Les interviews et articles qui suivent ont été publiés à l’automne 2009 pour le 20e anniversaire de la destruction du Mur, dans la revue mensuelle du NPA. 1] Ayant coordonné ce dossier 2], je crois utile, pour ce 25e anniversaire, de le reproduire dans mon blog, avec quelques corrections mineures. Ces divers éclairages et opinions restent toujours d’actualité, et je pense qu’il est utile de les faire partager aux lecteurs de Médiapart.
En donnant la parole aux militants du mouvement social de l'ex-RDA, de Russie et de Pologne, nous voudrions alimenter une réflexion au sein de la gauche (devenue totalement aphone s’agissant de cette histoire-là) : sur les leçons des expériences dans l’ex-URSS et les pays de l'Est (mais également en Chine, à Cuba,…) ; sur les révolutions populaires dévoyées ou écrasées ; sur la difficile recomposition d'un mouvement ouvrier laminé par la restauration brutale d'un capitalisme sauvage. Evidemment, ce n'est qu'une modeste contribution pour un si vaste sujet.
Ce dossier comprend :
▪ les interviews de Bernd Gehrke, militant de l’opposition de gauche dans l’ex-RDA depuis les années 1970 ; de Carine Clément, sociologue française installée depuis vingt ans en Russie et militante du mouvement social russe ; de Zbigniew Marcin Kowalewski, délégué au 1er congrès national du syndicat polonais Solidarność en 1981 et animateur à l’époque du mouvement pour l’autogestion ouvrière ; de Jarosław Urbański, sociologue et un des animateurs du mouvement anarchosyndicaliste polonais Initiative des travailleurs (Inicjatywa Pracownicza) ; de Bogusław Ziętek, président du syndicat Août’80 implanté essentiellement dans le bassin minier de Silésie ;
▪ un Contexte historique, sous forme d’une chronologie commentée des principaux événements, qui ont jalonné la période depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale ;
▪ un texte Des interrogations persistantes et quelques convictions, signé par quatre membres de la rédaction de la revue (dans sa composition d’alors, avant le départ de l’organisation de plusieurs courants successifs) ;
▪ ainsi qu’une courte bibliographie.
▪ A ce dossier, je joins aussi l’article Mur de Berlin : ni fleurs ni couronnes d’Hélène Viken, écrit en réaction au dossier et publié dans le n° 5 de novembre 2009 ;
▪ ainsi que mon article Quelques remarques à propos du bilan, écrit en réaction aux Interrogations persistantes…, mais qui n’a pas été publié.
1] Tout est à nous - la revue n° 3, septembre 2009 (nom actuel de la revue L’anticapitaliste) http://www.npa2009.org/publications-npa/revue?keys=&tid_2=1337&tid_1968=All
2] Signé Roman Dębski.
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« PERSONNE N'ARRIVAIT A Y CROIRE »
Interview de Bernd Gehrke, militant de l'opposition de gauche dans l'ex-RDA depuis les années 1970. En 1989, il fut parmi les cofondateurs de la Ligue verte et de l'Initiative de la gauche unie. Il est auteur de nombreuses publications sur l'opposition et les luttes pour les libertés démocratiques dans l'ex-RDA.
Peux-tu rappeler ces journées où le Mur fut abattu ?
Bernd Gehrke : La chute du Mur, le 9 novembre 1989, fut le résultat d'un mouvement de masse spontané et démocratique, exprimé dans d'impressionnantes manifestations qui grandissaient à un rythme stupéfiant. Ce mouvement a forcé à démissionner non seulement Honecker, le tout-puissant secrétaire général du parti stalinien SED, mais aussi le Politburo et le gouvernement.
Le 9 octobre, les 70.000 manifestants à Leipzig firent une découverte sensationnelle : malgré les préparatifs à une guerre civile, le pouvoir n'avait pas utilisé la force. Honecker voulait lancer les chars, mais il a été débarqué par la majorité du Politburo qui essayait de sauver son pouvoir par une « politique de dialogue ». Ce fut mission impossible : 400.000 manifestants à Leipzig, 500.000 à Berlin Est, des manifestations en province. Tous les jours, des dignitaires tombaient - dans une allégresse croissante. Alors, la chute du Mur, ce fut l'apogée, « la folie ». Personne n'arrivait à y croire.
Comment le mouvement en est-il arrivé à exiger le démantèlement de la police politique Stasi ?
Bernd Gehrke : La révolution démocratique a eu plusieurs phases. En été, il y a eu la fuite à l'Ouest de 10.000 jeunes par la Hongrie, qui a ouvert sa frontière avec l'Autriche. Septembre fut marqué par l'apparition ouverte d'organisations de l'opposition. En octobre, les ouvriers, jusque-là passifs, se sont joints au mouvement. Les manifestations exigeaient la légalisation des partis d'opposition et le respect de la constitution, aboutissant à la démission du gouvernement, du Politburo, et à l'ouverture du Mur.
La vieille clique dirigeante pensait calmer les gens et les faire rentrer chez eux. Mais, les anciennes institutions étaient toujours là, et on a commencé à exiger leur dissolution. Les structures du parti et ses milices dans les entreprises ont été dissoutes. Le conflit autour de la Stasi a éclipsé les autres. Le gouvernement « réformateur » de Modrow l'a dissoute, mais la population s'était rendu compte qu'on brûlait des documents à la hâte. Des manifestations ont eu lieu partout, avec occupation des immeubles de la Stasi, puis l'assaut du siège central à Berlin Est, le 15 janvier. Des comités citoyens démocratiques se sont constitués partout pour surveiller la dissolution.
Qu'est devenu le parti communiste ?
Bernd Gehrke : Des 2,5 millions d'adhérents en août 1989, le SED n'en comptait plus que 400.000 six mois plus tard. Un conseil provisoire s'est formé autour de Gregor Gysi et a convoqué un congrès extraordinaire. La tentative de certains rénovateurs démocratiques de dissoudre le SED, de détruire le vieil appareil et de repartir avec une organisation nouvelle a hélas échoué. Le SED a été transformé en Parti du Socialisme Démocratique (PDS), surtout pour sauver les biens du parti. S'en suivirent des scandales concernant ces biens et les liens omniprésents avec la Stasi. Après un tel « renouveau », les anciens oppositionnels de gauche ne pouvaient pas rejoindre ce parti ; aussi parce que les petits groupes de l'opposition de gauche se sont malheureusement désintégrés avec la disparition de la RDA.
L'effondrement de la dictature à l'Est et la réunification du pays furent une avancée démocratique pour les travailleurs allemands ; mais sur le plan économique et social, ce fut la restauration du capitalisme à l'Est. Comment la gauche allemande voit cette contradiction ?
Bernd Gehrke : Ce n'est pas l'opinion de la gauche allemande. Les avis sont partagés, à l'image de la gauche, très hétérogène. Ça va de certains groupes qui dès le début étaient pour l'unité de l'Allemagne, jusqu'aux staliniens pour qui ce fut une contre-révolution téléguidée par l'Occident et qui a liquidé le « socialisme réellement existant ». Seule une minorité de la gauche, en dehors du SPD, a bien accueilli la réunification de 1990.
Pour certains, la disparition de la RDA fut un recul. Mais, peut-on construire le socialisme au travers d'une dictature policière, et dans un pays occupé par une armée étrangère ?
Bernd Gehrke : Seule une partie de la gauche pose cette question. La majorité voit l'occupation et la division de l'Allemagne comme une juste punition pour le fascisme et la guerre. Ton affirmation disant que l'unité allemande fut un progrès pour la classe ouvrière est complètement déconnectée de certains problèmes politiques et sociaux importants. Je pense que nous devrions faire une distinction entre, d'une part, la chute, nécessaire et légitime, de la dictature stalinienne et l'unité de l'Allemagne « en soi », et, d'autre part, la forme concrète que cette unité a prise sous un régime conservateur et réactionnaire.
C'est vrai que l'unité allemande en 1990 fut le résultat de la volonté des travailleurs est-allemands. Mais ces derniers ont suivi aussi le slogan de la CDU : arrêt des expérimentations sociales, progressistes, et retour au capitalisme allemand éprouvé. Cela allait de pair avec la défaite de toute la gauche allemande, de l'Est comme de l'Ouest. Les résultats furent catastrophiques : une désindustrialisation, unique dans l'histoire, d'un pays industriel s'est opérée en 3-4 ans ; 1,7 millions de personnes ont quitté l'Allemagne de l'Est depuis 1989.
Il faut discuter non seulement de la restauration du système économique capitaliste en soi, mais aussi de la victoire du néolibéralisme à tous les niveaux de la société et de la reconstruction réactionnaire de l'Allemagne. Les travailleurs est-allemands ne sont donc jamais arrivés là où ils voulaient en venir en 1990, à ce « capitalisme prospère » de l'Allemagne de l'Ouest. En croyant aveuglément dans la politique libérale des privatisations à l'Est, les travailleurs y ont contribué considérablement. Ceci dit, tous les mouvements sociaux importants en Allemagne depuis 1991 sont généralement venus de l'Est ; mais c'étaient des luttes défensives.
Il faut des débats approfondis pour déterminer le caractère du processus historique de 1989 à 1991. L'unité allemande a été fondée en grande partie sur une alliance entre les travailleurs est-allemands et la bourgeoisie ouest-allemande. La réunification avait donc un caractère réactionnaire, et non pas progressiste, comme celle réalisée par Bismarck en 1871. Bismarck conduisit une « révolution par en haut ». Les travailleurs en RDA ont brisé leur révolution et réalisé une « restauration par en bas ». Cela n'a pas conduit au retour d'une dictature comme celle du SED, mais à la liquidation des restes de la « révolution stalinienne par en haut » en 1945-48 (par exemple la nationalisation des usines) et des structures révolutionnaires naissantes d'une « république rouge-verte » en 1989.
