Escrocs franco-israéliens

Faux ordres de virement. Insaisissables suspects

Le Télégramme

 

Les auteurs d'escroqueries aux faux ordres de virements bancaires ne sont pas seulement ingénieux pour tromper des entreprises. Pour court-circuiter les procédures judiciaires, ils opèrent depuis l'étranger, en grande majorité en Israël.

 

Explications. Quel point commun entre la Brittany Ferries (Roscoff, Finistère) et PBM Import, une filiale du leader européen d'importation de bois Wolseley (Pacé, Ille-et-Vilaine) ? Ces deux sociétés bretonnes ont été victimes d'une arnaque aux faux ordres de virements internationaux (FOVI). Dans les deux cas, une personne se faisant passer pour le P-DG est parvenue à convaincre le service comptabilité de se faire verser, fin 2011, puis fin 2012, 1,1 million d'euros, puis 14 millions. Dans les deux cas encore, l'argent a transité par des comptes à l'étranger, via Chypre, la Bulgarie, la Chine (...). Destination finale ? Israël.

 

72 commissions rogatoires adressées à Israël, aucun retour. Ces quatre dernières années, l'Office central de répression de la grande délinquance financière (OCRGDF) a recensé plus de 700 faits commis ou tentés en France. Plus de 360 entreprises ont été victimes de cette carambouille (dite aussi « arnaque au président »), pour un préjudice dépassant désormais les 300 millions d'euros. En Bretagne et en Loire-Atlantique, plus de 80 faits ont été signalés.

Dans le collimateur des escrocs : les multinationales, comme la société de Vincent Bolloré, victime, dans le Finistère, d'une tentative à 350.000 euros en juin dernier, mais aussi les établissements plus modestes : abattoirs, laboratoires, établissements bancaires, assurances, offices HLM...

Quand ils ont contacté leurs homologues d'Interpol et Europol, les organismes internationaux de coopération policière, les enquêteurs français n'en ont pas cru leurs oreilles. Les escroqueries aux faux ordres de virements internationaux ? Les deux offices internationaux... ne connaissaient pas ! Et pour cause. « Vous êtes le seul pays touché », leur ont répondu un peu plus tard, Interpol et Europol. C'était juste avant que la Belgique, la Suisse et le Luxembourg ne soient à leur tour pris pour cibles. Leur point commun ? On y parle français.

 

« Tout simplement parce que les auteurs de ces arnaques sont français », explique un enquêteur, spécialiste des FOVI. Des Franco-Israéliens, réfugiés en Israël, dont certains sont « bien connus des services », pour avoir fait leurs armes en France dans les arnaques aux faux annuaires et fausses publicités, l'affaire du Sentier ou encore les fraudes à la TVA et à la taxe carbone. « On a des noms, et même les sociétés qui blanchissent l'argent détourné », assurent des enquêteurs.

Mais en Israël, où le fil de l'enquête se brise, aucune procédure n'aboutit. Selon nos informations, pas moins de 72 commissions rogatoires internationales ont été adressées à l'État hébreu depuis 2010. Aucune n'a été suivie d'effet. Police israélienne « peu efficace et débordée » « Les procédures sont longues, complexes, coûteuses, et mobilisent des moyens pour un résultat quasi nul », se désole un enquêteur. Israël laisse faire ? « C'est plus compliqué que cela, explique une source judiciaire. Il y a des problèmes juridiques mais le pays a manifesté son intention de coopérer. » « La France a su convaincre Israël que tout ceci était illégal, affirme au Télégramme Serge Dumont, journaliste belgo-israélien, correspondant permanent en Israël pour Le Soir et auteur de « L'histoire vraie de la mafia israélienne » (La Manufacture de livres, octobre 2013). Mais la police israélienne n'est pas très efficace en général, et elle est surtout débordée par les problèmes de sécurité intérieure et de terrorisme. » Autre écueil : Israël refuse d'extrader ses ressortissants mis en cause dans des affaires judiciaires « pour les protéger d'éventuelles décisions judiciaires motivées par l'antisémitisme ». Cette loi, votée en 1978, a été assouplie en 1999. L'extradition est désormais possible, mais sous condition : si le ressortissant est condamné, celui-ci devra purger sa peine en Israël. Depuis, une seule a été autorisée vers la France : en 2008, celle, éphémère, du flamboyant Gilbert Chikli...

 

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