise lors de la préparation des Jeux pourra constituer une expérience tangible et valorisable sur le marché du travail pour de jeunes travailleurs en quête d’insertion professionnelle.

Ce travail en amont ne pourra se faire tant que subsistera le flou actuel sur la gouvernance de l’organisation des Jeux. L’État doit prendre au plus vite ses responsabilités et se positionner afin de coordonner l’action des différents acteurs impliqués dans ce projet. Que ce soit le préfet de région, la préfecture de Seine-Saint-Denis ou la Délégation Interministérielle des Jeux Olympiques et Paralympiques (DIJOP), ces acteurs doivent prendre en main le pilotage de groupes de travail réunissant experts de l’emploi (Pôle Emploi), acteurs économiques (restauration, tourisme, BTP), partenaires sociaux (MEDEF, salariés), acteurs du sport et des Jeux olympiques (Paris 2024, Solideo), et collectivités territoriales (Ville de Paris, Région Ile-de-France, Département de Seine-Saint-Denis). Il nous semble urgent d’institutionnaliser au plus vite les initiatives pour permettre des retombées positives en termes d’emploi.

En conclusion, si les ambitions très élevées des organisateurs sont légitimes au vu de l’opportunité que représentent les JOP, le risque est de se limiter aux effets d’annonce. Il nous semble essentiel de se positionner sur cet enjeu majeur qu’est l’emploi bien au-delà des JOP, pour faire de cet évènement un tremplin majeur pour la Seine-Saint-Denis et l'ensemble du territoires francilien. La réussite des Jeux se mesurera que par la dynamique qu’ils auront su insuffler dans ce territoire sur le long terme.

Par Laurent Thieule, président du Think tank Sport et Citoyenneté

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