La réunification a signifié un arrêt de la révolution démocratique en RDA, avec ses perspectives progressistes (même si elles n'étaient pas socialistes) d'émancipation démocratique, sociale et écologique de toute l'Allemagne. L'alternative, c'était une unification sur pied d'égalité de la « démocratie civile » en RDA, radicalement démocratique et sociale, avec la République fédérale. Jusqu'en décembre 1989, la grande majorité des Allemands de l'Est restaient attachés à une RDA démocratiquement transformée. La Table ronde entre l'opposition et le pouvoir voulait réaliser de nombreuses revendications avancées par les syndicats et la gauche de l'Allemagne de l'Ouest, dans la perspective d'une future unité allemande.
Les discussions sur une « troisième voie » en 1989-90 gardent leur valeur, tout comme les idées de démocratisation du Printemps de Prague en 1968 ou le programme de Solidarność en 1981, en tant qu'alternatives au néolibéralisme et au capitalisme. Hélas, la majorité de la gauche allemande ne comprend pas quels trésors peuvent renfermer de telles alternatives. Je constate avec plaisir que les jeunes étudient Le Capital de Marx dans les universités allemandes, et qu'on voit le retour des débats sur les alternatives socialistes. (Propos recueillis par Stefan Bekier, août 2009)
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Le Mur. Août 1961 - Construction du « mur de la honte » par le régime de la RDA. Raison : l'exode massif vers l'Ouest, quand les déplacements à Berlin étaient encore libres (plus de 3,5 millions d'Allemands quittent la RDA entre 1945 et 1961).
C'est une large bande de terrain de plus de 40 km, enfermée entre deux murs, avec barbelés, miradors, alarmes, pièges et chemins de ronde, surveillée par des milliers de soldats et mille chiens de combat.
De 1961 à 1989, on estime à plusieurs centaines (de 200 à 1.000 selon les sources) le nombre de personnes tuées par les sinistres Vopos (garde-frontières est-allemands), en tentant de fuir Berlin-Est. Le nombre d'emprisonnés pour tentative de « désertion » avoisinerait les cent mille. Plusieurs anciens dirigeants de la RDA ont été condamnés en 1997 et 2004 pour avoir donné l'ordre de tirer sur les fugitifs. (sb)
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« UN REGIME AUTORITAIRE, MAIS SURTOUT ULTRA CAPITALISTE »
Interview de Carine Clément, sociologue française installée depuis vingt ans en Russie, chercheuse et enseignante à l’institut de sociologie de l’Académie des sciences et fondatrice de l’Institut de l’action collective (IKD) à Moscou. Elle est aussi militante du mouvement social russe, collaboratrice régulière du Monde diplomatique et auteure de travaux sur la classe ouvrière en Russie.
Comment caractérises-tu ce capitalisme restauré en Russie ?
Carine Clément : En Russie, on dit « capitalisme sauvage », sans régulation étatique et sans souci de l’intérêt général. Un rapport de forces pur, où les gros chefs d'entreprise font ce qu'ils veulent. Sous Eltsine, les oligarques, qui se sont approprié les grandes entreprises, dictaient leur loi au gouvernement ; sous Poutine, la politique néolibérale se poursuit dans la sphère sociale et c’est les dirigeants politiques qui deviennent des oligarques. Il n’y a pas de réelle séparation entre l'Etat et la sphère économique.
Qui possède le capital ? l'ancienne nomenklatura « communiste » ? les multinationales ? une nouvelle classe d'oligarques ?
Carine Clément : Un peu de tout. Le capital étranger est très peu présent en comparaison avec les autres pays de l'Est. Il est apparu à la fin des années 1990 dans les secteurs les plus rentables, comme le gaz et le pétrole. Dans l'automobile, l'installation des multinationales est plus récente. L'essentiel c'est quand même le capital russe ; et quand les étrangers sont là, ils ont une minorité d'actions.
Quel capital russe ?
Carine Clément : Dans les années 1990, c'étaient les soi-disant « oligarques », liés la nomenklatura ex-soviétique. La majorité des gens riches étaient liés à la nomenklatura en Europe de l'Est. Ils étaient proches du pouvoir, donc en position de force pour s'approprier des richesses phénoménales, privatisées pour deux sous. Ils ont ainsi volé les richesses du peuple.
C'était une mafia, liée à la famille Eltsine. Avec Poutine, c'est toujours une oligarchie, mais plus étatique. Je dirais qu'il n'y a pas d'Etat en Russie. Il y a juste des personnes qui travaillent dans la machine d'Etat, mais qui agissent très souvent pour leur compte à elles ou celui de leur « clan ». C'est la corruption. Des ministres et des hauts fonctionnaires sont devenus directeurs des entreprises dites « stratégiques », comme Gazprom et d'autres. Ce sont eux et le clan qu’ils représentent qui ont pris le contrôle, pas l'Etat.
Le régime de Poutine est appelé souvent autoritaire.
Carine Clément : C'est un régime autoritaire, évidemment ; mais celui d’Eltsine l'était-il moins ? Il était moins autoritaire dans le sens qu'il a institué le règne de « vous êtes libres de faire ce que vous voulez ». Donc, moi Eltsine et nous les ex- de la nomenklatura, on est également libres de faire ce qu'on veut, d'accaparer le maximum de richesses. Mais, lorsque le parlement s'est soulevé en 1992-93 contre ce que les opposants avaient appelé à l'époque la « dictature d’Eltsine », ce dernier a fait envoyer les bombes. Ceci dit, pour l'Occident, Eltsine encore aujourd'hui est un modèle de démocratie.
Poutine est venu au pouvoir en répondant à des revendications très fortes et massives au sein de la population : retour de l'ordre, arrêt du partage violent et sanglant des richesses, paiement des salaires, respect des lois. C'est un régime autoritaire, mais surtout ultra capitaliste. Des réformes très libérales dans la sphère sociale font que les gens ont des retraites minables, n'ont plus de sécurité sociale, ont des difficultés à se loger.
Le nationalisme grand-russe semble être l'idéologie de ce régime.
Carine Clément : Le nationalisme est typiquement ce vers quoi les gens se retournent quand ils se sentent humiliés et perdus. C’est ce qui est arrivé lors de l’éclatement de l’Union soviétique, de la perte des ex-républiques. C’est un sentiment accentué par l’appauvrissement brutal de la population et par la précarité. Enfin, c’est un sentiment entretenu par l’idéologie dominante depuis Poutine, qui joue sur le revanchisme en parlant du retour de la « grande puissance russe » et qui montre du doigt aux gens désorientés des boucs-émissaires commodes pour faire passer la pilule d’une politique antisociale. D’où l'antiaméricanisme, toujours vivace. Un antisémitisme également, mais moins largement répandu (à noter que le parti communiste actuel est largement traversé par ces deux types de nationalismes). Il y a le racisme et la xénophobie au quotidien.
Et le rejet des « tchorniye » (noirs) ?
Carine Clément : Oui, ce qui est nouveau, c'est le racisme à l'égard des gens venant du Caucase. C'est lié à la guerre de Tchétchénie et à la peur du terrorisme, largement orchestrée par le pouvoir. C’est lié également aux difficultés de la vie quotidienne. Dans les marchés, par exemple, la majorité des vendeurs viennent du Caucase, et ça entretient un racisme quotidien dans les couches populaires, indignées par la hausse des prix. Ces tendances racistes et xénophobes ont longtemps été encouragées par le pouvoir ; aujourd’hui il semblerait que les actes racistes soient plus sévèrement punis, mais le problème c’est le racisme chez les policiers et la lutte contre « l’extrémisme » qui met les groupements racistes et antiracistes dans le même panier.
Comment s'organise la résistance sociale ?
Carine Clément : On ne peut pas parler de résistance contre le capitalisme. Il y a une société qui a été complètement écrasée par soixante-dix ans de système soviétique, puis par la « thérapie de choc » néolibérale, le rétablissement brutal d'un capitalisme sauvage et l'autoritarisme du pouvoir. C'est une résistance qui commence juste à retrouver ses repères, à partir de 2004-2005 ; hormis la période de la chute de l'Union soviétique en 1990-91, mais c'était complètement différent.
Il y eu à l'époque des mouvements des syndicats de mineurs.
Carine Clément : Il y a eu cette période d'euphorie en 1988-90. Les revendications étaient d'abord économiques ; puis, l'exigence du droit de participer à la gestion des mines, et ensuite très vite « A bas le rôle dirigeant du parti communiste », « Nous voulons le marché et la démocratie ». Les mineurs n'avaient pas une idée très claire de ce qu'étaient le marché et la démocratie ; en gros, pour eux, c'était simplement d'avoir de quoi vivre et travailler dans de bonnes conditions. Eltsine est arrivé au pouvoir sur cette vague protestataire.
En 1993, il y a eu un sursaut de l'opposition politique (communistes et nationalistes partisans de la grande et puissante Union Soviétique), contre laquelle Eltsine a fait bombarder le parlement. Puis, nouvelle remontée en 1994-1998 contre le non-paiement des salaires et la privatisation spéculative des entreprises. La production a chuté, et les gens se mobilisaient pour sauver leur entreprise, avec expériences de contrôle des entreprises par des collectifs de salariés. Le mouvement s'est politisé et a fini par demander la démission d’Eltsine. Puis nouvelle retombée, krach financier de 1998, chute du rouble et arrivée de Poutine.
En 2005, un redémarrage massif des mobilisations contre la réforme ultralibérale de la sécurité sociale et des services publics gratuits, touchant surtout les personnes âgées. En deux mois, plus de 20 millions de personnes sont sortis dans la rue sur tout le territoire, avec des manifestations tous les jours, jusqu'à la plus petite ville de Russie. Ces mouvements furent soutenus en partie par la population, et ont réussi – très rare en Russie ! – à obliger le gouvernement à reculer et à remettre en place certaines garanties sociales.
