Tribune : L’espoir de Tokyo 2020

par Jean-Loup Chappelet, Université de Lausanne, IDHEAP, membre du comité scientifique de Sport et Citoyenneté

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"La crise sanitaire actuelle a totalement bouleversé l’organisation de la plupart des prochaines manifestations sportives (ou autres) et a entrainé le report en 2021 des Jeux olympiques prévus à Tokyo fin juillet-début août prochains, suivi des Jeux paralympiques. Une annulation des Jeux – suggérée par certains – aurait été une grande erreur et ceci pour plusieurs raisons

Un renoncement improbable sauf tsunami sanitaire

Historiquement, les Jeux n’ont été annulés que pendant les deux guerres mondiales (en 1916, 1940, 1944). La situation est grave, mais pas comparable. Les Jeux de 1940 avaient été attribués à Tokyo (et ceux d’hiver de la même année à Sapporo), mais c’est le Japon qui y a renoncé dès juillet 1938, à cause, à l’époque, de son invasion de la Chine. Aujourd’hui, les autorités japonaises ont réaffirmé à plusieurs reprises leur volonté d’organiser les Jeux. Il était donc très improbable que le gouvernement japonais renonce totalement aux Jeux sauf tremblement de terre ou tsunami sanitaire. La réputation du pays et l’image ultra moderne qu’il veut projeter sont en effet en jeu, notamment en Asie face au modèle chinois.

Au-delà de l’image, la dimension économique ne peut être sous-estimée pour les Japonais qui ont investi depuis sept ans plusieurs milliards d’euros dans l’organisation de leurs Jeux et la construction d’installations sophistiquées. Certes, ces installations pourront être utilisées pendant de longues années (comme le sont encore celles de Tokyo 1964), mais les frais d’organisation auraient été en grande partie gaspillés et surtout pas allégés par des recettes (billets, sponsoring, etc.) L’autofinancement du mouvement sportif international (et de la place olympique suisse*) serait également affecté en cas d’annulation, même s’il dispose de filets de sécurité.

Symboliquement, une annulation aurait aussi été désastreuse

Symboliquement, une annulation aurait aussi été désastreuse car les Jeux sont depuis plus d’un siècle un des rares symboles – sinon le seul – de coopération internationale efficace et de coexistence pacifique. Ils réunissent aujourd’hui sur un même territoire plus de 200 pays créant ainsi un nombre incalculable d’interactions pacifiques entre personnes de tous horizons dans le village et la ville olympiques. Les Jeux nécessitent la coopération du COJO et du CIO, mais aussi des comités nationaux olympiques (qui engagent leurs équipes), des fédérations nationales et internationales (qui préparent les athlètes et sanctionnent les compétitions), ainsi que des autorités locales (qui garantissent les conditions de sécurité nécessaires des personnes et des biens). L’organisation des Jeux requiert la coopération étroite de toutes ces diverses entités. En ces temps de scepticisme généralisé, nous avons besoin de voir que la coopération internationale peut fonctionner concrètement à un niveau mondial grâce à la bonne volonté de tous. Cela pourrait être utile pour d’autres problématiques qui dépassent le cadre national.

Finalement, une annulation pure et simple des Jeux aurait été très dure pour les athlètes olympiques qui se préparent actuellement avec difficultés certes, mais pour qui ils ont beaucoup sacrifié. Une simple annulation, sans report pour assurer leur sécurité et l’équité des compétitions, créerait de l’incertitude chez toute une génération de sportifs et sans doute chez de futures villes organisatrices ou candidates. Ce serait peut-être la fin d’un symbole de coopération et d’espoir dont nous avons bien besoin."

*J.-L. Chappelet, La place olympique suisse, émergence et devenir, Editions Cabédita, 2019.

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