Est-ce le plan de Feiglin, un admirateur d'Hitler, qui est en cours à Gaza ?

 

Moshe Feiglin n'est pas n'importe qui en Israël. Il est vice-président du parlement, la Knesset, mais surtout leader de "Manhigut Yehudit ("Leadership juif"), la plus grande faction à l’intérieur du Comité central du Likoud, c’est-à-dire le parti de gouvernement.

Lors de l’élection pour la direction du Likoud en 2012, il a fait campagne contre Netanyahu, trop mou et trop faible à ses yeux, et il avait obtenu 23% des voix. Après les ignominieux "accords d'Oslo", Feiglin avait mené une campagne de désobéissance civile qui lui avaient valu une condamnation à six mois de prison, promptement commuée en "travaux d'intérêt général" dans une colonie juive de Cisjordanie où il vit...

On ne peut en tout cas pas lui reprocher de cacher ses opinions. Dans un entretien au quotidien Haaretz, en 1995, Feiglin disait tout son admiration pour le nazisme :

« Hitler était un génie militaire inégalé. Le nazisme a fait passer l’Allemagne d’un bas niveau à un niveau physique et idéologique fantastique. Les jeunes loqueteux ont été transformés en une catégorie propre et ordonnée de la société et l’Allemagne a disposé d’un régime exemplaire, d’un système de justice adéquat et de l’ordre public. Hitler aimait la bonne musique. Il pouvait peindre. Les nazis n’étaient pas une bande de voyous. » (Voir: Likud Leader, Moshe Feiglin, Israel's Emerging Hitler, to Join Parliament)

En 2008, les positions néo-nazie de Feiglin lui avaient valu d'être interdit de séjour sur le territoire britannique.

Il n'est donc pas étonnant qu'il ait salué « l’acte de résistance » que représente, selon lui, le meurtre par l’extrémiste juif Baruch Goldstein, en févier 1994, de vingt-trois fidèles musulmans qui priaient dans la mosquée de Hébron. Bien évidemment, il est favorable à l’annexion de tous les territoires palestiniens et prône l'expulsion de tous les Palestiniens, comme l’indique la devise de son site prônant de transformer la terre de la Palestine historique en « pays juif », exclusivement juif.

Comme le notait Manlio Dinucci dans le journal italien "Il Manifesto",  « le secrétaire-général de l’ONU Ban Ki-moon, à l’ombre du secrétaire d’Etat USA John Kerry, dont il apprécie l’« engagement dynamique », est en train de chercher la façon de « mettre fin à la crise de Gaza », mais il semble cependant ignorer que quelqu’un l’a déjà trouvée.

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Moshe Feiglin, dont il ne faut pas perdre un instant de vue qu'il n'est pas un activiste ou un marginal plus ou moins illuminé mais un membre très influent de l'appareil de gouvernement israélien, chef d'une faction politique capable de défier Netanyahou, et membre depuis peu de la "Commission des affaires étrangères et défense" du Parlement, a en effet présenté le 15 juillet son "plan pour Gaza" qui s'articule en sept points. On peut le dire sans risquer l'outrance, ce "plan pour Gaza" a tout pour mériter le label "solution finale" :

1) L’ultimatum, donné à la « population ennemie », à qui est intimé l'ordre d’abandonner les aires où se trouvent les combattants du Hamas, « en se transférant dans le Sinaï, non éloigné de Gaza ».

2) L’attaque, déclenchée par les forces armées israéliennes « à travers tout Gaza avec la force maximale (et non pas avec une fraction minuscule) », touchant tous les objectifs militaires et infrastructurels « sans aucune considération pour les boucliers humains et les dommages environnementaux ».

3) Le siège, simultané à l’attaque, afin que « rien ne puisse entrer à Gaza ou sortir de Gaza ».

4) La défense, pour « frapper avec la pleine force et sans considération pour les boucliers humains » n’importe quel lieu d’où soit partie une attaque contre Israël ou contre ses forces armées.

5) La conquête, opérée par les forces armées israéliennes qui, après avoir « assoupli » les objectifs par leur puissance de feu, « conquerront l’entièreté de Gaza, en utilisant tous les moyens nécessaires pour minimiser tout dommage à nos soldats, sans aucune autre considération ».

6) L’élimination, opérée par les forces armées israéliennes, qui « anéantiront à Gaza tous les ennemis armés » et « traiteront en accord avec le droit international la population ennemie qui n’a pas commis de méfaits et s’est séparée des terroristes armés, à laquelle il sera autorisé de quitter Gaza ».

7) La souveraineté sur Gaza, « qui deviendra pour toujours une partie d’Israël et sera peuplée de juifs », contribuant à « alléger la crise de l’habitat en Israël ».
Aux habitants arabes, qui « selon les sondages désirent pour la majorité quitter Gaza », sera offerte « une généreuse aide pour l’émigration internationale », qui sera cependant concédée  seulement à « ceux qui ne sont pas impliqués dans des activités anti-israéliennes ».
Les arabes qui choisiront de rester à Gaza recevront un permis de séjour en Israël et, après un certain nombre d’années, « ceux qui acceptent la domination, les règles et le mode de vie de l’Etat juif sur sa propre terre» pourront devenir citoyens israéliens.


Si l’on examine ce plan que Feiglin est en train de promouvoir activement, que ce soit en Israël ou à l’étranger (surtout aux Etats-Unis et au Canada), on voit que l’actuelle opération militaire israélienne contre Gaza comprend presque intégralement les quatre premières des sept phases prévues.

Sous cet éclairage, écrit Manlio Dinucci dans "Il Manifesto", on comprend que le déplacement des colons israéliens hors de Gaza en 2005 avait pour objectif de laisser le champ libre aux forces armées israéliennes pour l’opération « Plomb durci » de 2008/2009.

On comprend que l’actuelle opération « Bordure de protection » n’est pas contingente mais, comme les autres, est une partie organique d’un plan précis (soutenu au moins par une partie consistante du Likoud) pour occuper de façon permanente et coloniser Gaza, en expulsant la population palestinienne. Et Feiglin a sûrement déjà, aussi, prêt, le plan pour « une solution en Cisjordanie ».

 

Mise à jour le Samedi, 26 Juillet 2014 15:28

http://www.pourlapalestine.be/index.php

http://lesactualitesdudroit.com/2014/07/25/881/

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