Comment fonctionne cette opposition ?
Carine Clément : Il y beaucoup de coordinations au niveau des villes. Des réseaux interrégionaux aussi. Ce sont des mouvements par thème, car les gens n'ont pas l'habitude de s'organiser. On se mobilise non pas sur des slogans anticapitalistes ou pour la paix dans le monde, mais sur des choses qui concernent directement la vie quotidienne : problèmes de logement et de spéculation immobilière, mouvements liés aux droits sociaux et à certaines catégories, comme les handicapés. Depuis 2007, il y a aussi la reprise des grèves et l'apparition de nouveaux syndicats, plus combatifs que les autres, surtout dans les entreprises multinationales ; par exemple le comité syndical de l'usine Ford.
Est-ce qu’il y a des groupes plus politiques ?
Carine Clément : Bien sûr qu’il y a des groupes plus politiques, y compris des groupements trotskystes ou de gauche radicale. Mais ils ne constituent qu’une infime minorité, la masse des participants aux mouvements sociaux n’est pas politisée au sens strict du terme. Mais il y a deux tendances positives. D’une part, les militants de gauche, y compris chez les jeunes, s’inscrivent de plus en plus dans les luttes sociales – et ce, sans prétendre à prendre la « direction des luttes » (maladie infantile des militants avangardistes de Russie). Et, d’autre part, les gens qui se battent sur des thèmes sociaux ou économiques en arrivent de plus en plus à l’idée de la nécessité de s’occuper de politique au sens large. C’est l’idée transmise dans les slogans les plus populaires : « Le pouvoir sous contrôle citoyen », ou « Le pouvoir, c’est nous ! ».
Comment vois-tu les perspectives ?
Carine Clément : Sans cette étape-là – de luttes sociales sur le terrain du quotidien des gens – il n'y aura jamais de mouvement anticapitaliste. Il faut passer par une réelle réappropriation du politique et du sens citoyen par de larges catégories de la population. C'est une étape indispensable, mais sans doute insuffisante ; et à mon avis elle va durer assez longtemps. De plus, les mouvements de gauche sont beaucoup plus faibles que les mouvements sociaux, même si ceux-ci sont handicapés par leur morcellement et leur faible organisation. (Propos recueillis par Stefan Bekier, juin 2009)
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EXEMPLE POLONAIS
La Pologne est l'exemple frappant d'une énorme contradiction. C'est le pays où il y a eu le plus de révoltes et révolutions ouvrières contre la bureaucratie dite communiste depuis 1956, et qui ont failli, en 1980-81, la renverser et instaurer une République autogérée des classes populaires. Pourtant, la restauration capitaliste l'a emporté. Un ancien activiste de Solidarność et deux responsables des syndicats actuels nous parlent de ce bilan et des luttes de résistance.
« IL N'ETAIT PAS QUESTION DE PRIVATISER L'ECONOMIE… »
Interview de Zbigniew Marcin Kowalewski, délégué au 1er congrès national de Solidarność en 1981, membre de la direction de la région de Łódź de ce syndicat et animateur du mouvement pour l'autogestion ouvrière. Il est rédacteur en chef adjoint du Monde Diplomatique – édition polonaise.
Dans le programme de République autogérée, adopté par Solidarność en 1981, il n'y avait rien sur la privatisation de l'économie. Pourquoi le syndicat avait-il adopté ce cours après 1989 ?
Zbigniew M. Kowalewski : Le 1er Congrès des délégués de Solidarność, à l'automne 1981, fut la représentation la plus massive et la plus démocratique de la classe ouvrière dans toute l'histoire du mouvement ouvrier polonais. Dans la résolution historique de ce congrès, on réclamait « la mise en œuvre d'une réforme autogestionnaire et démocratique à tous les niveaux de gestion, et l'instauration d'un nouvel ordre social et économique combinant le plan, l'autogestion et le marché ».
On exigeait que l'économie soit basée sur « l'entreprise sociale », c'est-à-dire entreprise étatique « gérée par les salariés, représentés par un conseil des travailleurs, la direction opérationnelle étant confiée à un directeur choisi par le conseil des travailleurs par voie de concours et responsable également devant ce conseil ». On exigeait aussi « la socialisation de la planification »; les plans devraient être élaborés non pas bureaucratiquement mais démocratiquement, sous l'angle de la satisfaction des besoins sociaux. Ce programme proclamait sans ambiguïté que « une authentique autogestion des travailleurs constituera la base de la République autogérée ».
Tu étais l'un des principaux militants du très populaire courant pour l'autogestion des travailleurs. Peux-tu en rappeler les objectifs ?
Zbigniew M. Kowalewski : Il n'était pas question de privatiser l'économie, même partiellement ; tout comme il n'était pas question de remplacer l'économie planifiée par l'économie de marché. Ce programme, adopté par Solidarność, a été élaboré par un mouvement de masse pour l'autogestion ouvrière, mouvement des conseils de travailleurs, qui se développait de façon très dynamique sous la protection et avec le soutien de Solidarność. Ce mouvement et ce programme exprimaient et reflétaient les aspirations des ouvriers vers un contrôle collectif et démocratique, par les travailleurs, sur les principaux moyens de production, lesquels à l'époque étaient nationalisés. Il s'agissait de socialiser une économie étatique, et non de la privatiser et de la redonner aux capitalistes.
Plusieurs années après l'instauration de l'état de siège [en décembre 1981] et la dislocation de Solidarność, la direction clandestine - agissant donc, forcément, en dehors de tout contrôle démocratique d'en bas - a abandonné ce programme. Guidée par le principe - dont les effets sont toujours catastrophiques - selon lequel « l'ennemi de mon ennemi est mon ami », elle a commencé à chercher appui et aide auprès des puissances impérialistes. Pour l'obtenir, il lui fallait renier le programme de la lutte pour l'autogestion ouvrière et apporter son soutien au programme de restauration du capitalisme en Europe de l'Est et en URSS, prôné par Ronald Reagan. Cette direction avait le choix : soit s'appuyer sur le mouvement syndical et ouvrier international, soit sur Reagan. Elle opta pour la deuxième voie, et ainsi, au lieu d'une République autogérée, elle a choisi le capitalisme.
Penses-tu qu'un mouvement similaire pourrait renaître dans la lutte pour récupérer les entreprises privatisées ?
Zbigniew M. Kowalewski : Je pense que tôt ou tard les travailleurs polonais, en défendant leurs droits et intérêts, seront obligés d'engager la lutte pour la renationalisation des principaux moyens de production. Le problème clé sera alors de faire que les nationalisations des entreprises se fassent sous le contrôle des travailleurs, qu'elles ouvrent la voie à la gestion des entreprises par des conseils de travailleurs représentatifs et démocratiques, et à une économie planifiée basée sur les principes d'une planification socialisée. Je suis sûr que, dans ces conditions, les expériences et les propositions programmatiques du mouvement pour l'autogestion ouvrière et de Solidarność de 1981 apparaîtront comme une référence historique et une source d'inspiration très importantes. (Propos recueillis par Stefan Bekier, août 2009)
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« SOLIDARNOŚĆ A TOUJOURS PAYE CHEREMENT SON SOUTIEN AUX PRIVATISATIONS ET AUX GOUVERNEMENTS »
Interview de Jarosław Urbański, sociologue, un des animateurs du mouvement anarcho-syndicaliste Initiative des travailleurs (OZZ Inicjatywa Pracownicza)
Quelles furent les principales mobilisations ouvrières contre les conséquences des privatisations et de la politique économique néolibérale ?
Jarosław Urbański : En Pologne, aussi bien avant 1989 qu’après, les mobilisations des travailleurs ont eu et ont un caractère très régulier. Les premières, et à ce jour les plus importantes, ont eu lieu déjà en 1992-1993. Mais, ce n'est pas évident de dire que les ouvriers aient été à l'époque clairement contre les privatisations. Ce fut une vague de grèves et de manifestations contre les effets des transformations systémiques, le chômage très élevé, etc. Par contre, la deuxième grande vague des mobilisations des travailleurs, en 2002-2003, fut dirigée clairement contre l'idée même de privatisation. Les enquêtes sociologiques montrent que le soutien aux privatisations baissait pendant toutes ces années, les adversaires étant devenus plus nombreux que les partisans. Les ouvriers ont cru longtemps en une version « lyrique » du capitalisme et de l'Etat-providence, dans le style scandinave ou allemand.
La direction de Solidarność a soutenu les privatisations, participant même au gouvernement. Comment cela était-il perçu dans les entreprises, par les commissions syndicales et les travailleurs qui ont quand même été très lésés par cette politique ?
Jarosław Urbański : C'est une question difficile. Politiquement, Solidarność n'est pas un syndicat homogène. Différentes tendances s'y affrontent. La majorité considère comme positif le fait que le parti communiste ait été écarté du pouvoir, il y a vingt ans. En même temps, des divergences profondes existent quant à l'appréciation de la transformation systémique comme telle, y compris quant au déroulement des privatisations. Bien sûr, la manière dont les notables de Solidarność voient ces questions diffère considérablement de ce qu'en pense la base syndicale. Solidarność a toujours payé chèrement son soutien aux privatisations et aux gouvernements, par de profondes divisions (apparition des courants comme Solidarność'80 ou Août'80), l'hémorragie de militants et la perte de confiance.
Quels principaux droits font l'objet de luttes aujourd'hui ?
Jarosław Urbański : Malheureusement, notre lutte a encore et toujours un caractère avant tout défensif. Généralement, il s'agit du maintien des conquêtes ouvrières du passé, d'une résistance contre la flexibilisation du droit du travail, et aussi contre la réduction des salaires réels.
Comment expliques-tu la faiblesse et l'éparpillement du mouvement syndical pendant ces vingt dernières années ?
Jarosław Urbański : Selon des études fiables, le taux de syndicalisation en Pologne était d'environ 28% au début des privatisations, en 1990, et aujourd'hui on parle de 14%, bien que certaines études indiquent des indices d'appartenance syndicale encore plus bas. Le nombre d'adhérents de Solidarność a baissé de 2.250.000 à 750.000. En même temps, il faut reconnaître que les mêmes processus ont touché aussi des syndicats dans d'autres pays, par exemple en Allemagne, où le nombre des adhérents du DGB a chuté de 13 millions à 8 millions. Néanmoins, il faut admettre qu'en Pologne - et plus largement en Europe centrale, car nous avons la même situation en Tchéquie, en Hongrie et dans les pays baltes - la crise des syndicats est peut-être plus profonde que dans le reste de l'Europe.
La baisse du nombre des adhérents des syndicats fut accompagnée aussi par leur morcellement. En partie, ce fut une réaction à la tendance précédente, après la Seconde Guerre mondiale, lorsque, sous les auspices de l'Etat et du parti, il n'y avait qu'une centrale syndicale unique. Evidemment, les ouvriers n'étaient pas contents de cette situation. Un des mots d'ordre des grèves était le pluralisme syndical, le droit à l'existence de nombreuses options du mouvement syndical. Il en fut de même entre les deux guerres (1918-1939). A l'époque, le mouvement syndical était également très diversifié. Personnellement, je considère qu'une telle formule est plus avantageuse dans de nombreux aspects.(Propos recueillis par Stefan Bekier, août 2009)
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« LE MOUVEMENT SYNDICAL DOIT CHANGER SON MODE D'ACTION »
Interview de Bogusław Ziętek, président du syndicat Août'80, issu d'une scission de Solidarność dans les années 1990, implanté essentiellement dans le bassin minier de Silésie.
Votre syndicat est surtout implanté dans les mines. Comment a-t-on essayé de privatiser ce secteur ?
Bogusław Ziętek : Depuis 1990, on a vu des tentatives incessantes de détruire l'industrie minière et la sidérurgie en Pologne. On fermait les entreprises ou on les privatisait, au mépris des droits et intérêts des travailleurs. Jerzy Buzek, le nouveau président du Parlement européen, s'est particulièrement distingué. C'est sous son gouvernement qu'on a liquidé 20 mines et plus de 100.000 emplois, et mené la privatisation des retraites. Les gouvernements de l’Alliance de la gauche démocratique (SLD), héritière du défunt parti communiste, ont mené la même politique. Ils ont cédé au groupe Mittal les deux plus grands complexes sidérurgiques polonais à un prix dérisoire. L'industrie minière est toujours la base du secteur énergétique en Pologne, et emploie plus de 130.000 travailleurs. L'actuelle coalition des néolibéraux du PO de Tusk et du PiS des frères Kaczyński poursuit les tentatives de privatiser cette branche.
Comment les commissions d'entreprise de Solidarność réagissent au fait que leurs dirigeants soutiennent la politique des privatisations ?
Bogusław Ziętek : En donnant son accord à la privatisation, Solidarność a malheureusement joué un rôle essentiel dans le processus de fermeture de grandes entreprises. C'était un soutien politique des dirigeants de ce syndicat, mais aussi des commissions d'entreprise, souvent mêlées à de sombres trafics avec l'ancienne et la nouvelle nomenklatura. Aujourd'hui, la plupart des syndicats mènent leurs propres activités commerciales. Août'80 est le seul syndicat où toute activité commerciale est statutairement interdite. On a vu aussi des cas de promotion des activistes syndicaux dans les directoires et conseils de surveillance. Il semble aujourd'hui que Solidarność, dans le secteur minier tout au moins, a tiré les leçons du passé et essaye de collaborer honnêtement avec notre syndicat dans la défense des intérêts des travailleurs.
Comment vois-tu les possibilités de reconstruction d'un mouvement syndical fort en Pologne ?
Bogusław Ziętek : Depuis de nombreuses années, le mouvement syndical en Pologne est sur la défensive ; il recule sans cesse sous la pression de la propagande libérale. Des syndicats plus petits, comme le nôtre ou Initiative des Travailleurs, essaient d'inciter les travailleurs à passer à l'offensive dans la lutte pour leurs droits. Nos militants sont réprimés, licenciés, à cause de leur activité syndicale.
Les plus grandes mobilisations ces trois dernières années (infirmières et obstétriciennes, postiers, hypermarchés Tesco, mines Budryk) ont eu lieu en dehors des principaux syndicats, et étaient soutenues par des syndicats plus petits mais plus combatifs. Il en fut de même dans les chantiers navals et dans d'autres secteurs. Nous organisions les mobilisations, mais les leaders des grands syndicats appelaient au calme et au dialogue. Le résultat de ce «dialogue» fut la liquidation de deux des trois chantiers navals polonais, et de centaines d'autres grandes entreprises.
Le mouvement syndical doit passer à la contre-offensive et changer son mode d'action. Il faut s'occuper des problèmes que vit toute la société. Il doit participer aux mobilisations contre les expulsions de locataires ; lutter pour les droits des chômeurs et des catégories sociales les plus vulnérables ; participer aux luttes pour les droits et les libertés civiques, aux mouvements antiguerre. Il doit aussi entamer la construction de sa propre représentation politique. Mais avant tout, il doit se rappeler le fait que sa force se basait dans le passé sur une solidarité réciproque entre les différents groupes professionnels et sociaux. Il n'y aurait jamais eu de grandes grèves ouvrières en août 1980 s'il n'avait pas eu cette solidarité mutuelle entre les travailleurs, cette devise « Un pour tous, tous pour un ». Sans ces conditions, le mouvement syndical en Pologne périra. (Propos recueillis par Stefan Bekier, août 2009)
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LE CONTEXTE HISTORIQUE
(chronologie commentée)
par Stefan Bekier
Cette chronologie a été écrite notamment à l’attention des jeunes, qui connaissent mal cette période de révolutions et contre-révolutions dans cette « deuxième Europe » de l'autre côté du Mur. Pour faciliter la lecture, nous l’avons divisée en trois périodes, correspondant à peu près aux principales phases de ce processus très complexe.
I. 1945 - 1956 : un « socialisme » stalinien dans une Europe divisée
Conférences de Yalta et Potsdam (1945) - Staline, Churchill et Roosevelt s'entendent sur l'organisation de l'Europe d'après-guerre. L'URSS est à l'apogée de son prestige international depuis la victoire de Stalingrad (février 1943), sa contre-offensive, la libération des pays de l'Est et la prise de Berlin (mai 1945). L'armée soviétique occupe les parties centrale et orientale de l'Europe ; les armées américaines et alliées, depuis le débarquement en Normandie (juin 1944), les parties ouest et sud. Les lignes de front détermineront le futur tracé du « rideau de fer » qui, de 1947 à 1989, séparera les « deux blocs ». Berlin est partagé entre 4 secteurs : américain, britannique, français et soviétique. La ville est située dans la partie Est de l’Allemagne, occupée par l’armée soviétique.
En libérateurs, mais avec méfiance. - C'est ainsi que les armées soviétiques sont accueillies dans les pays de l'Est, à cause de l'oppression nationale - tsariste et stalinienne, et de la terreur de Staline. Des partis communistes locaux, inféodés au Kremlin, prennent le pouvoir ; jusqu'en 1948, avec des partis bourgeois, agraires et sociaux-démocrates, suivant les accords de Yalta, puis en instaurant la dictature du parti unique. L'exception : la Yougoslavie, qui s'est libérée seule, menant une guerre de partisans qui a débouché sur une révolution avec construction d'un système de conseils d'autogestion.
Reconstruction et révolution sociale (1945-1952) – La reconstruction des pays de l’Est dévastés s'accompagne de réformes démocratiques (en dehors de la Tchécoslovaquie, il s'agissait de pays arriérés, semi-capitalistes semi-féodaux), puis de transformations anticapitalistes dans les rapports de propriété : expropriation des grands propriétaires terriens, réforme agraire avec distribution des terres aux paysans, création de coopératives et de fermes collectives ; nationalisation de l'industrie, des banques et de presque toute l'économie, planification, monopole étatique du commerce extérieur, protection contre les appétits du capital des pays les plus développés. Il s'en suivra une industrialisation accélérée, avec résorption du chômage, construction massive de logements, systèmes publics gratuits de santé, de protection sociale et d'éducation, etc.
Mais ce début de révolution socialiste sera mené par des moyens militaires et dictatoriaux. La planification sera bureaucratique, sans participation démocratique des travailleurs, entraînant une immense gabegie, des pénuries et une crise économique chronique, aggravée par l'autarcie qui isole ces économies par rapport aux pays les plus développées.
Situations pré-révolutionnaires (1944-1947) – Les accords de Yalta ne prévoyaient pas les guerres de partisans et les guerres civiles en Yougoslavie et en Grèce ; pas plus que les crises pré-révolutionnaires en France et en Italie. Les staliniens Thorez et Togliatti ont réussi à canaliser cette crise vers le soutien à la bourgeoisie (le gouvernement De Gaulle comptera des ministres communistes). L'impérialisme américain redoute sérieusement un effondrement économique de l'Europe et des révolutions, et lance la politique de «refoulement», militaire et économique, de l’URSS.
Début de la course aux armements (1945) – En larguant les bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki, en août 1945, les USA affirment leur suprématie militaire sur l'URSS, qui fera exploser sa bombe A en 1949. Pendant plus de 40 ans, les deux superpuissances s'affronteront dans une folle course aux armements, source de profits juteux pour les capitalistes, mais ruineuse pour l'économie soviétique. Plus tard, la course à la conquête de l'espace aura les mêmes effets et accélérera l'asphyxie économique de l'URSS.
Plan Marshall (1947-1952) – « Plan de reconstruction européenne », lancé par les USA. 13 milliard de dollars (1,2% du PNB américain de l’époque, l'équivalent de 174 milliards en 2008) seront injectés dans les économies de 17 pays de l’Ouest, en premier lieu l’Allemagne (source de son « miracle économique »), et la France. Staline refusera, et obligera la Pologne et la Tchécoslovaquie, qui ont accepté, de faire de même.
Début de la guerre froide (1947) - Mise en place des dictatures, avec des petits Staline locaux. L'élan populaire suscité par la libération, la reconstruction et les transformations sociales est vite frustré. Elections truquées, liquidation des partis, imposition d'un parti unique et de son « rôle dirigeant » dans tous les domaines, instauration d'un système de terreur « contre les ennemis du socialisme ». En URSS même, Staline se déchaîne de nouveau (après la terreur et les procès des années trente), avec procès truqués et les camps remplis de prisonniers politiques.
Deux blocs (1948-1949) : Partage de Berlin en deux. Blocus de la ville par l'armée soviétique, et pont aérien des ex-alliés pour approvisionner Berlin-Ouest. Proclamation de la République fédérale d'Allemagne (RFA), avec Bonn comme capitale, et de la République démocratique allemande (RDA), avec comme capitale Berlin-Est. Fondation de deux blocs militaires, l'Otan et le Pacte de Varsovie, et de deux zones économiques, l'OCDE (suivie plus tard par la Communauté économique européenne et l'Union européenne) et le Comecon (Conseil d'assistance économique mutuelle).
Révolution chinoise (1949) – Une des plus grandes révolutions du XXe siècle, accomplie en partie contre la volonté de Staline, mais avec à sa tête un autre type de direction bureaucratique, celle de Mao.
Mort de Staline (mars 1953) – Début d'un « dégel ». Brèches dans l'édifice du stalinisme, dans lesquelles vont rapidement s'engouffrer les classes populaires.
Soulèvement en RDA (juin 1953) - Grèves et manifestations des ouvriers de Berlin-Est contre la spirale des cadences et la baisse des salaires. Ils réclament une baisse des prix, la démission du gouvernement et des élections libres. L'armée soviétique instaure l'état de siège, avec tribunaux d'exception et exécutions. Grève générale dans d'autres villes industrielles. 42 ouvriers seront condamnés à mort et 25.000 emprisonnés.
II. 1956 - 1970 : révolutions populaires et tentatives de réformer les PCs
XXe congrès du PCUS (février 1956) – Dans un rapport historique, Nikita Krouchtchev dénonce les crimes de Staline. L'onde de choc est énorme. Son souffle entraînera tous les partis communistes dans une crise profonde. Krouchtchev attribue ces crimes au « culte de la personnalité » de Staline et aux « erreurs et déformations », essayant ainsi de sauver la dictature du parti. Il tente un rapprochement avec l'impérialisme, en lançant la « coexistence pacifique » et les premières réformes économiques introduisant des éléments de marché. Par là, il confirme l'asphyxie d'une économie autarcique et l'indigence d'une planification bureaucratique. La pression de l'impérialisme et les révoltes ouvrières qui approchent montrent les limites de la « socialisation de la misère » (Marx), d'un « socialisme » confiné à un seul pays ou à un groupe de pays beaucoup moins développés que les pays impérialistes.
Révolution canalisée en Pologne (juin-octobre 1956) – Les ouvriers des usines Cegielski à Poznań (locomotives et moteurs de navires, 15.000 salariés) manifestent contre les cadences et les bas salaires, aux cris de Liberté !, Pain et Justice !. Le parti, soi-disant déstalinisé, lance les chars. Il y aura 54 morts, 300 blessés, des centaines d'arrestations.
Le pays entre en ébullition, le parti se déchire entre « staliniens » et « réformateurs », la presse devient libre, des conseils ouvriers se créent à l'initiative des ouvriers communistes des usines d'automobiles FSO de Żerań, une banlieue de Varsovie. On dénonce une « dictature sur le prolétariat » et les privilèges exorbitants de la bureaucratie, cette « bourgeoisie rouge ». On réclame des réformes, la dissolution de la police politique, des élections libres, un socialisme démocratique, le retrait des troupes du Kremlin, l'indépendance nationale. Gomułka, emprisonné sur ordre de Staline en 1947, revient au pouvoir en sauveur.
L'armée soviétique est à 2 km de Varsovie, l'armée polonaise est mobilisée, les conseils ouvriers gardent les usines et demandent des armes. La guerre sera évitée de justesse. Menacé également en Hongrie, Krouchtchev finit par céder. Gomulka l'a convaincu qu'il réussirait à canaliser la révolution. Il détruira les conseils ouvriers et les autres conquêtes de l'Octobre polonais. En 1964, un programme de révolution antibureaucratique sera lancé par Jacek Kuroń et Karol Modzelewski, jeunes marxistes oppositionnels, mais la répression sera plus forte.
Révolution écrasée en Hongrie (octobre-novembre 1956) – Manifestations monstres à Budapest contre le dictateur local Mátyás Rákosi, puis en solidarité avec la Pologne. Mots d'ordre : élections libres, pluralisme des partis, évacuation des troupes du Kremlin, réforme du système économique. Toute la population descend dans la rue. Le monument de Staline est renversé, l'immeuble de la radio occupé.
Les blindés soviétiques interviennent. L'armée hongroise fraternise avec le peuple et distribue les armes aux insurgés. Le PC stalinien en débâcle offre le pouvoir à Imre Nagy, communiste réformateur très populaire, mais qui sera vite dépassé par les événements. Partout le pouvoir passe aux mains des conseils ouvriers et des comités révolutionnaires, qui soutiennent Imre Nagy. Krouchtchev retire ses troupes démoralisées, les soldats russes fraternisant à leur tour avec la population.
Suivront dix journées d'euphorie et de liberté. Les conseils ouvriers insurgés affermissent leurs comités révolutionnaires. La jeunesse s'organise. Des partis politiques apparaissent. Les jeunes intellectuels marxistes du Cercle Petöfi donnent le ton. Sous la pression des communistes qui dirigent l'insurrection, Imre Nagy proclame la sortie du Pacte de Varsovie, l'indépendance et la neutralité de la Hongrie, et demande, en vain, la protection de l'ONU.
Le 4 novembre, la deuxième intervention du Kremlin, avec des troupes fraîches, sera massive et brutale. Imre Nagy sera renversé et assassiné. Le Conseil ouvrier central du Grand-Budapest, représentant les principales usines, organisera la résistance armée et agira comme un second pouvoir. Mais la révolution sera écrasée dans le sang.
Coexistence et confrontations (années 1960) – Développement d'une coopération commerciale entre Moscou et Washington, mais la course aux armements s'exacerbe, avec d'immenses quantités d'armes, ogives et missiles stockés par l'Otan et le Pacte de Varsovie.
Crise de missiles de Cuba (1961) : Krouchtchev, qui soutient Cuba, est obligé de démanteler ses rampes de lancement.
Crise de Berlin (1961) : construction du Mur séparant Berlin-Est de Berlin-Ouest. Le soutien (limité) que le Kremlin apporte aux mouvements de libération nationale et aux « partis frères » dans le monde n'est pas désintéressé. Il est guidé exclusivement par ses intérêts étroits, comme monnaie d'échange et moyen de pression dans ses tractations diplomatiques pour desserrer l'étau économique et militaire de l'impérialisme.
Printemps de Prague et invasion du Kremlin (1968) – Tentative, par la nouvelle équipe d'Alexandre Dubcek, de réformer le PC tchécoslovaque et de construire un « socialisme à visage humain ». Les travailleurs s'approprient les nouvelles libertés de parole, de presse, de manifestation et d'organisation. Des conseils ouvriers se forment dans les entreprises, demandant des réformes économiques rapides. Le 21 août, les armées de cinq pays du Pacte de Varsovie (URSS + Bulgarie, Hongrie, Pologne et RDA) envahissent le pays. Brejnev met en place un gouvernement fantoche. S'ensuivent dix années de « normalisation », avec purges massives, dans le cadre de la nouvelle doctrine de Brejnev de « souveraineté limitée ». Les PCs occidentaux en plein désarroi vivront leur deuxième grande crise et hémorragie de militants, après celle de 1956.
Révoltes ouvrières et opposition politique (années 1970) – Les grèves insurrectionnelles dans les chantiers navals polonais de Gdańsk et de Szczecin, contre une hausse des prix de 30%, font tomber Gomułka, le « sauveur » de 1956, qui sera remplacé par Edward Gierek. Les ouvriers brûlent les immeubles du parti. Les chars et les hélicoptères de combat tirent, faisant des centaines de morts et des milliers de blessés.
Développement d'une opposition de gauche et d'autres courants démocratiques en URSS, férocement persécutés dans les camps et hôpitaux psychiatriques. Des courants d'opposition se développent en Tchécoslovaquie (Charte 77) et en Pologne (Comité de défense des ouvriers, KOR), de même que des courants indépendantistes et révolutionnaires.
III. 1980 - 1990 : Révolution ouvrière ou restauration capitaliste ?
Révolution de Solidarność (1980-1981) – Les grèves d'occupation à Gdańsk et dans tout le pays, à partir d'août 1980, font tomber à son tour Edward Gierek, le « sauveur » de 1970. Elles imposent – chose impensable à l'époque - un syndicat libre, Solidarność, 10 millions d'adhérents (un quart de la population!). La révolution ouvrière se développera pendant seize mois, freinée par une Eglise influente qui pousse à un accord avec le pouvoir.
La démocratie ouvrière est totale, structurée par les Comités inter-entreprises de grève (MKS), composés des délégués d'usines élus par des assemblées générales, et qui deviendront l'ossature du syndicat. Un million de membres du parti (la moitié, sans les retraités) le rejoindront. Ce sera un syndicat, et, à la fois, un dense réseau de conseils d'autogestion des entreprises, un mouvement pour les libertés démocratiques et un mouvement pour l'indépendance nationale.
Son Ier congrès, en automne 1981, prend l'allure d'un parlement, avec plus de 1000 délégués élus dans les premières élections démocratiques depuis la guerre. Il lancera, entre autres, le célèbre « Appel aux travailleurs d'Europe de l'Est », et adoptera le programme d'une République Autogérée basée sur les conseils d'autogestion de travailleurs. Brejnev s'apprête à envahir la Pologne, mais hésite, car il est déjà embourbé dans une sale guerre en Afghanistan. C'est le général « patriote » Jaruzelski qui s'en chargera, le 13 décembre 1981 : un putsch militaire et une répression massive réussiront à briser Solidarność, hélas pris au dépourvu, et à le repousser dans la clandestinité.
Etat de siège et avance du néolibéralisme (1982-1989) –. C'est la junte militaire de Jaruzelski qui introduit les premières autorisations au capital étranger pour constituer des sociétés privées, tout en s'attaquant aux conseils d'autogestion dans les entreprises. En 1988, tandis que Solidarność clandestin reprend des forces et que des grèves recommencent, Jaruzelski promulguera les premières lois qui serviront de base juridique aux privatisations massives après 1989.
Sachant les jours de leur parti comptés, les « communistes » se lancent massivement dans le business, à l'ombre des chars. Profitant de la désorganisation de Solidarność dans la clandestinité, et avec l'aide de la diplomatie de Reagan et de Thatcher, les généraux staliniens et l'Eglise, ensemble, réussiront à convaincre la direction de Solidarność d'abandonner le programme de République autogéré et de créer un gouvernement commun, dont le programme économique sera la restauration du capitalisme. Ce programme sera inscrit dans « les accords de la table ronde » en 1989.
Pérestroïka et marche vers la restauration - En URSS, Gorbatchev lance la pérestroïka (reconstruction) au milieu d'une crise économique explosive, aggravée par la guerre (perdue) en Afghanistan. Un fort vent de démocratisation permet de respirer à une population exténuée et aspirant à des changements profonds. Constant que plus rien ne marche dans l'économie, laquelle ne peut plus supporter le terrible fardeau de la compétition militaire et spatiale avec l'impérialisme (« guerre des étoiles »), Gorbatchev entame un rapprochement décisif avec Reagan et l'impérialisme. Une nouvelle preuve de l'échec du « socialisme dans un seul pays ».
L'évolution des bureaucraties de l'URSS et des pays de l'Est vers la restauration est favorisée et accélérée par l'offensive néolibérale du reaganisme et du thatchérisme dans les pays de l'Ouest. L'écroulement imminent des dictatures à l'Est accentuera les efforts de l'impérialisme vers la reconquête des immenses marchés perdus après 1917 et 1945. Les « communistes » de ces pays lui auront grandement facilité la tâche, en faisant assimiler dans l'esprit des peuples le socialisme à des dictatures totalitaires et aux magasins vides, et en faisant ainsi développer des illusions dans les bienfaits du capitalisme. Les libertés démocratiques arrachées par les classes populaires avec l'effondrement des dictatures - conquêtes essentielles - n'auront pourtant pas suffi pour empêcher la privatisation de leurs entreprises.
L'effondrement (1989-1993) – Mars 1989 : La Lituanie, la Lettonie et l'Estonie quittent l'URSS et proclament leur souveraineté. Mai : Manifestations de masse en Hongrie, qui ouvre le rideau de fer sur sa frontière avec l'Autriche ; exode des Allemands de l'Est par cette frontière. Juin-septembre : Elections semi-démocratiques en Pologne, victoire de Solidarność, pacte avec Jaruzelski (le PC polonais se sabordera). 4 novembre : destruction du Mur de Berlin. Décembre : la révolution populaire en Roumanie renverse le dictateur Ceausescu, qui sera exécuté ; la Révolution de velours renverse la dictature en Tchécoslovaquie ; manifestations de masse en Bulgarie. Avril-juin 1990 : élections libres en Hongrie, Slovénie, Croatie, Roumanie, Tchécoslovquie, Bulgarie. Octobre : réunification de l'Allemagne. Juin-juillet 1991 : dissolution du Pacte de Varsovie et du Comecon. La Russie, où Eltsine succède à Gorbatchev, proclame sa souveraineté. Août-décembre : l'Arménie, l'Azerbaïdjan, l'Ukraine et les autres républiques proclament leur indépendance - et quittent également l'URSS, laquelle cesse d'exister.
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DES INTERROGATIONS PERSISTANTES ET QUELQUES CONVICTIONS
par Dominique Angelini, François Coustal, Jean-Philippe Divès, Ingrid Hayes
Pendant des dizaines d’années, la question de la nature de l’URSS, ainsi que des autres systèmes politico-économiques basés sur la propriété d’État et la dictature de partis uniques s’affirmant socialistes ou communistes, a fait l’objet d’interprétations très diverses et de débats passionnés au sein du mouvement ouvrier et révolutionnaire.
Vingt ans après la chute du Mur de Berlin puis la dislocation de l’URSS, sans doute parce que l’horizon d’une transformation socialiste est devenu plus lointain et incertain, ces problèmes paraissent moins urgents. Ils restent pourtant concrètement posés s’agissant de pays tels que Cuba, le Vietnam et même la Chine ; dans ce dernier cas, ne serait-ce que pour comprendre son évolution, sans rupture majeure, de la révolution et du (dit) communisme maoïste à son statut actuel de moteur du système capitaliste mondial. Plus généralement, élucider la trajectoire de ces sociétés et États qui apparaissaient porteurs d’une perspective émancipatrice reste une tâche indissociable de la redéfinition d’une stratégie révolutionnaire pour le socialisme.
Les événements de 1989-1991 n’ont pas suffi à trancher les controverses du passé. De plus un parti tel que le NPA, qui mêle dès sa naissance des traditions politiques différentes, ne dispose pas d’une – ou en tout cas d’une seule – « théorie » explicative. En revanche, les conditions de la chute des régimes bureaucratiques de l’Est européen, par ce qu’elles ont exprimé elles-mêmes ainsi que ce qu’elles ont révélé des réalités antérieures, nous ont livré quelques enseignements précieux, qui s’intègrent à notre patrimoine politique de départ tel qu’il a été inscrit dans nos « principes fondateurs ».
Conscience et organisation
Une première constatation est que la chute de ces régimes et des systèmes socio-économiques qui leur étaient associés a été forcée par de très grandes mobilisations populaires – démocratiques, nationales et ouvrières –, dont le débouché a été, non la réouverture d’une perspective authentiquement socialiste, mais la restauration du capitalisme (ou d’un capitalisme de marché si l’on pensait que les systèmes en place étaient des « capitalismes d’État »). Quelles qu’en soient les raisons, les grands mouvements populaires de 1989-1991 n’ont pas eu de dynamique vers le socialisme. Quand celle-ci avait pu se manifester auparavant, comme c’était encore clairement le cas dans la Pologne du début des années 1980, elle avait été résorbée et étouffée.
L’absence de conscience socialiste (ou communiste, ou tout autre nom qu’on lui donne), ainsi que d’organisations porteuses d’un tel projet de transformation, a permis aux impérialismes occidentaux d’imposer leur hégémonie sur le mouvement de masse, et aux sommets bureaucratiques de se reconvertir en nouvelles élites capitalistes sans rencontrer d’oppositions majeures. Démonstration, s’il en est, de l’absence de tout automatisme qui porterait « objectivement » les mouvements sociaux vers des buts émancipateurs et, par voie de conséquence, de l’impérieuse nécessité de construire aujourd’hui de forts partis politiques assumant sur tous les plans la bataille pour reconstruire et développer une conscience socialiste. De même, l’existence de syndicats et associations indépendants de l’État, pleinement autonomes des pouvoirs politiques, constitue une nécessité afin de garantir que les intérêts des exploités et des opprimés continuent d’être défendus dans toutes les situations.
Ni socialiste ni émancipateur
Une seconde évidence est que dans ces processus, les travailleurs des pays de l’Est – et dans la foulée, ceux de l’ex-URSS – n’ont pas défendu les structures économico-sociales existantes, en premier lieu la propriété d’État telle qu’elle était organisée, qu’ils ont considérée comme intrinsèquement liée aux régimes politiques oppresseurs. Si l’on écarte l’interprétation infantilisante selon laquelle ils auraient été simplement trompés par le machiavélisme des plans impérialistes, il faut reconnaître que les masses populaires n’ont pas revendiqué cette propriété d’État parce qu’elle leur apparaissait – donc leur était – étrangère et hostile. Les sociétés de l’Est étaient en effet soumises non seulement à l’oppression politique mais aussi, sous des modalités différentes de celles à l’œuvre en Occident, à des mécanismes d’exploitation du travail salarié, dont la couche bureaucratique dominante s’appropriait le surplus grâce à son contrôle de l’État.
Ainsi, ces constructions économiques et politiques n’avaient rien de socialiste ni d’émancipateur. Les principes fondateurs du NPA ont pris acte de cette réalité, en énonçant : « le socialisme (…) s’oppose radicalement aux dictatures bureaucratiques qui, de l’ex-URSS à la Chine, en ont usurpé le nom, alors même qu’elles reproduisaient les mécanismes d’exploitation et d’oppression qu’elles prétendaient combattre et favorisaient les pires travers productivistes. »
Un projet différent et opposé
Notre projet politique est radicalement différent et opposé aux modèles de société des pays de l’Est. Par-delà les modalités pratiques qui permettront d’avancer vers un socialisme (ou communisme, ou éco-socialisme) authentique, modalités à propos desquelles nous avons beaucoup plus d’interrogations que de certitudes, un tel projet est ancré dans des convictions fondamentales.
Nous savons ainsi que la société que nous voulons construire sera fondée non sur le dogme de la propriété d’État mais sur le pouvoir des travailleurs, quelles que soient par ailleurs les formes juridiques que pourront revêtir leur contrôle et appropriation de l’économie : « Le socialisme, l’éco-socialisme, c’est le pouvoir des travailleurs et travailleuses dans tous les domaines et à tous les échelons de la vie politique, économique et sociale. C’est la démocratie des producteurs associés décidant librement et souverainement quoi produire, comment et à quelles fins. Une telle réorganisation de l’économie et de la société suppose un premier niveau d’émancipation du travail, indispensable afin que les collectifs de travailleurs et de citoyens puissent prendre réellement en charge la marche des entreprises et la gestion des affaires publiques. »
De même, en rupture claire avec les expériences économiques de l’URSS ou de la Chine, « le socialisme que nous voulons ne propose nullement un développement illimité de la production, mais se fonde au contraire sur la satisfaction écologique des besoins sociaux : c’est un éco-socialisme. » En son cœur se trouve la défense et un développement qualitatif de la démocratie, comprise comme étant à la fois objectif et moyen de l’émancipation : « Nous voulons avancer vers l’auto-organisation et l’autogestion démocratiques de la société, et cela implique les plus larges libertés d’organisation et d’expression politiques, syndicales et associatives. Les libertés démocratiques qui ont pu être conquises sous le régime capitaliste seront consolidées et développées. Le socialisme, c’est bien le règne de la démocratie la plus réelle et la plus étendue. »
Un parti adéquat
Tout cela a enfin des conséquences pratiques sur le type de parti dont nous avons engagé la construction, « un parti qui garde la mémoire des combats contre les dérives autoritaires et bureaucratiques qui ont terni les espoirs émancipateurs. » Sans prétendre épuiser le sujet, qui fait également l’objet de développements dans les textes statutaires, les principes fondateurs signalent que « tirant les leçons du passé, nous lutterons contre les processus de bureaucratisation qui sont la plaie des mouvements d’émancipation », en précisant que « notre vigilance commencera par s’exercer à l’intérieur du NPA ».
« Nous voulons que le NPA soit pleinement démocratique, à l’image de la société que nous voulons. Cela suppose que chacune et chacun y trouve sa place, quel que soit le niveau de son engagement. Cela suppose que nous soyons à égalité pour décider, que les instances dirigeantes soient clairement mandatées, dûment contrôlées et révocables, qu’une formation politique soit organisée, que la pluralité des points de vue soit garantie au même titre que le droit de la majorité à agir pour le compte de toutes et de tous.
« Cela suppose aussi que notre parti soit un lieu d’éducation permanente de tous les militants, un lieu d’éducation populaire qui préfigure la société que nous voulons construire. Cela suppose enfin que notre parti soit un lieu de solidarité. »
Le 7 septembre 2009
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MUR DE BERLIN : NI FLEURS NI COURONNES
par Hélène Viken
(Cette contribution est une réaction au dossier paru dans Tout est à nous ! La revue n° 3, concernant la chute du Mur de Berlin.)
La chute du mur de Berlin représenta pour ma génération une double révélation : nous eûmes confirmation du fait, fort rassurant, que la volonté d’émancipation des masses était plus forte que tout ; mais aussi, plus douloureusement, nous comprîmes que les dégâts opérés par le « socialisme réellement existant » – c’est ainsi que, par dérision, on désignait alors les régimes en vigueur en Europe de l’Est – étaient tels qu’il faudrait d’autres expériences fondatrices fondamentales, d’autres révolutions, pour renouer avec l’idée même d’utopie communiste.
Rappelons d’abord que le mur est tombé sous les assauts d’une jeunesse déterminée qui s’était emparée des mois auparavant de tous les débats démocratiques, remettant en cause le caractère dictatorial, antidémocratique, mais aussi rétrograde et anti-jeunes du système post-stalinien régnant en RDA.
On pourrait même utilement rappeler que ce mur n’a nullement été construit pour « protéger la jeune démocratie populaire d’Allemagne de l’Est » des menaces militaires des forces de l’Otan, mais pour empêcher la population d’Allemagne de l’Est de fuir vers l’Ouest, ce qu’elle n’avait cessé de faire durant la décennie précédente. Ou encore, qu’une fois le mur construit, beaucoup d’Allemands de l'Est ont quand même tenté de fuir malgré le risque que cela représentait, alors que l’inverse n’a jamais existé. La vérité n’est jamais l’ennemie de la révolution et des lumières, bien au contraire. Notre génération qui vint à la politique au moment où le mouvement anticolonialiste et anti-impérialiste des pays du Tiers Monde a connu son plus grand essor, ne peut pas oublier le rôle catastrophique, contre-révolutionnaire, qu’a joué la domination mondiale du bipolarisme entre le capitalisme de l’oncle Sam et le post-stalinisme dominé par l’URSS.
Non, ces régimes n’ont jamais été, peu ou prou, des régimes qui avaient « exproprié » les classes exploitantes, qui avaient créé des « rapports de production » débarrassés de l’exploitation économique comme l’affirmaient encore à l’époque certaines théories présentes au sein de la gauche révolutionnaire. J’ai souvenir à quel point les partisans sincères de ces théories se sont obstinés jusqu’au 9 novembre 1989 au matin à affirmer que les masses ne pouvaient pas manifester pour la réunification de l’Allemagne, car cette réunification se ferait forcément sous l’égide de la RFA, donc sous régime capitaliste libéral « classique ». Le peuple de l’Est ne pouvait pas vouloir de cela ! Il ne pouvait que vouloir se débarrasser de sa bureaucratie « étouffante » pour retrouver l’authenticité des rapports non capitalistes.
Mais le soir, le mur tombait sous les assauts de dizaines de milliers de manifestants qui avaient multiplié depuis des mois les démonstrations de leur volonté politique de démocratie et de changement. Alors voulaient-ils le capitalisme de l’Occident ? Ce serait trop simple de répondre par oui ou par non.
Ils ne voulaient plus du régime qui les opprimait depuis cinquante ans. Ils ne trouvaient aucun « avantage » d’aucune sorte à ce système. La liesse et l’enthousiasme qui suivirent la révolution de novembre 1989 n’a connu ni contradiction ni tiédeur dans sa détermination à ce sujet. Les idées de « troisième voie » ont également été joyeusement balayées au nom de la liberté. Ces systèmes étaient en panne de développement économique, culturel et social et imposaient à leurs administrés un joug policier impitoyable qui ne s’embarrassait même plus de justifications idéologiques. Il n’y avait rien à « sauver ». Bien au contraire serait-on tenté de dire : la destruction totale de ce système sans la moindre place pour une nostalgie dangereuse est une condition sine qua non de la réhabilitation future d’un projet d’émancipation anticapitaliste authentique qui entraînerait dans son sillage une majorité des exploités de par le monde.
L’effondrement de l’ensemble du bloc soviétique s’est alors opéré en quelques mois et le prix à payer de cette monstrueuse déviation de l’histoire a été le triomphe – passager… – du capitalisme comme horizon « indépassable ». Car, à l’inverse, la force apparente du capitalisme s’est révélée être sa faiblesse dès lors que, système unique, il n’était plus contesté par un autre. Le capitalisme a perdu son double, son côté obscur, son ennemi intime, celui qu’il pouvait désigner comme l’épouvantail, la « vraie » nature du socialisme, pour en faire un repoussoir commode à toutes les velléités d’émancipation, qui ont été prisonnières durant des décennies de ce choix infernal.
Le XXIe siècle permettra, n’en doutons pas, d’inventer d’autres routes et d’expérimenter d’autres stratégies pour mettre à bas le système capitaliste qui met désormais la planète elle-même en danger.
Paru dans le n° 5 de la revue, novembre 2009
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QUELQUES REMARQUES A PROPOS DU BILAN
par Stefan Bekier
L'article Des interrogations persistantes et quelques convictions présente une série de convictions concernant le socialisme et le parti que nous voulons construire, tirées notamment des Principes fondateurs du NPA, avec lesquelles on ne peut qu'être d'accord. Il comporte néanmoins plusieurs opinions sur le bilan des mouvements populaires des années 1980 qui me semblent unilatérales. J'en commenterai certaines.
L'issue n'était pas jouée d'avance
L'article constate une évidence : à savoir que ces mouvements, tout en conduisant à l'effondrement des dictatures bureaucratiques, n'ont pas débouché sur la réouverture d'une perspective authentiquement socialiste, mais sur la restauration du capitalisme. Les auteurs ajoutent : « Quelles qu'en soient les raisons, (ces mouvements) n'ont pas eu de dynamique vers le socialisme ». A mon avis, on ne peut pas poser le problème ainsi.
Ce n'était pas une dynamique linéaire, allant dans une seule direction - vers le socialisme ou vers le capitalisme. C'était un processus très contradictoire, fait d'affrontements d'une très grande ampleur entre des forces sociales antagonistes : les classes populaires, d'une part, et les bureaucraties « communistes » inféodées aux impérialismes occidentaux, de l'autre. Il serait plus juste de parler d'une alternative - entre deux dynamiques sociales contradictoires, opposées - et dont l'issue n'était pas du tout jouée à l'avance.
Libertés démocratiques et socialisme
Les principaux objectifs des ces grands mouvements sociaux - dont les travailleurs furent la force essentielle - concernaient avant tout la conquête des libertés démocratiques : liberté de parole, de conscience, de presse, de manifestation, liberté d'organiser des syndicats libres et des partis politiques indépendants du parti unique au pouvoir, liberté de décider démocratiquement de l'organisation de l'économie, liberté de voyager, droit à l'autodétermination des peuples et minorités nationales asservis par les « nouveaux tsars rouges », retrait des troupes du Kremlin, indépendance nationale, etc. Dans les pays de l'Est, où la classe ouvrière avait été dépossédée de tout pouvoir par une caste bureaucratique (qui de surcroît osait parler en son nom…), ces combats pour les libertés étaient une base et un passage obligé de toute lutte pour un socialisme démocratique. Pour les conquérir, les travailleurs et les jeunes d'Allemagne de l'Est ont abattu le Mur, renversé la dictature de Honecker et liquidé la Stasi, une des polices politiques les plus sinistres au monde. Les travailleurs roumains ont renversé et fait exécuter Ceausescu, satrape stalinien sanglant et corrompu. Partout les dictatures « communistes » ont été renversées par ces grands mouvements. Il n'y aura jamais de socialisme sans libertés démocratiques pour les classes populaires et les peuples asservis. Par cet aspect-là, ces mouvements étaient bel et bien porteurs d'une dynamique menant vers le socialisme.
Je pense que c'est seulement ainsi que l'on peut aborder l'interrogation la plus importante et la moins évidente de ce bilan, et qui interpelle tous les anticapitalistes : pourquoi, dans quelles conditions, sous l'impact de quelles forces sociales et politiques, c'est quand même le retour au capitalisme qui a pu finalement s'imposer. Les différentes interviews et la chronologie commentée du dossier fournissent déjà pas mal d'informations et éclairages relatifs à cette question essentielle. Il serait donc utile d'en discuter.
« Hégémonie des impérialismes occidentaux sur les mouvements de masse à l'Est » ?
Un autre aspect était, en effet, que ces grands mouvements, insurrections et révoltes « n'avaient pas d'organisations porteuses d'un projet de transformation socialiste ou communiste ». Par contre, dire que cette « absence de conscience socialiste ou communiste…ainsi que d'organisations porteuses d'un tel projet de transformation a permis aux impérialismes occidentaux d'imposer leur hégémonie sur les mouvements de masse… », ne permet pas non plus d'aborder la complexité et la richesse de ces bilans.
Les impérialismes n'ont jamais réussi à « imposer leur hégémonie » sur ces mouvements de masse. Ils en avaient surtout peur, car ils craignaient que ceux-ci n'aboutissent à la mise en cause de tout l'ordre politique et social établi en Europe après la 2ème guerre mondiale. Ce sont, comme toujours, les travailleurs et les citoyens qui ont lutté pour les libertés dans les pays de l'Est depuis 1953, au prix de multiples révoltes, révolutions et sacrifices. L'impérialisme ne les a jamais aidés ; comme en Hongrie, en 1956, où il a laissé au armées du Kremlin le soin d'écraser dans le sang la révolution des conseils ouvriers.
Les impérialismes occidentaux n'avaient pas prévu - ni souhaité ! - la destruction du Mur de Berlin. Celui-ci a été abattu par les travailleurs, par les citoyens. Ni la bourgeoisie ni la social-démocratie ouest-allemandes ne voulaient la réunification de l'Allemagne, préférant une sorte de fédération avec une RDA gouvernée par un parti stalinien «réformé». En URSS, Reagan misait sur la pérestroïka de Gorbatchev, puis sur Eltsine. En Pologne, en 1981 et après, il a préféré s'entendre surtout avec la junte militaire de Jaruzelski, et non avec Solidarność, dont il se disait par ailleurs « ami ». A tel point que le syndicat Solidarność - que les partis communistes occidentaux (le PCF en tête) et une partie de l'extrême gauche décriaient comme « agent de l'impérialisme et de la CIA » ! - n'a même pas été prévenu par le gouvernement américain du coup d'état du 13 décembre 1981. Pourtant, comme on le sait à présent, Reagan était informé des préparatifs au jour le jour par la CIA et son agent Kukliński, infiltré dans l'état-major des armées du Pacte de Varsovie.
Illusions dans un capitalisme « lyrique »
Les impérialismes ont bien sûr tout fait pour influencer ces mouvements, pour les canaliser, avec l'aide de la bureaucratie et des Eglises, devenues alliés indispensables de ces « communistes ». Dans une des interviews, Zbigniew Marcin Kowalewski décrit comment et dans quelles circonstances concrètes, vers la fin des années 1980, la direction clandestine de Solidarność avait été finalement convaincue d'abandonner le programme de République Autogérée, basée sur les conseils d'autogestion des travailleurs et le concept d'entreprise sociale, au profit d'un programme de reprivatisation de l'économie.
Cela s'est avéré possible, parce que cette direction clandestine « agissait forcément en dehors de tout contrôle démocratique d'en bas ». Les dirigeants syndicaux les plus radicaux, les plus à gauche, les plus fervents partisans de l'autogestion ouvrière, furent écartés des centres de décision ; ne serait-ce que parce que l'aide financière et technique de l'étranger (p. ex. venant de la social-démocratie) allait surtout vers les secteurs les plus conciliateurs. De sorte que, lorsque Solidarność a commencé a ressortir à la surface en 1988 et organiser de nouvelles grèves massives, le rapport des forces politiques avait été totalement modifié au sein des instances dirigeantes.
Bien sûr qu'il y a eu aussi d'énormes illusions dans les bienfaits du capitalisme. Dans une autre interview, le dirigeant syndical Jarosław Urbański dit qu'après 1989 « les ouvriers ont cru longtemps en une version «lyrique» du capitalisme et de l'Etat-providence, dans le style scandinave ou allemand ». Encore une fois, la principale source de ces illusions fut la bureaucratie elle-même, « en faisant assimiler dans l'esprit des peuples le socialisme à des dictatures totalitaires et aux magasins vides », comme nous le disions dans la Chronologie.
Apprendre de ces expériences passées
« L'absence de conscience socialiste ou communiste.., ainsi que d'organisations porteuses d'un tel projet de transformation a permis .. aux sommets bureaucratiques de se reconvertir en nouvelles élites capitalistes…» ? Il faudrait poser le problème à l'envers. Prenons de nouveau l'exemple polonais. C'est en se défendant devant l'une des plus grandes révolutions ouvrières et mouvements d'autogestion de la deuxième moitié du XXe siècle, que les sommets de la bureaucratie ont cherché le sauveur du côté de l'impérialisme et ont opté pour l'ouverture du pays au capital privé (ceci dès 1982, sept ans avant la chute du Mur !), puis pour le rétablissement du capitalisme.
Les membres de la nomenklatura « communiste » ont troqué, en un laps de temps très court, leurs cartes du parti et leurs privilèges contre les actions des entreprises d'Etat privatisées. Les fortunes de cette nouvelle bourgeoisie (on parle depuis du capital nomenklaturiste) ont commencé à être amassées dans les années 1980, à l'ombre de la dictature militaire du général Jaruzelski. Difficile d’ailleurs de ne pas rappeler, à ce propos, le pronostic que posait Léon Trotsky en 1938 déjà (dans le Programme de Transition), en se basant sur l'évolution de la bureaucratie soviétique de l'époque : «Le pronostic politique a un caractère alternatif : ou bien la bureaucratie, devenant de plus en plus l'organe de la bourgeoisie mondiale dans l'État ouvrier, renversera les nouvelles formes de propriété et rejettera le pays dans le capitalisme; ou bien la classe ouvrière écrasera la bureaucratie et ouvrira une issue vers le socialisme.»
Nous devons analyser et discuter de manière approfondie ces expériences passées, si on veut un jour retrouver le chemin d'un authentique socialisme démocratique. Signalons-en encore trois (faute de place pour les développer ici) : les multiples expériences d'auto-organisation, de conseils ouvriers, conseils d'autogestion, comités inter-entreprises, de leurs diverses coordinations municipales, départementales, régionales et nationales ; l'expérience de l'impossibilité de construire le socialisme de manière isolée par rapport à l'économie mondiale, notamment par rapport aux pays les plus développés ; et, liée à cet aspect, la nécessité d'une nouvelle Internationale et d'une nouvelle Europe sociale et démocratique, qui ont si cruellement manqué lors de chacune de ces révolutions.
Novembre 2009
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Eléments de bibliographie
Histoire des démocraties populaires, François Fejtö, Tome 1 - L'ère de Staline, 1952, Tome 2 – Après Staline, 1969, Tome 3 – La fin des démocraties populaires, 1992, Seuil, coll. Points (poche, réédition 1992, 1997).
La révolution trahie, Léon Trotsky, Editions du Minuit, 1936 (réédition 1999)
Atlas des peuples d'Europe centrale, André Sellier et Jean Sellier, La Découverte, 2007
Histoire de l'URSS, Sabine Dullin, La Découverte, 2009
Dix éclairages sur la société russe, Carine Clément et Denis Paillard, Le Monde Diplomatique, Novembre 2005
Les privatisations en Russie et naissance d'un capitalisme oligarchique, Cédric Durand, Recherches internationales 2005, sur le site de ESSF
Les conflits yougoslaves de A à Z, Catherine Samary et Jean-Arnault Dérens, L'Atelier 2000
Inprecorhttps://dl.dropboxusercontent.com/u/66541942/inprecor/index.html et Europe Solidaire sans Frontières ESSF http://www.europe-solidaire.org/ , nombreux articles, analyses et interviews.